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7 - 13 h 13
J’arrive à l’appartement. Je fouille mon bureau à la recherche des clés de l’une de mes maisons de vacances. Il me semble en posséder deux. J’ai vu les papiers à mon arrivée il y a huit jours.
— Ah !
Trouvé. La maison se situe à Saint-Mandrier-Sur-Mer. Je n’ai aucune idée de l’endroit où elle se trouve, mais d’après les quelques photos dans l’un des dossiers, c’est au bord de la mer et il y fait beau.
— Alexa, où se trouve Saint-Mandrier-Sur-Mer ?
— Selon Wikipédia, Saint-Mandrier-Sur-Mer se situe dans le département du Var, au sud de Toulon. C’est à huit cent quarante-sept kilomètres de votre position.
Toulon. Var. Parfait. C’est dans le Sud, il y fait forcément beau. J’attrape mon téléphone et tape dans Google : billet avion Toulon. Un vol Air France décolle à 15 h 45, le dernier vol de la journée. C’est pour moi. J’achète un billet, sans retour.
Je vide ma penderie pour la ranger en vrac dans les deux valises que j’ai dénichées dans la chambre d’ami. Bouboule et Sucette, assis sur le lit, m’observent et ne comprennent pas. J’aimerais beaucoup les emmener, mais j’ai peur que Bouboule me fasse une crise cardiaque. Et puis, je n’ai jamais pris l’avion. J’ai peur. Pour faire les aller-retour entre Londres et Paris, lorsque j’y vivais avec Mathias, je prenais le train.
Valises terminées, je récupère l’espèce que j’ai retirée un peu plus tôt et descends au rez-de-chaussée.
Lorsqu’elle ouvre la porte, son réflexe est de la refermer aussitôt. J’insiste sur la sonnette jusqu’à ce qu’elle se décide à rouvrir.
— Quoi ?
— Mme Gonzales, je suis désolée pour la dernière fois, mais j’ai besoin de vous.
— No. Adiós.
À la manière de Fabio, je coince la porte avec mon pied. Je lui tends une pile de billets sur laquelle elle ne peut s’empêcher de loucher.
— J’ai besoin de vous pour garder mes chats. Disons huit à dix jours. Voici mille cinq cents euros.
— Cuánto ?
— Mille cinq cents euros.
— No, lo siento. Ce n’est pas suficiente.
La garce. Je m’en doutais, mais j’ai prévu le coup. Je lui tends cinq autres billets de cent euros.
— OK. Adiós.
Je bloque de nouveau la porte avec mon pied.
— Il faut les nourrir matin et soir. Les croquettes seront sur la table de la cuisine. Bouboule aime qu’on lui caresse sous le menton et Sucette préfère le popotin. C’est noté ?
— Sí, bon voyage.
Je jure que si mes chats ne se portent pas bien à mon retour, c’est elle que je vais transformer en croquettes.
Je remonte à l’appartement pour récupérer mes valises, mon sac à main, faire deux ou trois câlins aux chats et récupérer quelques photos d’eux sur le frigo.
Je suis prête. Je stresse à l’idée d’être dans une boîte en aluminium à dix kilomètres d’altitude, mais c’est pour la bonne cause. Tandis que je fais rouler les valises dans l’entrée, je pense à Fabio. Je ne peux partir sans essayer de le revoir. Je grimpe au 6eet me dirige vers sa porte. Il est là. J’entends Dalidachanter. Paroles Paroles. Trop cliché d’écouter Dalida après un chagrin d’amour. Entraînée par la mélodie, je me surprends à chantonner l’air.
Je toque.
Pas de réponse.
Je retoque.
La porte s’ouvre. Il est beau. L’odeur de son parfum que j’aime tant se faufile jusqu’à mes narines.
— Salut, je dis timidement.
PAF.
Sans un sourire, un mot ou même une insulte, il me claque la porte au nez. Ça a le mérite d’être clair. Blessée, je redescends. Dire qu’hier soir nous étions autour d’un dîner aux chandelles et qu’il avouait être amoureux. J’ai mal au cœur.
— Ressaisis-toi Kristelle.
J’entre chez moi, commande l’Uber, attrape mon manteau, mes valises et enfile mes chaussures. Sur le meuble, face à moi, j’aperçois cette enveloppe rouge. Elle m’est sortie de la tête. Je la glisse dans mon sac, salue les chats une dernière fois et claque la porte. Direction l’aéroport d’Orly.

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