113 - 00 h 02
Dimanche 16 octobre
1 - 00 h 02
Première clope.
Deuxième clope.
Troisième et quatrième clope.
Je réécoute le message pour la cinquième fois.
« Ta sœur t’aime, tu sais. Moi je commence à me poser des questions. »
Je ne m’arrête plus. Merde, alors. Ma sœur est entrée aux Urgences pour dépression. Une « dépression ». Ce mot me perfore l’estomac. Ma mère se demande si elle m’aime toujours. Ma mère. Celle qui m’a mise au monde. Qu’est-ce que j’ai pu bien faire pour en arriver là ? Je suis abasourdie et incapable de répondre à son message vocal. Après tout, qu’est-ce que je peux lui dire ?
— Désolée pour tout. C’est de ma faute. Je t’aime, tu sais.
Non. C’est ridicule. Ça ne rattrapera en rien mon comportement de ces derniers jours. Si seulement j’avais osé lui dire qui j’étais. De lui dire qui est Kristie. Que c’est moi, sa fille. Elle m’a vue à l’enterrement de Mathias et au déjeuner chez les Lacroix. Elle aurait pu tout comprendre. Si seulement j’avais été capable de dire la vérité.
Je suis une potiche, incapable de prendre de bonnes décisions et d’assumer ce que je suis. Je ne suis qu’une abrutie, une imbécile, une nouille, une connasse incapable.
Une nouvelle notification apparaît sur mon téléphone. C’est Eddie.
Eddie :
J’espère que t’es contente.
Ta mère vient de m’appeler pour Fanny.
T’as intérêt à tout rattraper et vite.
Du vin. J’ai besoin de vin ou c’est moi qui vais finir aux Urgences pour dépression. Je fonce dans la cuisine, attrape la première bouteille de vin blanc et l’ouvre. Je chope un verre, mon paquet de cigarettes et un cendrier. J’ouvre le frigo à chocolat et y saisis des Mars, deux tablettes de chocolat Cadbury, des Milky Way et un pot de pâte à tartiner. Je ne sais pas si je vais tout finir, mais je m’en fous, j’ai envie de chocolat.
Premier verre.
Deuxième verre.
Troisième verre.
Je ne m’arrête plus. Je bois pour ne plus penser et j’oublie qu’un homme parfait m’attend toujours dans mon lit. Je termine les deux tablettes de Cadbury et les Milky Way. La crise de foie est imminente. Mon ventre est gonflé, douloureux et barbouillé. Tu m’étonnes, un corps comme celui-là n’est pas habitué à engloutir autant de chocolat à la minute. Celui de Kristelle l’était.
Je vide le reste de la bouteille de vin dans l’évier, range la pâte à tartiner et le reste des chocolats. Je dois trouver le sommeil, car demain, je dois profiter de Fabio tant qu’il est encore là. Je vide le cendrier, ouvre la fenêtre et repars me coucher. Le lit est chaud, tout comme sa peau lorsque j’y dépose ma tête.
— Je t’aime, je murmure.
La gourdasse. La première fois que je lui dis "je t'aime", il est en train de ronfler, la bouche ouverte, un filet de bave entre les lèvres. Glamour. Pourtant je ne sais pas si c’est vrai, mais j’ai besoin de lui dire. Il est le seul à me maintenir sur pieds, pour l’instant. Je ferme les yeux avec l’espoir de quitter la réalité quelques heures.

Annotations