75 - 17 h 41
8 - 17 h 41
La dernière fois que j’ai fumé autant de cigarettes, c’était le jour où Mathias est parti avec ma sœur. Je me souviens être arrivée chez le buraliste et avoir acheté deux cartouches de Gitanes. Lunettes de soleil sur le nez, un bas de jogging troué et une paire de crocs rouge électrique, je me revois lui dire :
— Je veux deux cartouches des clopes les plus fortes que vous avez.
Je n’ai dit ni bonjour ni merci, ce qui n’a pas eu l’air de surprendre la propriétaire du bureau de tabac. J’ai ensuite foncé au premier supermarché présent sur ma route et y ai acheté de quoi tenir le week-end : quatre bouteilles de vin blanc, un pack de bières par dix-huit, cinq tablettes de chocolat et un pot de pâte à tartiner. Les jours suivants se sont déroulés comme vous pouvez l’imaginer, dans la dépression, les larmes, le sucre et la fumée.
Cette fois-ci, bien que les évènements soient tout autres, je stresse. Je répète chaque détail de ma nouvelle identité. Kristie, trente-trois ans, ne travaille plus, car réception d’un important héritage (c’est la meilleure idée que j’ai trouvée), et habite dans le quartier depuis deux ans. J’ai une sœur avec qui je ne suis plus en contact et une mère qui habite loin. Oui, ce n’est pas toute la vérité, mais peut-être qu’un jour je la lui révèlerai. En attendant, j’optimise le temps dont je dispose jusqu’à dimanche qui commence à se faire court.
L’heure tourne et Fabio doit me récupérer d’un instant à l’autre. Je suis toujours en culotte à fouiller ma penderie à la recherche d’un bout de tissu à enfiler. Un jean ? Trop décontracté. Une jupe ? Trop cliché. Une robe ? Il fait trop froid. Chacune de mes idées est anéantie par mes propres pensées. Un smoking ? Pourquoi pas.
J’attrape le smoking blanc qui sort du pressing (merci M. Sullyvan), et l’enfile. J’ajuste mes cheveux qui m’arrivent désormais aux dessus des épaules et admire leur nouvelle couleur. Je me sens bien mieux en brune qu’en blonde, c’est une évidence.
Mon téléphone sonne.
Fabio :
Bonsoir, tu es prête ?
Non, pas vraiment. Mais il est 17 h 59 et je ne peux pas être en retard, pas pour un premier date. J’attrape une paire de Louboutin, que je découvre à l’instant, et les enfile.
Moi :
Oui, je suis prête.
Quelqu’un sonne à la porte.
— J’arrive !

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