84 - 18 h 12 

3 minutes de lecture

8 - 18 h 12

   — Comme dans mes souvenirs, je dis.  

  Le générique de fin débute, la salle se rallume et les spectateurs se lèvent pour rejoindre la sortie. Fabio et moi restons assis quelques minutes de plus. Après coup, les popcorns n’étaient pas une si mauvaise idée puisque j’ai pu effleurer sa main à de nombreuses reprises. Je ne l’ai pas entendu mâcher ses popcorns, ou très peu, et c’est bien parce que j’ai dû manger quatre-vingt-dix pour cent du paquet. Ce que je retiens de cette séance, c’est que Fabio sent toujours aussi bon et qu’il a passé le film à me caresser le bras gauche. 

  — T’as aimé ? je demande. 

  — C’était sympa, j’avoue. 

  — J’étais sûre que tu ne pourrais t’empêcher de rire à la scène de l’orgasme ! C’est super drôle non ? 

  La scène où Sally simule un orgasme féminin au beau milieu d’un restaurant, incroyable. Ma scène préférée. 

  — Oui, un peu gênant, mais drôle. 

  — Mais nooooooooon, c’est juste drôle.  

  Nous ressortons de la salle, plus proche qu’à notre arrivée. 

  — Ça te dit qu’on s’arrête chez le Chinois en bas de l’immeuble et qu’on termine la soirée chez moi ? 

  — Avec plaisir, ma Lady. 

  Nous arrivons au restaurant. L’Uber nous dépose le plus près possible de l’immeuble pour pas que l’averse qui s’abat sur Paris nous inonde. Nous entrons et passons commande. Comme à mon habitude, je commande des bouchées vapeur à la crevette, du riz cantonais et des nems au poulet. 

  — Je vais prendre comme elle, dit Fabio. 

  — T’es sûr ? 

  — Oui, oui. Je ne suis pas très bouffe asiatique. 

  Nous remontons à l’appartement, je me déchausse et lui propose de s’installer dans le grand salon. Bouboule et Sucette, inséparables, attendent avec impatience leur repas que je me dépêche de leur donner. Sucette est une vraie pipelette. Elle miaule à longueur de journée pour un tout et pour un rien. C’est très agaçant. 

  — Du blanc ou du rouge ? je crie depuis la cuisine. 

  Je ne l’entends pas. Tant pis, j’ouvre une bouteille de blanc et une de rouge. Pas de jaloux. Je reviens dans le salon et y allume quelques bougies trouvées dans le fond d’un placard. J’ai viré les cendriers débordant de mégots, ouvert grand les fenêtres pour que cette odeur de litière à chat et de tabac froid se disperse et enclenché une playlist Electro Chillsur Alexa. Une fois la lumière tamisée, l’ambiance est enfin parfaite. 

  — Bon appétit, je dis. 

  — Merci. Sinon, parle-moi de ta famille. Tu as des frères, des sœurs ? 

  Sujet sensible. 

  — Je n’ai pas de frère, bien que j’aie toujours demandé à en avoir un ! 

  — Une sœur alors ? 

  J’hésite à répondre et gobe une bouchée vapeur. On ne peut pas parler la bouche pleine, c’est bien connu. À cet instant, mon téléphone sonne. Je m’excuse et le sort de ma poche. Fanny. Son nom est inscrit en gros sur mon écran, quelle coïncidence. Je ne réponds pas. 

  — Oui, une sœur, mais nous sommes fâchées depuis pas mal de temps. 

  — Oh, c’est dommage. Et tes parents ? 

  — Mes parents sont vivants, mais je ne connais pas mon père. Enfin, je le connais, mais je n’ai pas grandi avec. Il n’a pas été présent depuis trente ans et puisque j’en ai trente-trois… 

  — Et ta mère ? 

  — Ma mère, ça va. Je suis la sœur ainée, donc elle prend toujours la défense de la cadette. C’est chiant, mais c’est le jeu. 

   Mon téléphone sonne à nouveau, c’est Eddie. Une fois de plus, j’ignore l’appel. Merde, c’est possible d’être tranquille ne serait-ce qu’une demi-journée ? 

  — Ah, les histoires de famille. 

  — Et toi ? Ton ex ? Vous êtes divorcés ? Depuis quand ? Tu la revois de temps à autre ? 

  Je le fustige de question et réalise que je suis, peut-être, trop curieuse. Fabio se marre. 

  — On est en cours de divorce, ça devrait être fait dans les prochaines semaines. Ça fait un an que l’on est séparé, officiellement. Et oui, je la croise pour la garde des enfants, mais puisqu’ils sont loin, c’est pas fréquent. D’autres questions ? 

  Je rougis, un peu gênée par le culot de mes interrogations. Une fois de plus, mon téléphone sonne, mais il s’agit là d’un SMS. Je l’ouvre. 

Eddie : 

Hey, je ne sais pas ce que tu fais, mais rappelle ta sœur. 

N’oublie pas ce que tu t’es engagé à faire. ISOLE-TOI. 

Bises, Edd. 

  C’est trop pour moi, j’éteins le téléphone une bonne fois pour toutes et le range dans un placard. Je veux qu’on me laisse seule, dans ma bulle avec Fabio. C’est trop demandé ? 

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