128 - 9 h 04

3 minutes de lecture

4 - 9 h 04

Pour la première fois, je me suis réveillée aux alentours de 8 h, sans problème. La tête en vrac, je me suis dépêchée d’avaler un Doliprane. J’ai vérifié mon téléphone une bonne dizaine de fois, c’est certain, Fabio ne m’a pas répondu. J’essayerai d’aller le voir plus tard dans la journée, quitte à tambouriner à sa porte. J’ai réfléchi à toutes les façons possibles de lui faire comprendre que je dis la vérité et résultat : je ne sais pas. Je pourrais lui raconter les rencontres avec Kristelle, mais il est capable de m’accuser d’être la cousine cachée de Kristelle, que c’est elle qui m’a tout raconté. Bref, pour conclure, je dois sortir prendre un peu l’air. C’est vital.

Comme j’aurais dû le faire depuis deux jours, je vais rendre visite à Fanny. Je profite que Lucien n’est pas là et de n’avoir comme unique personne à affronter : ma mère. Le contrat étant validé à jamais, je vais devoir vivre avec et me faire une raison. Je ne peux plus revenir en arrière. J’assume.

Une fois douchée, les chats nourris et habillés, je commande un Uber et quitte l’appartement. Je rêve de croiser Fabio dans l’ascenseur, mais bien évidemment, personne. Oui, l’immeuble n’a jamais été aussi calme que ce lundi matin. À croire que c’est fait exprès. Dans le hall d’entrée, je croise Mme Gonzales qui me jette un regard de feu. Elle me zigouillerait sur place si elle en avait l’occasion, mais je souris, car c’est ce même regard qu’elle lançait à Kristelle. J’ai le sentiment de retrouver — un chouia — mon ancienne vie.

L’Uber est déjà là lorsque j’arrive dehors. Je me dépêche de m’y assoir, car il pleut. Et il pleut bien. Ce n’est pas une petite pluie bretonne, mais un vrai déluge. Je ne sais pas si je dois le prendre comme un signe, mais c’est à l’image de mon moral. On traverse les embouteillages parisiens à la lenteur d’un escargot. Et encore, l’escargot arriverait probablement avant nous.

Une heure plus tard, la pluie continue de plonger Paris dans le chaos. Le brillant chauffeur me dépose, pensant bien faire, à l’opposé du service où se trouve Fanny. Super. Ça ne peut pas être pire. Et bien si, ça peut. Une ambulance, la sirène hurlante, arrive à toute vitesse pour stationner quelques mètres plus loin et décharger le malade qu’elle contient. L’imbécile de conducteur — pardon, j’ai l’insulte facile depuis hier soir — ne voit pas l’énorme flaque d’eau située pile à mes pieds. Je ne vous détaille pas la scène, je pense que vous avez l’image. Je suis trempée.

Frigorifiée, je traverse l’hôpital jusqu’à la maternité. Les regards me dévisagent. Ils se demandent qui est cette pauvre folle aux cheveux, jean et pull mouillés qui se promène dans un hôpital.

Après avoir traversé l’équivalent de Paris, j’arrive au comptoir de la maternité. Une femme d’une cinquantaine d’années se trouve derrière, les lunettes sur le bout du nez, occupée à terminer sa partie de Candy Crush.

— Bonjour, madame, je viens voir ma sœur.

Elle ne m’entend pas.

— BONJOUR.

Elle articule quelque chose d’à peine audible.

— Bonjour, c’est p’quoi ?

Agacée de voir sa partie interrompue, elle relève la tête.

— Je viens voir ma sœur. Fanny Lalaide.

Elle tape son nom sur l’ordinateur.

— Lalaide ?

— Oui, Lalaide.

— Vous pouvez l’épeler ?

C’est une blague ? Lalaide. C’est pourtant simple.

— L comme lécher, A comme adultère, L comme loutre, A comme anus, I comme I, D comme doigté et E comme épiler.

Je me trouve hilarante, mais je suis la seule à sourire. Elle analyse son écran, se passe une main dans les cheveux, ajuste les lunettes sur le bout de son nez puis relève la tête.

— Troisième étage, chambre dix-huit. Vous êtes de la famille ?

Sérieusement ? Je viens de lui dire. Une vraie potiche.

— Oui, je suis sa sœur. Bonne journée.

Je l’entends m’interpeller derrière moi, mais je l’ignore. Les portes de l’ascenseur ouvertes, je fonce dedans. À travers les haut-parleurs, Bad Romance de Lady Gaga est diffusé. Je chantonne. Les portes s’ouvrent, je sors. Je cherche d’un rapide coup d’œil la direction et aperçois le numéro de chambre dix-huit un peu plus loin.

Devant la porte.

Je toque.

J'entre.

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