105 - 8 h 17

3 minutes de lecture

2 - 8 h 17

Ma tête, c’est affreux. Plus jamais je ne boirai une goutte d’alcool. Plus jamais. J’ai si soif que je pourrais avaler une piscine entière. Lorsque j’ouvre les yeux, j’aperçois Bouboule allongé sur ma poitrine qui attend sagement mon réveil. Il se met aussitôt à ronronner. À ma gauche, la place est vide. Fabio n’est pas là. Sur l’oreiller, une petite carte est déposée sur laquelle est écrit :

« Bonjour mon chaton,

envoie-moi un SMS à ton réveil pour ton PDJ au lit.

Bisous, ton Fabio. »

Ce mec est un vrai romantique, j’adore. Quoi de mieux qu’un petit-déjeuner au lit le lendemain d’une cuite ? Autre qu’une boîte de 9, frites, Ice Tea, sauce moutarde et barbecue, bien entendu. J’attrape mon téléphone posé sur la table de nuit et lui écris.

Moi :

Bonjour, mon Fabio.

Je suis toute réveillée.

À tout de suite.

Je repense encore à ces quelques mots échangés sur l’oreiller, hier soir. C’est vrai, je tiens beaucoup à lui. Affirmer l’inverse serait un mensonge créé de toute pièce. Mais ce matin, bien que je suis heureuse d’être servie au lit, je ne me sens pas d’humeur très positive. La deadline se rapproche bien plus vite que je ne l’ai envisagé et il nous reste désormais moins de quarante-huit heures à profiter. Quarante-huit heures, c’est trop peu. Trop peu pour s’avouer que l’on s’aime, que l’on ne veut plus se quitter et se dire toutes ces belles choses que l’on adore entendre dans les débuts d’une relation. Alors oui, ces magnifiques paroles, elles me sont déjà parvenues, mais je refuse de ne plus y croire. Il y a six ans, le jour de nos fiançailles, Mathias m’avait promis l’Univers, comme il a dû le promettre à Fanny.

Mathias.

Ce nom me hante depuis une semaine. C’est comme si son fantôme tournait autour de moi depuis sa mort et qu’il s’acharnait sur mes remords. Et des remords, j’en ai quelques-uns en magasin. Fabio toque à la porte et chasse mes pensées les plus sombres.

— Je peux entrer ?

Je me recoiffe rapidement, m’essuie la bouche (j’ai encore bavé pendant la nuit), me redresse, chasse toutes pensées sombres de mon esprit et affiche le plus naturel des sourires.

— Oui, entre.

Les cheveux mouillés, peignés en arrière, il sent bon le gel douche. Visiblement, nous n’avons pas les mêmes conséquences après un abus d’alcool.

— Pas trop mal à la tête ? il demande.

— Ne m’en parle pas, c’est horrible.

— Tiens, regarde.

Il dépose sur mes genoux mon plateau ABBA, mon préféré. Deux croissants, un bol de fruit, un yaourt au chocolat, un café fumant, un Doliprane et un grand verre d’eau.

— Oh, tu as pensé au Doliprane, tu es parfait, je dis en approchant ma bouche de la sienne.

Il ouvre la fenêtre, ce que j’aurais également fait à sa place, et vient s’installer à côté de moi. Vexé d’être délaissé, Bouboule quitte la pièce.

— Un vrai susceptible ce chat, je dis. Tu t’es déjà préparé ?

— Oui, j’ai complètement oublié que tante Dolly m’a invité, ce midi.

— Tante Dolly ?

— La sœur de mon père. Après le décès de mes parents et mon départ pour Paris, elle a décidé de venir vivre ici, à côté de moi. Elle a voulu prendre le relais. C’est une deuxième maman, pour moi.

Sympa cette tante Dolly.

— C’est adorable de sa part.

— Oui, enfin bref. Je voulais te proposer de venir. Elle adorerait te rencontrer.

Alors là, ça va un peu vite. Rencontrer les amis : OK. Rencontrer la deuxième maman : pas OK.

— Tu lui as parlé de moi ?

— Non, pas encore. Rassure-toi.

D’après la froideur de sa réponse et la disparition de son sourire, j’ai dû le vexer.

— Je vais rester à la maison aujourd’hui. Je suis un peu en vrac et c’est important que tu profites de ta famille.

Il me sourit, comme à son habitude. Je suis toujours submergée par l’amour et la compassion qui s’en dégage.

— Très bien, alors je vais te laisser. Elle habite dans la campagne du 95 et j’ai un peu de route.

— Mais, tu n’as pas de voiture. Comment tu fais ?

— J’en ai loué une. Je pars la chercher. Je ferai attention, t’inquiète pas. Je te retrouve ici, ce soir ?

Je n’ai qu’une envie, qu’il reste couché avec moi jusqu’à demain soir, bien que je ne puisse pas lui en demander tant. Je me contente de l’embrasser, l’admirer une dernière fois avant ce soir et regretter mon choix de ne pas l’accompagner. C’est stupide de le regarder partir, tandis que les heures qu’il nous reste sont limitées.

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