140 - 7 h 18

3 minutes de lecture

Jeudi 15 avril

1 - 7 h 18

J’ai mal au dos et j’ai dormi aussi mal qu’une girafe : par intermittence et pas plus de deux heures. En plus de tout ça, je me suis levée pour faire pipi une bonne dizaine de fois. Les joies de la maternité. La prochaine fois, j’adopte.

Au pied levé, je m’affaire à préparer le petit-déjeuner de Bridget, qui va sur ses quatre ans, et de Fabio. Même enceinte de huit mois, je suis une femme active. La classe, hein ? C’est qu’elle en a fait du chemin la Kristelle, depuis le 16e arrondissement.

— Fabio ! je crie. Ton petit-déjeuner est prêt !

En catastrophe, il arrive dans la cuisine.

— Merci, ma chérie, mais je suis super à la bourre. Le chocolatier nous livre dans une heure. J’te tiens au courant. À t’à l’heure.

Il m’embrasse, attrape sa tasse à café isotherme et file. Ça va être une journée de dingue aussi bien pour lui que pour moi. En plus d’avoir à déposer Bridget à la maternelle, je dois filer aux bureaux de MyLittleBook et rejoindre Fabio un peu plus tard pour l’ouverture de notre concept bar/chocolaterie qui ouvre ses portes ce soir.

— Bridget ! On se magne ! Dépêche-toi d’avaler ton petit-déjeuner. Maman va être en retard à l’école !

Je ne suis plus la femme ponctuelle et toujours en avance que j’eus été. Eh non, ça serait trop facile. Le matin, c’est soit moi, soit ma fille.

— BRIDGET !

Ouais, je sais. Je hurle sur une magnifique petite fille blonde d’à peine quatre ans. Honte à moi. Mais vous ne connaissez pas encore Bridget. C’est le copié-collé de ma mère. Têtue, réponse à tout et exigeante. J’appelle ça le Karma. Critiquer sa mère pendant de si longues années = on te donne une petite fille du même caractère. Sympa, hein ?

Petit déjeuner avalé, dents brossées, cul-cul couvert, on part pour l’école.

Après avoir déménagé à Senlis, en Picardie, je n’ai pas eu le choix que de passer le permis de conduire. Une époque affreuse. Je l’ai tout de même eu du premier coup, après avoir abîmé le parechoc avant (merci au trottoir super haut), vérifié l’état des feux de route arrière (ça n’existe pas) et failli rouler sur une voie que je pensais en sens unique.

Le plus dur fut de passer le Code. Une épreuve horrible, mais nécessaire. À Senlis, ville historique, la voiture est une obligation. On est loin du confort qu’offrait le 16e arrondissement, mais fatigué de l’agitation parisienne et de l'impossibilité d’élever des enfants à Paris, on a préféré partir. Une ville plus sereine, authentique et calme était une évidence.

En ce qui concerne Fabio et moi, vous devez mourir d’envie de savoir ce qu’il est advenu de nous. Moi-même, j’adore toujours autant me raconter l’histoire.

Les jours suivants mon retour au 6e, j’ai pu le croiser à plusieurs reprises. Nous nous sommes dans un premier temps échangé quelques sourires discrets, timides, puis très vite, la conversation s’est installée d’elle-même. En comparant son comportement à celui d’Eddie et Fanny, j’ai très vite pu notifier quelques différences évidentes. Je doutais que Fabio ne se souvienne plus de rien. Et j’ai eu raison. Sans l’expliquer, Fabio se souvenait de chaque détail des quatre dernières semaines.

Je me suis inquiétée, au départ, puis j’ai cessé d’y chercher des explications. S’il s’agissait d’une erreur de Lou Dutint, je n’allais certainement pas le contacter et prendre le risque de perdre Fabio une seconde fois. Peut-être aussi, qu’après avoir accepté de renoncer à notre amour, Dutint s’est décidé à nous laisser une chance.

Bref. Pour résumer :

Trois mois après mon retour au 6e : il m’a demandée en mariage.

Trois mois après m’avoir demandée en mariage : je suis tombée enceinte.

Quatre mois après être tombée enceinte : on déménageait à Senlis.

Deux mois après notre déménagement à Senlis : on s’est marié dans un petit village en Italie.

Trois mois après notre mariage : Bridget est arrivée.

La pire épreuve, pour moi, fut de ne plus pouvoir fumer. L’alcool, je ne vous en parle même pas. Imaginez-moi à mon propre mariage, en train de boire un smoothie à la pomme et au gingembre, idéal pour les femmes en cloque. J’étais la plus heureuse du monde (ironie).

J’arrive devant la maternelle. Je largue Bridget et fonce chez MyLittleBook.

Annotations

Vous aimez lire Florian Pardon ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à l'Atelier des auteurs !
Sur l'Atelier des auteurs, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscription

En rejoignant l'Atelier des auteurs, vous acceptez nos Conditions Générales d'Utilisation.

Déjà membre de l'Atelier des auteurs ? Connexion

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de l'Atelier des auteurs !
0