125 - 00 h 00 

6 minutes de lecture

On entre dans la dernière ligne droite de ce roman. La fin a fait un long chemin dans mon esprit et jusqu'à encore ce matin, ce chapitre ne devait pas se dérouler de cette manière. Je n'en dis pas plus. Bonne lecture. J'espère que ce chapitre et la fin seront à la hauteur de vos attentes.

Lundi 17 octobre

1 - 00 h 00

Je cours devant le miroir.

Rien. Toujours la même. Toujours Kristie.

Il est minuit passé. On est lundi 17 octobre. Le contrat est validé. Fais chier.

— Kristie ? Ça va ?

Fabio, dans l’entrée du salon, m’observe d’un drôle d’œil. Il a l’air horrifié.

— Non, ça ne va pas, je réponds.

C’est comme si tous mes problèmes, tous les problèmes du monde, viennent de s’abattre sur moi. Je me sens si lourde que je me laisse tomber sur le canapé. Je ne suis plus capable de réfléchir. J’attrape une cigarette dans le paquet posé sur la table basse. Je l’allume.

— Qu’est-ce qui se passe ?

Il s’approche et me rejoint sur le canapé. Il est beau. Je reste silencieuse, incapable de lui raconter mon histoire. Incapable de le trahir.

— Kristie, qu’est-ce qu’il y a ?

— Je ne suis pas Kristie.

C’est sorti tout seul. L’épuisement et le ras de bol ont pris le dessus sur moi.

— De quoi tu parles ?

Je plonge mon regard dans le sien. Je m’y sens toujours aussi bien, c’est fou. J’ai envie de me blottir contre lui et d’y rester pour toujours. L’idée de devoir affronter Eddie, qui n’a fait que de me prévenir sur les conséquences de mes agissements, et Fanny, qui est branchée de partout à l’hôpital, me donne envie de mourir. Ouais, je sais, suis déprimante.

— Bon, Kristie, parle-moi bon sang !

Fabio, pour la première fois depuis notre rencontre, lève le ton. Je suppose qu’il est agacé et il y a de quoi. Le bonhomme vient de m’annoncer qu’il m’aime et moi, comme la plus parfaite des idiotes, je deviens complètement folle à crier et à demander l’heure. Un bon psy, voilà ce dont j’ai besoin.

— OK, si tu veux que je te parle, je vais le faire.

Bon, on y est. J’inspire. J’allume encore une clope. Va vraiment falloir que je pense à arrêter après tout ça. Avec tout ce que je rapporte à l’État, on a déjà pu rénover l’Élysée et l’ensemble de sa vaisselle de luxe.

— S’il te plait.

— Je te préviens, tout risque de changer. Tout.

J’insiste bien sur le mot « tout ». Mais Fabio ne cligne même pas des yeux. Il continue de me fixer du regard et attendre que je lui avoue ce que j’ai sur le cœur. Je prends une profonde inspiration puis rallume une cigarette. Encore.

— Premièrement, sache que moi aussi, je t’aime.

Il sourit.

— Ah. Ne souris pas trop vite. Je n’ai pas terminé.

— Quoi, alors ?

— Ça va te paraître un peu fou et je veux que tu me promettes de ne pas me prendre pour une timbrée.

D’un signe de tête, il affirme.

— Non, je veux t’entendre le dire.

— Oui, Kristie, je ne vais pas te prendre pour une timbrée.

Kristie. Commençons par là.

— Je ne m’appelle pas Kristie, mais Kristelle. Kristelle Lalaide.

Il rigole.

— Pourquoi tu ris ?

L’autre, pendant que je fais preuve d’un sérieux inébranlable, il se tape un fou rire. Je suis si drôle que ça ? Son rire s’arrête, son visage crispé est de retour.

— Kristelle Lalaide ? Ma voisine du 6e ? Pourquoi tu me dis ça ?

— Parce que je suis Kri-stelle La-laide.

J’articule. Je lis la confusion sur son visage.

— OK, tu te souviens, il y a huit jours, samedi dernier, tu as aperçu ta voisine au Massenet s’énerver avec une rousse, pas très jolie, un peu ronde, à la voix de sorcière ?

C’est faux. Fanny est très jolie, mais je dois me venger sur quelqu’un.

— Ça te parle ? Tu m’as même retenue dans la rue avant que je monte dans le taxi.

À l’Indienne, il fait des mouvements avec sa tête impossible d’analyser. Je continue.

