69 - 8 h 48
3 - 8 h 48
MERDE.
Je sors du lit plus vite qu’un jour de solde. J’ai rendez-vous dans douze minutes et je suis en culotte, j’ai les cheveux emmêlés, le visage aussi sec et tiré que celui de Donatella Versace et mon ventre qui hurle famine. Je me dépêche d’enfiler les premiers vêtements que j’aperçois et de m’arranger la figure du mieux possible. Mon maquillage de la veille qui est étalé sur le reste de mon visage me fait ressembler à Grippe-Sou le clown dans ses bons jours (et ils sont rares).
Je commande un Uber, car je n’ai plus le temps de marcher, attrape une banane et une barre de chocolat dans la cuisine et quitte l’appartement. J’arrive devant la Mercedes sans mes cigarettes et je réalise avoir oublié de nourrir les chats qui seront affamés à mon retour.
— Bonjour madame.
— Bonjour monsieur. C’est OK de faire le plus vite possible ? Je suis super en retard !
L’horloge de la voiture indique 9 h 8. Merde. Très en retard, je n’ai aucun moyen de prévenir le salon, car mon téléphone est resté à l’appartement aux côtés de mes cigarettes. La journée commence bien, très bien. J’en profite pour engloutir ma banane. Le chauffeur ne cesse de me regarder à travers le rétroviseur le sourire au bout des lèvres. Je suis agacée.
— Vous, vous venez de vous réveiller. N’est-ce pas ?
— Ça se voit tant que ça ? je demande.
Il rigole.
— Oui, madame. Ça se voit ! Mais vous êtes quand même très jolie.
Je souris, presque gênée, et le remercie.
— On est arrivé, il dit. Bonne journée.
Je m’autoéjecte du véhicule avec une volonté rare et cherche du regard le salon de coiffure. Je le vois. Pour dire, on ne peut pas le rater tant il paraît immense. Sur la devanture, on peut y lire un slogan écrit en grosses lettres : ici, nous rendons l’impossible, possible.
Il est 9 h 24 et j’ai vingt-cinq minutes de retard.

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