131 - 14 h 52
8 - 14 h 52
C’est n’importe quoi cet aéroport. J’ai regardé trois fois mon billet, c’est indiqué Terminal 1, mais impossible de trouver le comptoir d’enregistrement. Elles sont lourdes à tirer ces valises. Je m’approche d’une dame qui semble travailler pour l’aéroport.
— Je cherche l’enregistrement pour le vol Toulon.
— Bonjour, elle dit sèchement.
— Bonjour, pardon.
— C’est le vol Air France ? L’enregistrement est au Terminal 2, madame. C’est écrit sur l’écran et sur votre billet.
La gourde. Je vérifie mon billet. Elle a raison. Enregistrement au Terminal 2, embarquement au Terminal 1. C’est con.
— Vous devriez faire vite. L’enregistrement ferme dans six minutes.
QUOI ? Ah non, si je dois entrer dans cet avion par la force, je le ferai. Je ne rentre pas à Passy. En catastrophe, je me dirige vers le premier comptoir disponible.
— Bonjour, madame. Je vais à Toulon.
— Madame, bonjour. Vous êtes tout juste, tout juste, mais allez-y, déposez vos valises.
Un petit foulard bleu ciel autour du coup, la jeune femme m’observe avec malice déposer mes deux lourdes valises sur le tapis bagage.
— Pièce d’identité ? Numéro de billet ?
Je fouille dans mon sac à main et lui donne les documents demandés. Ouf, je vais embarquer. J’aperçois mes valises partir vers l’inconnu, priant qu’elles arrivent à Toulon en même temps que moi.
— Bon voyage, elle dit en me tendant mon billet.
19F, c’est mon siège. Je n’ai aucune idée de l’emplacement. Moi, le principal, c’est que j’arrive entière, peu importe le siège. Je me dirige avec force et courage vers le Terminal 1 pour rejoindre l’avion. C’est très simple, finalement. Je dois suivre le gros panneau : EMBARQUEMENT T1. J’approche de l’endroit où ils nous font retirer ceintures, chaussures et barrettes à cheveux. Bientôt, ils risquent de nous demander nos petites culottes.
— IPAD, ORDINATEUR PORTABLE, CEINTURE. ON DÉPOSE TOUT DANS LES PANIERS, crie l’un des agents en noir.
Ce n’est pas de tout repos. Les uns à la suite des autres, on se déshabille et on traverse le portique de sécurité. J’ai toujours cru que ce truc était capable de voir à travers mes vêtements, mais à croire que non. Je ne sonne pas. Ouf. Je récupère mon sac à main, ma veste, ma ceinture et mes chaussures. Une bonne chose de fait.
L’heure fatidique du décollage approche et je sens le stresse augmenter. Je n’ai jamais fait ça. C’est fou de prendre l’avion pour la première fois à trente-trois ans. J’ai l’impression de revivre ma première fois. Celle où l’on a hâte que ça se produise, mais pour laquelle on stresse comme jamais.
Pour décompresser, je me suis offert une coupe de champagne dans un bar qui fait face à la porte d’embarquement. Des passagers font déjà la queue, prêts à embarquer. OK, je n’ai jamais pris l’avion, mais je trouve stupide l’idée d’attendre bêtement le début d’embarquement.
— Tous les passagers du vol Air France 0877 à destination de Toulon sont priés de se présenter à la porte d’embarquement numéro dix-sept.
C’est moi. C’est nous. C’est le moment. Nerveuse, je m’approche de la porte et me faufile dans la queue. On avance doucement, mais surement.
— Bonjour, bon voyage, me souffle le bel homme en uniforme.
Bon, je suis excitée comme une puce. C’est bizarre. J’ai cette boule au ventre, mais qui me semble plutôt être l’adrénaline. Je suis impatiente d’être en l’air et d’admirer le paysage. J’entre dans la passerelle et suis le reste des passagers. C’est un petit avion. Enfin, je crois.
— Bonjour, madame. Bienvenue à bord d’Air France, me dit l’hôtesse de l’air.
Avec un chignon bien tiré, un très beau rouge à lèvres et une taille de guêpe, la très belle hôtesse aux gants rouges et à l’uniforme bleu marine m’invite à entrer. Un pilote l’accompagne. Il me salue.
— Bonjour, madame. Bienvenue.
Je suis intimidée. Je réponds d’un murmure presque inaudible et baisse la tête. Je m’avance. Très vite, je réalise que la tête, c’est en l’air qu’elle doit regarder. 11, 12, 14, 19. C’est chez moi. 19F, je cherche. Je suppose que c’est le siège côté hublot. Je m’installe.
— Madame, monsieur, bonjour et bienvenue à bord de cet Airbus A319 à destination de Toulon. Nous vous invitons à ranger vos valises dans les coffres et les accessoires sous les sièges devant vous.
WOW. C’est comme j’en ai toujours rêvé. J’écoute l’annonce avec attention et excitation. Je n’ai même pas peur.
— Il est interdit de fumer et la cigarette électronique n’est pas autorisée.
Merde. Moi qui voulais m’en griller une. Un monde fou pénètre dans l’avion et je me demande comment allons-nous pouvoir voler avec autant de passagers. On va être trop lourd, c’est certain. Au milieu de la cabine, une jeune hôtesse de l’air m’étonne. Elle a dû jouer à Tetris dans une autre vie, car la facilité avec laquelle elle sort les bagages des coffres pour les repositionner dans le bon sens est impressionnante.
On est parti. La porte et les soutes sont fermées, le Commandant de Bord a fait son annonce.
Temps de vol : 1 h 26.
Météo à l’arrivée : excellente, 24 degrés.
Turbulences : pas prévues.
Équipage : la crème de la crème d’après le Commandant.
Les deux sièges à côté de moi sont vides. Chouette. Depuis mon arrivée, je ne décoche pas le regard de l’extérieur. Je donne tout juste derrière les ailes et de ce que j’ai lu sur internet, c’est l’endroit qui bouge le moins.
Les démonstrations de sécurité débutent. C’est drôle, ça aussi j’ai toujours rêvé de les voir. L’hôtesse enchaîne les démonstrations, de la ceinture de sécurité au gilet de sauvetage. Vérification faite, on décolle. La poussée est impressionnante, je me sens comme retenue dans mon fauteuil. Mon sentiment à cet instant est indescriptible. Je me sens comme soulagée de tous les poids que je retiens depuis plus d’une semaine. Tout est resté à Paris, sous la pluie et le froid. Je suis libre d’être Kristelle, libre d’être moi.
Je me sens bien.

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