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2 minutes de lecture

7 - 13 h 34

— Quelle conne ! je crie en claquant la porte. 

Je me débarrasse de mes baskets trempées. Sur les cinq cents derniers mètres, une tempête s’est décidée à s’abattre sur moi. Le karma, probablement. Je jette mon manteau sur le premier meuble que j’aperçois et cours m’allumer une cigarette. Depuis l’arrivée de Fabio, je ne pense plus à fumer. Ça en devient magique tant c’est surprenant. 

J’attrape mon briquet, ouvre la fenêtre, mais tout juste avant que j’appuie sur la détente, Fabio arrive. Il ne s’est pas changé et se trouve toujours habillé de mon long t-shirt blanc, le pénis et les fesses à l’air. Ses mains sont recouvertes d’une paire de gants à vaisselle. Armé d’une pelle et une balayette, il entre dans le salon. 

— Qu’est-ce qui se passe ? il demande. 

Je pose ma cigarette et en oublie tout de suite l’envie. 

— Rien, disons que je me suis un peu énervée. 

— Tu es trempée, il dit. Approche et viens te sécher. 

Sa voix douce, calme et limpide m’apaise. Elle remplace volontiers cette envie de fumer et de frapper tout ce qui bouge. Je m’approche de lui et me serre contre son corps chaud. 

— T’es vraiment en train de faire le ménage ? je demande. 

— Pourquoi tu penses ça ? 

— Les gants de vaisselle. 

— Ah, ça. 

Il sourit et m’embrasse. 

— C’est rien, juste un peu de nettoyage. Tu le sais bien, je suis maniaque ! Bon, on part dans trois quarts d’heure, ça te va ? 

Il revient à la charge avec son histoire de patinoire. C’est non et définitivement non. 

— Ah non, je dis. Avec cette dispute, je n’ai plus envie de rien. Je vais me coucher. 

— Tu te dégonfles. Et si je t’invite dans le meilleur restaurant de ta vie tout entière ? 

Ses mots m’intéressent un peu plus. 

— Quel genre de restaurant ? 

— Le genre de restaurant dont tu te rappelleras toute ta vie et dont je suis sûr que tu ne connais pas. 

OK, je suis peut-être prête à faire des efforts, mais son restaurant se devra d’être à la hauteur. 

— Dans ce cas, j’accepte. Je ne peux pas refuser une si belle invitation. 

Surtout si c’est lui qui m’invite. 

— Je remonte chez moi me changer et je te récupère. Couvre-toi bien, il fait froid. 

— C’est le principe de la patinoire, je dis. 

Il rigole, m’embrasse et quitte la pièce. Pour la première fois depuis hier après-midi, je me retrouve seule à la maison. Bouboule et Sucette sont endormies quelque part dans l’appartement et c’est tout naturellement que je demande à Alexa de jouer ABBA. J’attrape mon paquet de cigarettes et m’en grille une. J’ai besoin de faire redescendre cette pression qui m’étouffe. 

Inspiration après inspiration, je réfléchis à ces derniers jours. J’aurais dû, bien sûr, me douter des conséquences que m’apporta la signature de ce contrat. Je décide tout de même d’oublier cette conversation avec Eddie. Après tout, ma mère ne m’a informée de rien et je peux continuer de faire la sourde oreille. 

Lorsque je regarde l’heure, je m’aperçois que les quarante-cinq minutes sont presque écoulées et je ne suis pas prête. J’attrape un jean, un gros pull, une épaisse paire de chaussettes et des moufles. Je ne ressemble à rien, mais si je tombe, je devrais pouvoir limiter la casse. 

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