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Je me suis très vite remise à dessiner. Je crois même avoir ressorti ma vieille trousse à crayons le soir de mon retour au 6e. Je ne sais pas, j’ai vite senti l’inspiration revenir. Et j’en avais des choses à dessiner, croyez-moi. J’ai appris quelques semaines plus tard que MyBookForYou (les méchants qui m’ont licenciée du jour au lendemain après ma rupture), ont fermé pour des raisons économiques. Pour moi, c’est vite devenu une évidence : je devais ouvrir ma boîte.
J’ai enchainé les rendez-vous chez Pôle Emploi, à la Chambre des Métiers et à peine cinq mois plus tard, MyLittleBook recevait ses premières commandes. Chouette, hein ? Le principe est le même : les clients commandent des livres illustrés à la main, complètement personnalisables. On fait un carton et non, je ne suis plus à découvert.
Après six mois d’ouverture, j’ai pu embaucher mon premier employé et Eddie s’est finalement décidée à me rejoindre dans l’aventure. Un an plus tard, je comptais trois dessinateurs et deux chargés de communication. La classe, n’est-ce pas ? Aujourd’hui, j’emploie treize personnes et notre chiffre d’affaires ne fait qu’augmenter.
Je me gare dans le parking du bâtiment. J’emprunte l’ascenseur jusqu’au 4e étage, là où se situent nos bureaux. J’aime toujours autant la beauté des locaux. À la sortie de l’ascenseur, deux grandes portes vitrées, sur lesquelles est gravé MyLittleBook, m’impressionne toujours autant.
Je passe devant l’accueil, salue Mathilde, notre secrétaire, et lui demande si l’on a essayé de me joindre.
— Non Kristelle, pas encore. Par contre, j’ai M. Blanchard qui souhaite avoir votre avis sur les plaquettes 56.
— OK, merci Mathilde !
Les plaquettes 56. Des mois que l’on travaille sur ce super projet : une série de livres à distribuer dans les écoles primaires de la région. Un contrat juteux, je vous le dis.
Nos locaux sont aménagés en open space (sauf mon bureau). Le bureau d’Eddie se situe juste à côté du mien. Je me hâte de la saluer.
— T’es de plus en plus grosse, elle dit.
— Arrête, ne m’en parles pas. Je n’ai qu’une hâte : qu’il sorte !
Eddie se charge de la partie communication de l’entreprise, un élément très important.
— Ça va, ma chérie ?
— J’ai super mal dormi. Je n’arrête pas de pisser et si seulement c’était que ça...
Je m’approche un peu plus et chuchote :
— J’ai des hémorroïdes depuis ce week-end, ça me gratte autant que les poux.
— Aïe ! Il te reste encore...
— Je sais, je coupe. Trois à quatre semaines. Fabio me le répète tous les jours.
Elle me sourit. J’aime la voire sourire. Ça me détend.
— Si tu me cherches, je suis dans mon bureau.
Avec très peu de motivation, je m’installe derrière mon ordinateur. J’envoie les derniers e-mails aux clients et partenaires et valide les dernières créations réalisées par mes employés. Quand je regarde ma boîte de réception, j’ai quatre cent douze mails en attente. Je ne vais pas avoir le choix que de travailler depuis la maison si je ne veux pas que l’entreprise coule sous le poids des mails.
Chaque mot taper sur le clavier est un supplice. Je suis épuisée et je dois encore retrouver Fabio vers 16 h pour les derniers préparatifs avant l’inauguration de notre futur bar à chocolat. Je m’allonge sur le canapé acheté spécialement pour la grossesse et ferme les yeux. Il est 10 h 30, je suis là depuis à peine une heure et je dors déjà. Journée ultra productive.

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