101 - 18 h 22
5 - 18 h 22
Le taxi nous dépose au bout de la rue en sens unique et nous marchons jusqu’au bar.
— Mais alors, ce sont les patrons du coup ?
— Qui ça ? Pierre et Sylvie ?
— Oui.
— C’est ça. C’est comme ça qu’on s’est rencontrés il y a dix ans. J’venais souvent avec mon ex-femme et j’ai sympathisé avec eux. Ils sont adorables, tu verras.
— Qui sont les autres ? je demande.
—Euh... Alors, Claude, un vieil ami de lycée. Arnaud qui est le voisin de Pierre et Sylvie et qui est aussi génial qu’eux. Et Stéphane et Éric, en couple depuis douze ans.
— Stéphane et Éric ? En couple ? OK, il ne faut pas que je fasse de gaffes.
Fabio me regarde, toujours d’un sourire discret, et semble étonné.
— Pourquoi tu ferais une gaffe ?
— Et bien ils sont… homosexuels. Tu me connais un peu maintenant, après trois ou quatre bières, je ne sais plus vraiment ce que je dis.
Il rigole, passe son bras autour de mon cou et m’embrasse.
— Mais tu seras parfaite, t’inquiètes pas.
Pourtant, je suis en panique. Il a beau me répéter de ne pas m’inquiéter, c’est plus fort que moi, je le suis. J’ai mal au ventre et j’ai des fourmis dans les mains et dans les jambes. On continue d’avancer quand soudain, quelque chose me tape l’épaule. Je regarde.
— OH NON ! je crie.
Une crotte écœurante, merci le pigeon qui n’a pas pu se retenir, vient de s’abattre sur ma veste.
— Super ! Je viens juste de l’acheter !
Fabio éclate de rire. Nous n’avons pas le même humour, visiblement. Je suis furieuse et la rougeur de mon visage devrait le lui faire comprendre.
— Ce n’est rien Chaton, on va nettoyer ça. Regarde, on est arrivés.
On entre, Fabio salue les deux ou trois serveurs qui font des aller-retour et nous partons nous installer à notre table réservée.
— Installe-toi, je vais chercher de quoi te nettoyer.
Couverte de honte, pour changer, je m’installe à la table prenant le soin d’être la plus discrète possible. Le bar est plein et je refuse de passer pour celle qui se balade avec une crotte de pigeon sur l’épaule. Une minute plus tard, Fabio, revient les mains chargées de sopalin et d’une éponge brûlante.
— Voilà, c’est mieux comme ça ?
— Parfait, merci.
— J’ai commandé deux bières, j’espère que ça te va.
Je souris pour la première fois depuis notre arrivée au Comptoir des Batignolles.
— Très bonne nouvelle, je dis. Tes amis arrivent quand ?
Il regarde sa montre.
— Ils ne devraient pas tarder.

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