— Ma sœur, Fanny, venait de m’annoncer qu’elle était enceinte de Mathias, mon Ex, et qu’elle allait se marier. Tu peux comprendre la raison pour laquelle j’étais énervée et l’état dans lequel j’ai quitté le bar. Bref, la veille, j’ai rencontré un conseiller un peu bizarre, Lou Dutint, qui m’a fait une drôle de proposition. Il me proposait huit jours dans la peau de quelqu’un d’autre. Enfin, non, pas de quelqu’un d’autre, mais j’ai pu demander tout ce que je voulais. J’ai demandé un bel appartement, une nouvelle silhouette, un nouveau chat pour accompagner Bouboule, un compte en banque bien rempli, etc.

Il ne cligne même pas des yeux. Il est concentré sur le moindre mot que je prononce.

— J’ai quitté le bureau de Lou Dutint le vendredi soir, perplexe, et ignorante. Sauf que ce fameux samedi, ma sœur m’a tant énervée que j’ai foncé. J’ai chopé un Uber pour signer le contrat que me proposait Dutint. Et dans ma colère, pensant que tout était faux, j’ai demandé la mort de Mathias.

— Tu as demandé quoi ?

Jusque-là, Fabio semble plutôt serein. Je suis prête à parier qu’il me prend pour une timbrée, ce que je redoutais.

— Oui, j’ai demandé à ce que mon Ex meure, mais je n’avais aucune idée des conséquences que cela aurait sur Fanny. Bref. Ce n’est pas le sujet. Je reviens au contrat, tu veux ?

Il acquiesce.

— Si je trouvais l’amour au bout des huit jours, je gardais tout ce pour quoi j’ai signé. Et je ne pensais pas trouver l’amour jusqu’au dîner délicieux que tu m’as préparé ce soir. J’ai tout de suite su. Je ne t’ai jamais rien dit parce que j’avais peur de ta réaction, de tes réticences.

Il se frotte les yeux. Même moi, je ne sais pas si je me suis comprise dans mes explications. Il se lève, fait quelques pas autour de la pièce. Je rallume une cigarette.

— Donc, il reprend, si je comprends bien, tu as rencontré un mec qui t’a proposé de signer un contrat pour avoir ce que tu voulais dans l’espoir de trouver l’amour. Énervée, tu as demandé à ce que ton Ex meure, et qu’ensuite, on s’est rencontré. Qu’en vérité, tu es Kristelle, ma voisine du 6eet que depuis le début, tu fais comme si tu ne me connaissais pas.

Je souris. Il sourit. Il a tout compris. Il est parfait.

— Voilà, tu as tout compris, je dis, satisfaite.

À ce moment, je l’avoue, je ne pense pas à Fanny, Mathias et Eddie. Un seul problème à la fois, c’est ce que répétait ma grand-mère. Maintenant, Fabio et notre amour, ensuite, les autres.

— Alors là, je suis sur le cul.

Son visage change aussitôt. Ses yeux s’humidifient, je le vois depuis le canapé, et son sourire s’évapore.

— Putain, il dit.

C’est la première fois que je l’entends dire « putain ».

— Tu sais Kristie, si tu voulais me larguer, tu n’avais pas à inventer toute cette histoire de dingue. Il fallait juste me le dire en face.

QUOI ? MAIS PAS DU TOUT. NON.

— Mais pas du tout ! Fabio, je t’aime !

— Je ne supporte pas le mensonge. Tu pouvais simplement m’avouer que tu ne partageais pas mes sentiments. Inventer une histoire pareille, c’est m’insulter. Tout ça pour me faire fuir. Et bien, tu sais quoi, ça a marché. Bonne nuit Kristelle Lalaide.

NON.

NE PARS PAS.

Qu’est-ce que j’ai fait pour mériter ça ? Je suis pourtant honnête, j’ai raconté toute la vérité. Fabio se retourne et se dirige vers l’entrée.

— FABIO !

Il ne s’arrête pas. Il ouvre la porte, s’avance dans le couloir et appelle l’ascenseur.

— FABIO, NON. Je te dis la vérité, je te le jure. Il faut que tu me croies.

Il ne me regarde même plus. Mes yeux se remplissent de larmes et impuissante je le regarde entrer dans l’ascenseur.

— S’il te plait, je dis.

— Bonne nuit, Kristie.

DING.

La porte se referme sur lui.

Annotations

Vous aimez lire Florian Pardon ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à l'Atelier des auteurs !
Sur l'Atelier des auteurs, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscription

En rejoignant l'Atelier des auteurs, vous acceptez nos Conditions Générales d'Utilisation.

Déjà membre de l'Atelier des auteurs ? Connexion

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de l'Atelier des auteurs !
0