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   J’insère les clés, pousse la porte, balance ma paire de talons qui me fait atrocement souffrir dans un coin de l’entrée et me dirige vers le salon. Bouboule, mon persan, et Sucette, sont paisiblement installés l’un contre l’autre sur le canapé. C’est fou, mais le sablier est si lumineux que je puisse voir avec précision malgré la nuit noire de ce début d’automne.

  — Alexa, mets Donna Summer sur Spotify.

  Ce soir, je fais des infidélités à ABBA, bien que l’époque soit la même. Je retire ma robe, mes collants, détache mes cheveux et me retrouve en culotte et soutien-gorge face à moi-même. C’est une première et je me sens bien. Je me dirige vers mon paquet de cigarettes quand je m’aperçois brièvement dans le miroir. À la vue de ma silhouette, j’ai un mouvement de recul. J’ai oublié à quoi je ressemble aujourd’hui. La jolie taille affinée, les fesses rebondies et les seins bien en place, je n’y suis toujours pas habituée. Sans oublier ma peau bronzée et mes cheveux dont la couleur ne me plait plus. Je trouve le blond trop clair et loin de la femme que je pense être, bien que je ne sois plus vraiment sûre de ce qu’elle est.

   Je tourne le dos au miroir, allume une clope et pars à la recherche d’une bière bien fraîche dans le frigo. Au passage, je récupère une tablette de chocolat dans le plus petit des réfrigérateurs. C’était l’une des premières consignes d’Olivier Dutint : avaler du chocolat à la moindre baisse de moral et je crois que ce soir, ce dernier ne soit pas dans son meilleur jour.

Assise entre les deux félins qui réclament chacun leur dose de câlin quotidienne, j’allume la télé et fais ce que j’aime le plus : du zapping. De Quotidien à TPMP, en passant par le reportage sur les cafards d’ARTE et d’une énième rediffusion d’un épisode de Charmed sur la 20. Cela fait bien trop longtemps (j’exagère, comme d’habitude), que je n’ai pas pris le simple plaisir de m’ennuyer et de rire devant les conneries diffusées.

  Sur mon téléphone, quelques nouvelles notifications sont apparues, mais pas celles que j’attendais. Fabio ne m’a toujours pas répondu. C’est frustrant et agaçant. Est-ce que lui renvoyer un message me ferait passer pour une harceleuse ? Non… Peut-être que mon GIF ne l’a pas convaincu, alors que moi, je l’adore. Peut-être s’est-il fait voler son téléphone ? Peut-être l’a-t-il perdu ? Déçue, je balance mon portable à l’autre coin de la pièce manquant de peu de renverser un vase en cristal.

  C’est l’heure du 20h et ce soir les infos ne sont pas bonnes. Un séisme au Japon, des morts en Irak et une nouvelle tuerie de masse aux États-Unis. J’ai ce sentiment que depuis quelques années, les actualités sont de pire en pire. Est-ce simplement lié aux chaînes d’infos en continu qui nous inondent de conneries ? Je ne sais pas, mais je réalise toujours un peu plus la chance que j’ai de vivre ici, à Paris, loin de la guerre. Bien qu’à quelques kilomètres de la maison, il n’y a pas si longtemps, la guerre était dans nos rues parisiennes à ravager nos bars, nos journalistes, nos supermarchés et nos salles de concert.

En ce lundi soir, je broie du noir et je ne peux rien faire pour y remédier, outre d’avaler du chocolat en continu. Je pars chercher une deuxième bière, allume une troisième cigarette et récupère mon téléphone sur le sol. Toujours rien.

   — Fais chier, je dis.

   Sur un coup de tête, j’ouvre Tinder et la conversation avec Fabio. J’écris :

   — Ne me force pas à revenir voir comment vivent les gens du 6e !

GIF d’une détective privée, loupe à la main.

    Message envoyé. J’attends désespérément que les trois petits points, qui indiquent qu’il est en train d’écrire, s’affichent, mais rien. Pas même le message d’un autre homme qui souhaite passer le temps. À croire que je suis la seule à me faire chier. Je m’apprête à jeter mon téléphone une nouvelle fois quand une notification arrive.

Nouveau message reçu de Fabio.

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