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4 minutes de lecture

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Presque 19 h, toujours personne. J’ai eu le temps de boire une première bière et d’en entamer une deuxième. Le bar est très sympa et typique des Batignolles. L’établissement est reconnu pour ses cocktails et sa décoration originale. C’est cosy, petit et mignon. Des photos de clients prises au Polaroïd sont affichées sur un mur, un long bar en bois vieilli traverse la pièce étroite, mais l’originalité de cet endroit, ce sont les vieilles caves parisiennes aménagées. C’est dans l’une d’elles que l’on se trouve.

— C’est la table préférée de Sylvie, dit Fabio. On réserve toujours cette table quand on se fait une soirée.

— Ah, Fabio ! dit une femme qui se précipite à notre table.

— Sylvie ! Ça va ? Je te présente Kristie, mon amie.

Mon amie. Je suis SON amie. J’en étais sûre, Fabio et moi sommes en couple. Pour de vrai.

— Enchantée, je dis après lui avoir claqué la bise.

— Où est Pierre ? demande Fabio.

— Tu le connais, il fait le tour du bar pour s’assurer que c’est propre ! Il n’arrive même pas à se prendre une soirée off, c’est lourd.

Quelques instants plus tard, deux autres hommes entrent dans la petite cave isolée des autres.

— Claude, Arnaud, voici Kristie, mon amie, dit Fabio.

Claude, un bon mètre quatre-vingt-dix, est obligé de baisser la tête pour pénétrer dans la pièce. Arnaud, bien plus petit, est souriant et est enchanté de me rencontrer.

— Ah, Pierre ! Enfin ! s’écrie Sylvie.

Des cheveux blonds parfaitement bien méchés, un visage lisse et peu maquillé, un look maîtrisé et une prestance naturelle : voilà Sylvie, une femme de caractère.

— Désolé, mais Baptiste n’a pas fait ce que je lui ai demandé donc je lui ai passé une soufflante. Ça va tout le monde ?

— Pierre, voici Kristie, mon amie, dit Fabio.

— Ah ! C’est de toi dont il n’arrête pas de parler depuis deux jours ! Enchanté !

Je souris timidement, surprise par cette annonce.

— Éric et Stéphane, toujours en retard, dit Arnaud.

— Quand on parle du loup, murmure Fabio.

Deux très beaux hommes, minces et très bien vêtus, entrent à leur tour. Chacun se claque la bise, content de se retrouver.

— Voici Kristie, dit Fabio pour la quatre-vingt-dix millième fois. Mon amie.

L’un, Éric, a le regard méfiant, l’autre me saute dessus, heureux de faire ma connaissance. Tout le monde s’installe autour de la table et le hasard fait qu’Éric se retrouve assis à ma droite. Fabio, à ma gauche, ne lâche pas ma main depuis notre arrivée.

Un serveur à la queue de cheval et à la longue barbe entretenue se présente et apporte les menus.

— Merci, Mathieu, dit Pierre. N’oublie pas d’ouvrir une table et de la mettre en OFF. Ce soir, c’est pour nous.

Une levée de proclamation s’élève. Personnellement, j’adore lorsque je peux boire gratuitement. Je reste silencieuse.

— Ah non, dit Arnaud. Pas encore. Vous nous avez déjà invités la dernière fois !

— C’est clair, dit Claude. Cette fois-ci, on paye !

— Mets la table en OFF, un point c’est tout. Choisissez !

Aidée par Fabio, je choisis le cocktail qu’il estime être le meilleur de la carte.

— N’en dis pas un mot, il serait vexé, me murmure Fabio dans le creux de l’oreille.

En retrait, j’écoute les différentes conversations qui se lancent autour de moi. Sylvie annonce à Fabio vouloir ouvrir un deuxième bar dans le Marais, en dépit des revenus en baisse. Arnaud dévoile avoir rencontré quelqu’un, malgré un début timide. Claude, plus discret que les autres, échange avec Stéphane et Éric sur le projet d’adoption de ces derniers.

— Foncez les gars. Nous, on vous fait des lettres de recommandation quand vous voulez.

— Merci, Claude, répond Stéphane qui attrape la main d’Éric.

— C’est vrai que depuis le mariage, on y pense beaucoup.

Éric est plus féminin que Stéphane. Sa voix est plus douce, ses gestes plus maniérés et ses traits de visage sont plus fins. Entre la conversation sur l’adoption à ma droite et celle sur la copine d’Arnaud à ma gauche, je me sens seule au monde, perdue au milieu d’un océan de conversations dans lequel je ne suis la bienvenue. J’attrape mon cocktail et le termine cul sec. Le temps est venu de m’ intégrer.

— Moi, vous savez, je vous soutiens à cent pour cent, les garçons.

— Merci, dit Stéphane.

— Vous savez, moi, et même si je n’en connais pas, j’adore les PD. Je vous trouve géniaux. J’aimerais tellement être aussi libre que vous. Moi je dis, vivent les PD !

Silence total. Plus personne ne discute et les regards sont tournés vers moi. Éric me dévisage, tout comme le reste de la table, et me lance un long tchipavant de retourner à sa conversation avec Claude.

— On ne dit pas « PD », me chuchote Fabio à l’oreille.

 La gourde que je suis. Une idiote, rien de plus. Bien sûr qu'on ne dit pas "PD", Kristelle, c'est évident !

— Qu’est-ce qu’on dit alors ?

— Ce n’est pas grave mon chaton.

— Je pensais bien faire, je lui réponds d’un murmure. Je suis désolée.

Fabio me répond d’un sourire, m’embrasse le front et me serre la main. Pour une première impression, c’est loupé.

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