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6 minutes de lecture

5 - 10 h 28

Alors, ce chapitre a été retravaillé ce matin et j'ai décidé de supprimer une bonne partie. Ce chapitre va nécessité un retravaille, mais je le publie quand même.

— Maman, je dis instinctivement.

Fanny est là, allongée sur son lit, les yeux fermés. Elle dort. Elle est connectée à plusieurs câbles et cathéters pour la maintenir hydratée et bien nourrie. Le bruit sonore qu’émet le moniteur est stable. C’est de bon présage.

Ma mère, assise sur son fauteuil dans le coin de la pièce, bouquine son magasine favori : Closer. Elle raffole de cette presse people. Savoir si Jenifer s’est fait larguer par Christophe ou si Leticia est de nouveau en couple, ça l’occupe. Que bien lui fasse.

Elle a une petite mine, Fanny me parait plus en forme qu’elle. Ma mère relève le nez de son torchon de papier et me lance le regard noir qu’elle a pour habitude d’avoir avec les inconnus.

— Pardon ? Vous êtes ?

Suis-je con. Elle ne me reconnaît pas. Je n’y ai pas pensé. Au plus profond de moi, quelque chose me pousse à lui confier la vérité, lui raconter mes erreurs, lui parler de Mathias, mais le peu de courage qu’il me reste m’en empêche. Elle finira par l’apprendre tôt ou tard, mais pour l’instant, ce qui me préoccupe, c’est l’état de santé de ma petite sœur.

— Excusez-moi, je reprends. Vous êtes la maman de Fanny et Kristelle ?

— C’est elle. Qu’est-ce que vous me voulez ?

Elle abaisse la tête, replace correctement ses lunettes et m’analyse de la tête au pied. Si ce n’était pas ma mère, je me serais déjà enfui à pleine vitesse tant elle est intimidante. Elle n’est pas accueillante pour un sou.

— Je venais prendre des nouvelles de Fanny.

Elle se lève et se rapproche. Toujours près de la porte de chambre, je reste immobile. — Vous étiez à l’enterrement, non ? Avec Eddie.

— Oui, c’était moi.

— Et je ne vous ai pas croisé dans l’immeuble de Kristelle ?

— Si.

— Ça commence à faire beaucoup. Et vous êtes ?

Merde. Qu’est-ce que je dis ? C’est typique de sa part. Pourquoi a-t-elle toujours ce don de poser les mauvaises questions et de vouloir être au courant de tout ?

— Une vieille connaissance de Mathias. J’ai rencontré Fanny à quelques reprises.

— Et vous étiez à l’enterrement, vous dites ?

J’acquiesce.

— C’est drôle lorsque l’on imagine que l’une de mes propres filles n’y était pas.

Ça me fait l’effet d’une balle en pleine poitrine. Ma propre mère me rabaisse face à des inconnus.

Elle me toise du regard et retourne s’assoir sur son fauteuil. Décidément, elle n’est vraiment pas très chaleureuse. Elle ne l’a jamais été, certes, mais l’âge n’arrange rien. À cet instant, j’ai envie de lui dire la vérité et pour le lui prouver, j’ai une quantité incalculable d’anecdotes. Je suis la seule à en connaître la plupart. Mais par un élan de lâcheté et peut-être de rancune, je ne dis rien. Je l’imagine monter sur ses grands chevaux, réveiller tout l’hôpital et la ville tout entière avec ses cris stridents. Je n’ai pas la force à affronter ça aujourd’hui.

— Enfin, vous voyez, Fanny se remet. Vous pouvez disposer, maintenant.

— Mais…

— Au revoir.

Je suis expédiée comme une malpropre. Si elle n’était pas ma mère, elle aurait reçu une belle insulte. Je me contiens. Je tourne le dos, quitte la pièce et me retrouve seule au milieu du couloir de cette maternité où des femmes s’apprêtent à vivre le meilleur jour de leur vie. J’y ai toujours pensé, à cette spéciale journée. J’ai dans un premier temps songé à la vivre aux côtés de Mathias et puis, le jour où j’ai appris qu’il simulait son éjaculation pour ne pas avoir d’enfant, j’ai arrêté d’y penser. Oui, il simulait ses éjaculations. Stupide Kristelle, me direz-vous. Tout semblait flagrant quand j’y repense, mais lorsque l’on est amoureuse, on ne pense pas à ce genre de trahison.

