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3 minutes de lecture

5 - 11 h 26

Tandis que Fabio regarde les Z’amours, je me jette sous la douche. Malgré une tête de boudin, des yeux montés au ciel et des bruits d’exaspération, Fabio ne lâche rien. Dans une heure, nous allons à la patinoire et « Kristelle la mortadelle » sera de retour. C’est donc avec force que je me suis traînée jusqu’à la salle de bain. Pour se faire, Fabio a dû me menacer de couvrir ses fesses nues d’un caleçon.

— NO WAY ! j’ai répondu avant de foncer sous l’eau.

Dum Dum Diddle à travers l’enceinte, je me déhanche sur cette musique d’ABBA qui fut celle à l’origine de mon amour pour le groupe.

— Alexa, plus fort !

— D’accord.

Alors âgée de quatorze ans, je recevais des cours particuliers en français par Joshua, un lycéen plutôt mignon qui habitait la maison voisine. De nature déjà timide, je ne demandais jamais la moindre chose, pas même un simple verre d’eau ou encore où se situaient les toilettes. Un après-midi, après avoir passé la matinée à boire du jus d’orange en brique sans goût et trop sucré, j’eus une envie très pressante. Se retenir n’était pas une option envisageable. J’ai pris mon courage à deux mains et demandé à Joshua si je pouvais utiliser ses toilettes.

— Ça fait un an que tu viens ici et tu ne sais toujours pas où sont les toilettes ? Premier étage, première porte à droite.

Je m’excuse (comme à mon habitude), et grimpe à l’étage. Je vais pour ouvrir la première porte à droite quand une musique qui provient de la pièce adjacente retint mon attention. Discrètement, je me souviens avoir passé la tête dans l’entrebâillement de la porte et aperçu Ludivine, la mère de Joshua, se déhancher à la façon d’une adolescente sur cette chanson qui provoquait en moi un sentiment heureux et inconnu. Je n’en connaissais ni la mélodie ni les paroles.

— Et voilà, c’était Dum Dum Diddle d’ABBA sur Chérie FM. Très fier de vous partager ce morceau d’un groupe qui agite encore les foules.

ABBA. Je venais d’entendre pour la première fois un nom qui s’apprêtait à changer ma vie. Je me souviens avoir couru dès le lendemain chez le disquaire avec tout mon argent de poche pour le dévaliser. Ils doivent toujours être quelque part dans un carton.

Je suis ramenée à la réalité par une annonce d’Alexa.

— Vous avez reçu un nouveau message d’Eddie. Voulez-vous que je le lise ?

— Oui, je réponds.

— Eddie a écrit : salut, es-tu disponible dans une heure pour déjeuner au Massenet ? Voulez-vous lui répondre ?

— Oui !

C’est la première fois que j’utilise cette option que propose Alexa. La technologie du futur est bien plus proche que l’on ne pense, croyez-moi.

— Que voulez-vous écrire ?

— Salut, Eddie, oui avec plaisir. Je te retrouve dans une heure.

— OK, vous avez écrit : salut béquille, oui avec pétrir je te couve dans une heure. Confirmez-vous l’envoi ?

Je rêve, alors que je viens juste de vendre ses prouesses modernes, voilà qu’Alexa ne comprend rien. Finalement, la technologie du futur n’est peut-être pas si proche que ça.

— Non, je réponds avant de couper l’eau, attraper mon téléphone et répondre par moi-même.

Moi :

Salut, oui avec plaisir. En plus, ça m’arrange !

À tout.

Ça tombe à pic, car j’évite ainsi la sortie patinoire. Je sors de la douche enveloppée d’une serviette en coton et retrouve Fabio allongé sur le canapé, les testicules à l’air. Il semble m’avoir prise au sérieux quand j’ai refusé qu’il enfile un boxer.

— Fabio, je suis désolée, mais on ne va pas pouvoir aller à la patinoire. Ma meilleure amie a une urgence, je la rejoins dans une heure au Massenet.

Il sourit.

— Ce n’est pas grave. On ira après. La patinoire ferme à vingt heures.

— Mais…

— T’inquiète, prends ton temps. On n’est pas pressé.

Tu m’étonnes que je ne sois pas pressée. Je n’ai aucune envie de me casser la figure devant tout un public de patineurs !

— Bon, OK. Tu veux vraiment que l’on se moque de moi, en fait ?

Il rigole un bon coup, se lève, s’approche de moi et me serre dans ses bras.

— Tu sais très bien que je ne laisserai personne se moquer de toi. Et puis si tu tombes, promis, je tomberai aussi. Va à ton rendez-vous. Je t’attends ici.

Quel homme parfait. Je pourrais presque en devenir amoureuse.

— Merci, je dis timidement avant de l’embrasser.

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