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3 minutes de lecture

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   Ma chambre ressemble à celle de mes vingt-deux ans après qu’Eddie et moi venions de dévaliser les boutiques avec nos premiers salaires. Je ne vois plus mon lit tant les vêtements le recouvrent et cela fait des années que ça n’était pas arrivé. Je n’ai pas eu le temps de les ouvrir à mon retour puisque j’ai dû rejoindre Fabio à l’escalade. Ah ! L’escalade… Après que Fabio ait insisté pendant près de trente minutes pour que j’ose, ne serait-ce que grimper sur le plus petit des parcours, j’ai fini par enfiler un harnais. La suite est bien trop dégradante pour que je la raconte. Je pense que Gégé, l’instructeur, se rappellera de mes fesses pour un long moment (que son nez repose en paix). Recouverte de honte et malgré les rires des autres membres du club d’escalade, je me suis dépêchée de rentrer à la maison prétextant une urgence intime. 

Voilà donc une heure que je déballe mes sacs à la recherche de la meilleure tenue du soir. Alors oui, OK, ce n’est qu’une soirée avec certains de ses amis, mais il s’agit de notre première sortie officielle. Bien que nous n’ayons pas vraiment abordé le sujet, je suis capable de garantir un fait : Fabio et moi sommes en couple, c’est évident. Quel mec présenterait l’un de ses plans cul à ses amis ? Aucun, j’ai tendance à penser. 

Le rendez-vous étant fixé aux alentours de 18 h 30, je me dépêche. D’un instant à l’autre, Fabio va me récupérer pour qu’on se rende ensemble dans le 17e, aux Batignolles. C’est là où vivent Pierre et Sylvie qui tiennent le bar dans lequel nous avons rendez-vous.  

— Kristelle, tu dois te décider et vite, je dis. 

Me parler à moi-même est devenu monnaie courante ces derniers temps, faute de ne plus pouvoir échanger avec ma sœur, Eddie ou tout autre humain que Fabio ou Mme Gonzales. J’ai besoin d’une clope. Je ne vois rien de mieux pour m’aider à y voir plus clair qu’une Vogue mentholée et d’une bière bien fraîche. Et oui, la bière c’est l’idéal pour faire redescendre la pression. Le stresse s’intensifie, je n’arrête pas de me scénariser la soirée et d’imaginer à quoi ressemblent ses amis qu’il dit être ses « plus fidèles amis ». 

J’inspire la première bouffée puis l’expire. Je tousse. Je n’ai plus l’habitude de fumer, c’est drôle quand on connait la quantité de goudron qui s’écoulait dans mes poumons il y a encore quelques jours. Bière terminée, clope éteinte, je file sous une douche rapide. J’opte, après moult réflexions, pour une magnifique robe bleu marine de chez H & M et d’une paire d’escarpins Minelli. J’ai trouvé chez Zara une sublime paire de collants noirs à motif que j’ai hâte de filer ce soir, comme chaque collant que j’ai enfilé depuis ma jeunesse. Ils finissent toujours par se trouer une heure après les avoir enfilés. 

— Mon chaton, c’est moi ! s’écrie Fabio depuis l’entrée. T’es prête ? 

— Oui ! J’arrive ! Tu peux nourrir Bouboule et Sucette ? 

— WOW, t’es sublime, dit Fabio qui entre dans la pièce. Mais tu sais, ce soir, c’est ambiance copains, tu n’avais pas besoin de te mettre sur ton trente et un. 

— Ah non, ne dis pas ça. Je dois faire bonne impression. Donc je ne change rien ! Et puis si t’es sage, t’auras peut-être le droit de la retirer ce soir. 

Il sourit, m’attrape par les mains et me tire vers lui. Sa bouche me couvre le cou de baisers, au point de me chatouiller.  

— On va être en retard, je dis. En route ! 

— Tant pis, j’attendrai ce soir. 

— Plus c’est long, plus c’est bon, disait ma grand-mère. 

Fabio esquisse un sourire et me lance un clin d’œil. 

— C’était une coquine ta grand-mère. 

— Et oh ! On ne parle pas comme ça de mémé Martine. 

Fabio me taquine jusqu’au hall de l’immeuble dans lequel nous tombons nez à nez avec Mme Gonzales. 

— Señor Fabio, comment allez-vous ? 

Et moi, je pue. Elle n’aime pas les femmes, ou c’est moi ?  

— Bien merci, et vous Mme Gonzales ? 

Muy bien, gracias. Buenas noches señor Fabio. 

Elle disparait derrière l’ascenseur et je jurerai l’avoir vu me faire un doigt d’honneur à la fermeture des portes. Nous entrons dans le taxi qu’a commandé Fabio et partons pour le 17e. 

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