À mes trente-trois ans, bientôt trente-quatre, j’ai presque laissé tomber l’idée. Le temps de rencontrer un mec, tomber amoureuse, l’épouser et faire un enfant, je devrais approcher la cinquantaine et c’est la ménopause qui sera de mon quotidien à cet âge, pas un bambin.

Fabio était une possibilité, mais soyons honnête, j’ai peu d’espoir que la situation s’améliore. Là, tout de suite, je ne rêve que d’une chose, entendre sa voix.

Je l’appelle.

Messagerie.

Je rappelle.

Messagerie.

Je lâche après le cinquième essai. La seule capable de me remonter le moral dans un moment comme celui-ci, c’est Eddie. Elle a toujours la blague qui me fait sourire et inspirer un peu d’espoir et surtout, elle répond toujours au téléphone, peu importe l’heure.

Je l’appelle.

Messagerie.

J’ai compris. Tout le monde a décidé de ne plus m’adresser la parole. C’est n’importe quoi. Je ne mérite pas tant d’acharnement. Ai-je fait des erreurs ? Oui, mais qui n’en fait pas ? Je n’ai plus personne. Même Julie des Z’amours ne m’a jamais répondu. Je prends l’ascenseur, descends au rez-de-chaussée et sors fumer une cigarette.

— Merde.

Je fouille mes poches. Je n’en ai plus. J’ai tout fumé cette nuit. Un peu honteuse, je me dirige vers un sans-abri installé un peu plus loin. Il est assis par terre et grille une clope. Oui, je suis désespérée. Si je ne fume pas, je risque de remonter dans la chambre pour hurler à ma mère que je la déteste pour m’avoir abandonnée à mon propre sort.

— Bonjour, monsieur, je dis.

— B’jour m’dame, v’voulez quoi ?

— Vous n’auriez pas une cigarette, par hasard ?

Il s’étonne de ma question. Il fouille ses poches et en sort un paquet qu’il me tend. À mon tour, je ratisse mon sac à la recherche d’un billet.

— Gardez-le, il dit.

— Monsieur, j’insiste.

— Vous « vez la tête de celle qui en a b’soin d’plus d’une.

— Ça se voit tant que ça ?

— On a tous nos jours, ma p’tite dame.

— Je peux ?

Je m’assois à côté de lui sur le banc qu’il occupe. Il m’a l’air d’un homme bavard.

— Votre nom ?

— Marc.

— Kristelle, enchantée.

J’allume ma cigarette et commence à discuter. Marc me confie être à la rue depuis moins de six mois. Son ex-femme l’a quitté, il n’a pas d’enfant et peu de temps après, son entreprise à fait faillite. Vivre à crédit l’a poussé à rendre son appartement qu’il ne pouvait plus payer.

— Je suis désolée pour vous, Marc.

Son histoire me touche, car la mienne est similaire. Je parle à mon tour et il ne remet pas un instant en question ce que je lui dis. Je n’évite aucun détail. Le contrat, Lou Dutint, Mathias, Fanny, Fabio, Eddie, tout. Il est absorbé par mon monologue.

— Vous d’vriez partir. R’posez vous. Vous en avez b’soin. Vous avez b'soin de vacances.

C’est vrai. Il n’a pas tort. Je ne rêve que de ça, de quitter Paris.

— Merci Marc. Je vais suivre votre conseil.

Je fouille mon sac à la recherche de mon chéquier. Je signe un chèque de dix mille euros et le lui tends. Il refuse. J’insiste. Il accepte. Cet argent, je ne l’ai pas gagné à la force de mes bras, on me l’a donné. Autant qu’il serve. Je donne à Marc un bout de papier sur lequel il inscrit son numéro et ouù j'y inscrit le mien, au cas où. Il ne le sait pas, mais il vient de m’apporter une aide inestimable.

J’attrape le premier taxi que j’aperçois. Il m’emmène jusqu’à Passy pour que j’y retire de l’argent et achète des cigarettes. Le programme de la journée va être chargé et je dois faire vite.

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