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Je remonte du restaurant chinois avec un sac qui est prêt à craquer. Une fois de plus, je n’ai pas résisté à l’appel des nems, du riz cantonais et des bouchées vapeur. J’entre dans l’appartement et m’installe dans le salon. Les restes du japonais d’hier soir sont toujours posés près de la télévision. M. Sullyvan n’est pas encore arrivé ou bien le sac aurait disparu.
Je réalise que depuis mon retour de l’institut, je n’ai pas eu le temps de répondre au SMS de Fabio reçu tôt ce matin. Avec curiosité et impatience, j’ouvre son message.
Fabio :
Comment se porte mon élégante voisine du 3e ?
Ce mec est un pur romantique. J’adore. Avant de me jeter sur mon repas chinois, je réponds :
Moi :
La voisine du 3ese porte bien, elle est prête pour ce soir. Comment ça va sous les combles ?
Je réalise que nous n’avons toujours pas échangé nos numéros. C’est par Tinder que nous communiquons et je l’avoue, je trouve cela mignon. J’y vois une forme de pudeur, car à quoi bon échanger nos numéros tant que nous ne sommes pas sûrs de nous plaire mutuellement ? En avalant mes bouchées vapeur aux crevettes, je pense à Fanny et à ma conversation, courte, avec Eddie. Ces derniers jours, je n’ai été qu’une sœur horrible et sans cœur. J’ai été incapable de lui écrire le moindre mot et de lui apporter une quelconque affection. J’attrape mon téléphone et ouvre la page à Fanny.
Moi :
Salut Fanny, je pense à toi.
Sois forte, on se voit demain.
Bisous, Kristou.
Mais oui, je suis la pire des sœurs. Demain, je le sais d’avance, Fanny ne me trouvera pas. Je n’ai aucune intention de lui révéler toute l’histoire me concernant. Je peux, bien sûr, tout lui raconter et ignorer la partie « Mathias », mais je ne l’envisage pas. Un mensonge entraîne toujours vers un autre mensonge et je me refuse de nous infliger plus de peine que nous n’en possédons déjà. Depuis ces derniers mois, notre fratrie est ardemment fragilisée. Ses choix en sont les principales raisons, mais la grande sœur que je suis doit être capable d’objectivité dans des moments comme celui-ci. Et c’est bien ça le problème. J’en suis incapable. Depuis ma séparation, je n’ai ressenti qu’une haine et une jalousie profondes envers elle et bien que je compatisse, je n’ai pas de regret sur ce qui lui arrive.
Car oui, je ne peux m’enlever de la tête cette deadline de dimanche soir, 23 h 59. Après ça, tout redeviendra comme avant. Toute cette semaine disparaitra des mémoires de Fanny, d’Eddie, de ma mère et de Mathias. Ils élèveront dans l’amour l’enfant qu’elle porte, pour qui je suis (presque) sûre que Fanny me proposera d’être la marraine. Tout le monde vivra dans le bonheur et l’amour. Tout le monde, sauf moi.
La sonnerie de mon téléphone me ramène à la réalité. C’est Fanny.
Fanny :
Salut Kris,
Merci pour ton message. Je suis forte, grâce à maman.
Je te vois demain, bises.
Grâce à maman. Pas grâce à moi.

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