82 - 14 h 54

2 minutes de lecture

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  J’ai pleuré sur tout le chemin du retour et je ne sèche mes larmes qu’à l’arrivée chez moi. D’un instant à l’autre, Fabio frappera à la porte et m’emmènera à notre second date. Notre, second, date. C’est fou, ça ne s’est pas produit depuis des mois.

Avachie sur le canapé, je pense à lui et à Mathias. À mon avenir et mon passé. À ces deux hommes qui ne se connaissent pas, mais qui pourtant sont liés à travers moi. Les quelques Vogue que je fume m’aident à faire un tri dans ces sombres pensées qui me hantent depuis l’enterrement. Je fume tant, que mon cendrier déborde, ma gorge se dessèche, mon teint et mes dents jaunissent. C’est décidé, j’arrête la clope. C’est une nécessité. L’appartement empeste le tabac froid. J’ouvre en grand les fenêtres espérant qu’à l’arrivée de Fabio, l’odeur ait disparu.

À travers Alexa, ABBA chante Eagle, l’une des chansons les plus réconfortantes que je connaisse. Mon esprit est transporté dans un lieu plus serein, moins stressant.

   Il est 15 h et on sonne à la porte. Pile à l’heure, comme hier. Derrière la planche de bois qui nous sépare, Fabio n’a aucune idée de ce que je m’apprête à lui dire. J’inspire un bon coup et ouvre la porte. Il est là, une chemise à fleurs, ce même jean et ces mêmes baskets blanches usées que la veille et ce sourire ravageur qui me fait l’effet d’un tsunami d’amour.

  — Salut, demoiselle du 3e, dit Fabio.

  Il tient un magnifique bouquet de tulipes qu’il me tend.

  — Un petit quelque chose pour apporter de la couleur à ton si joli appartement et une carte sur laquelle est indiqué mon numéro de téléphone. Tu es partie sans me le demander hier soir.

  Je suis touchée, je craque. Des larmes coulent le long de mes joues et je ne peux les retenir.

  — Oh, merci. Ça me fait très plaisir. Entre, je vais trouver un vase pour les mettre.

  Perplexe, Fabio ne sait trop quoi répondre et se contente de m’attendre dans l’entrée. Mon visage humide et recouvert de larmes a dû le déstabiliser.

  — Tu es prête ? il demande depuis le couloir.

  — Oui, j’arrive !

  Les tulipes dans l’eau, je le retrouve et l’invite à me suivre dans le grand salon. Une puissante lumière dorée nous éblouit à notre entrée dans la pièce.

  — Mais qu’est-ce que…

  — Ce n’est rien, je dis. Peut-être la télé. Tu peux me mettre les fleurs sur la table, s’il te plait ?

  Je sais d’où provient cette lumière, du petit salon adjacent. Fabio récupère le vase et le dépose sur la table tandis que je me dirige vers la pièce voisine. En entrant, la lumière continue de m’aveugler. Elle provient du sablier. Jamais, il n’a scintillé avec autant d’éclat et ça ne peut être une coïncidence. « Plus je scintille, plus l’amour se rapproche », c’est ce qui est indiqué sur la notice. « Plus je m’écoule, plus la chance vacille », nous sommes à mi-chemin, au quatrième jour des huit disponibles. Cette chance, je ne la laisse pas glisser entre mes doigts.

Désolée, Mathias.

   — C’est bon, je suis prête.

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