118 - 19 h 03

3 minutes de lecture

6 - 19 h 03

Je suis si essoufflée que je n’entends plus que mon cœur battre. Grimper à pied jusqu’au 6e : trop optimiste. Je reprends mon souffle dans le couloir avant de le prévenir de ma présence. C’est drôle, la porte suivante, c’est la mienne, celle que je m’apprête à retrouver ce soir, après que le dernier grain de sable se soit écoulé. J’y pense, je n’ai pas pris le temps de réfléchir à ce qui va se passer après 23 h 59. Vais-je m’endormir et me retrouver comme par magie au 6e, avec les cheveux noirs et les jambes pleines de cellulites ? Lou Dutint va-t-il sonner à la porte à 23 h 59 et me rappeler que j’ai échoué ? Je chasse ces questions de mes pensées. Ce n’est ni le moment ni l’endroit. Je m’avance près de la porte de Fabio, je sonne.

— Ah, petit cœur, il dit en ouvrant la porte. Je t’attendais !

Son sourire est comme toujours agréable à regarder.

— Je suis un peu en retard, désolée.

— Entre.

Surprise. Des bougies flamboyantes illuminent le petit appartement. Pas de lumières artificielles ce soir. Un vieux tourne-disque joue une musique romantique et une jolie table est dressée au centre de la pièce. Une jolie nappe, un bouquet de roses, une belle vaisselle et une enveloppe.

— WOW, je dis. Fabio, tu n’étais pas obligé.

— Non, mais j’avais envie. Tu aimes ?

Autant de romantisme m’éblouit de joie. Cette fois c’est sûr, je l’aime. Comment puis-je tomber amoureuse en si peu de temps ? Et bien comme ça.

— Bien sûr que j’aime. Merci beaucoup, ça me fait très plaisir.

Jamais un homme ne m’a préparé un dîner aux chandelles comme celui-ci. Il me tend les bras, je saute dedans. Me blottir contre lui me réconforte. Je m’y sens en sécurité, à l’abri des dangers et de la souffrance. C’est con, hein ? On sait tous que ça ne me protège de rien. Si une tornade s’abat sur nous, là, tout de suite, ce ne sont pas ses bras qui m’empêcheront d’être emportée. Thor, à la rigueur, en serait capable. Bref, passons.

Il me débarrasse de la bouteille de vin, récupère ma veste qui dévoile mon t-shirt blanc brodé d’un K, rentré dans le pantalon, mettant en valeur ma taille de guêpe. Dernière soirée à pouvoir en profiter, vous vous doutez bien que j’en ai profité.

— Je vous en prie, installez-vous.

Je prends place.

— Un peu de vin pour commencer ?

— Oui, merci.

Je suis intimidée. Ma voix est éteinte, mon ventre pétille et mes mains s’humidifient.

— Puisque tu préfères le vin blanc, j’ai prévu une spécialité de ma région italienne pour le dessert, mais pour commencer, est-ce qu’un Pouilly-Fuissé fera l’affaire ?

Je tends mon verre. Un Pouilly, c’est parfait.

— Qui est-ce qui chante ? je demande, charmée par la mélodie.

— Gino Paoli. Un excellent chanteur italien. Ce sont les vinyles de mes parents. Mon père l’écoutait beaucoup lorsqu’il était jeune.

Je lève mon verre.

— Alors, à ton papa.

Je trinque.

— À mon papa.

Fabio est ému. Je perçois une faiblesse dans sa voix et une larme coulant le long de sa joue. Un homme qui pleure, c’est beau.

L’enveloppe déposée sur mon assiette attise ma curiosité. Mon prénom, enfin celui qu’il connait, Kristie, y est écrit.

— Je peux l’ouvrir ?

— Non, tu ne peux pas. Pas ce soir.

Mon sourire disparaît. Je suis déçue.

— Comment ça, pas ce soir ?

Il sourit.

— Je veux que tu l’ouvres lorsque tu seras seule.

Son contenu m’intrigue d’autant plus. Une lettre. Jamais personne ne m’a écrit une lettre. Je suis touchée.

Fabio se lève et se dirige vers le frigo. Il en sort un plat en verre recouvert d’une cloche.

— Pour commencer notre dîner, je vous invite à déguster des huitres farcies sur un nuage de petits légumes.

Lorsqu’il retire la cloche, je suis sans voix. Le plat est digne d’un restaurant étoilé. Je suis conquise, bien que je ne sois pas la plus grande admiratrice d’huitres. Mais c’est bon, très bon même. Je lui ignorais ce talent. Il manque plus qu’il sache faire du piano et je le demande en mariage, là, tout de suite.

Il s’assoit en face de moi, plonge son regard dans les miens et dépose sa main sur la mienne.

— Je suis heureux de t’avoir rencontrée, tu sais.

Annotations

Vous aimez lire Florian Pardon ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à l'Atelier des auteurs !
Sur l'Atelier des auteurs, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscription

En rejoignant l'Atelier des auteurs, vous acceptez nos Conditions Générales d'Utilisation.

Déjà membre de l'Atelier des auteurs ? Connexion

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de l'Atelier des auteurs !
0