97 - 2 h 40
Vendredi 14 octobre
1 - 2 h 40
Je n’ai rien à dire, le sexe avec Fabio, c’est génial. Après une soirée comme celle-ci, il méritait le meilleur et je crois le lui avoir offert. Tout juste avant de s’endormir (vous connaissez les hommes et le sexe, ils s’endorment toujours dans la minute), Fabio m’a confié s’être beaucoup attaché à moi malgré les quelques jours seulement passés ensemble. Je ne cesse de me demander si nous n’allons pas trop vite. Bon, ce n’est pas comme si nous allions nous marier la semaine prochaine, j’ai donc tendance à penser que non. Mais si Fabio est mon âme sœur ? C’est possible et cela explique pourquoi je suis tant attachée à lui et que la moindre minute passée loin de lui semble durer des heures.
Je profite de son sommeil profond et m’extirpe du lit dans le silence, bien qu’il ronfle si fort qu’un rhinocéros pourrait débarquer qu’il ne l’entendrait pas arriver. J’ai envie d’une cigarette, celle que l’on aime fumer après une bonne partie de jambes en l’air et ce soir plus particulièrement, car le sexe était plus brutal que nos premières fois. Nous prenons confiance l’un envers l’autre et c’est agréable.
Les chats, couchés sur le canapé du salon, sont surpris de mon arrivée. Sans un bruit, j’ouvre la grande fenêtre, attrape mon téléphone, et allume une cigarette.
Aucun nouveau message. Eddie, Fanny, ma mère, aucune d’elles m’ont écrit. J’ouvre la page Messages et décide d’envoyer un petit mot à ma sœur.
Moi :
J’espère que tu tiens le coup.
Je suis désolée de ne pas être à la hauteur.
Ta sœur qui t’aime, Kris.
Je l’aime, c’est certain. Elle est et restera l’unique sœur dont je dispose et je refuse de faire une croix sur notre relation. Je continue de penser que dans moins de soixante-douze heures, tout reviendra à la normale et je ferai tout pour la retrouver, quitte à accepter Mathias. L’idée me donne déjà envie de vomir. J’allume une deuxième cigarette. C’est fou comme à chaque contrariété, la première chose à laquelle je pense, ce sont les cigarettes.
Olivier Durémont m’avait pourtant ordonné d’engloutir du chocolat et je ne l’ai écoutée qu’une seule journée.
J’écrase la cigarette sur le rebord de la fenêtre et décide de vérifier l’état du sablier. Je n’y ai pas jeté de coup d’œil depuis quelques jours et pour plus de discrétion, je l’ai dissimulée sous une épaisse couverture. Je ne peux pas prendre le risque que Fabio le découvre. J’entre dans le salon adjacent, ôte la couverture et me retrouve aveuglée par la lumière qu’il dégage. Le sable est si flamboyant qu’on se croirait en pleine journée, dans le désert du Sahara. Plus il scintille, plus l’amour est proche, c’est ce que dit la carte. Ça ne peut qu’être lié à Fabio et s’il s’avère qu’il tombe amoureux, je dois sérieusement réfléchir à mes intentions. La décision la plus évidente, bien qu’elle soit égoïste et courageuse, serait de le laisser exprimer ses sentiments. Fanny serait dévastée par la perte définitive de Mathias et je risquerais de ne plus jamais revoir Eddie.
Ça m’agace. Pourquoi la vie est faite de choix si difficiles ? Pourquoi ne pouvons-nous pas vivre dans un monde où nos choix n’auraient aucune conséquence sur nos vies et celles des autres ? Je recouvre le sablier et retourne me coucher. Comme me disait ma grand-mère : la nuit porte conseil.

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