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2 minutes de lecture

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Trop nerveuse pour l’ouverture du bar, je n’ai finalement pas fermé l’œil de la matinée. Du coup, je rêve d’une sieste, là, tout de suite. J’ai l’impression de n’être qu’une empotée qui ne pense qu’à dormir. Vive la grossesse. Le bébé bouge, me tape le ventre et depuis ce matin, je n’arrête pas de péter. C’est une hécatombe. J’ai dû empêcher quiconque de pénétrer dans mon bureau et ouvrir en grand les fenêtres alors que la température extérieure ne dépasse pas les dix degrés.

Un autre sujet m’occupe l’esprit : mon anniversaire. Dans deux jours, j’ai trente-neuf ans. TRENTE-NEUF. Dans un an, j’ai qua… Je ne parviens même pas à le prononcer. Les années sont passées si vite. Hier, j’allais encore faire la fête au Queen Club avec Eddie, à fumer des joints dans le carré VIP, en soutifs et accrochée aux filets suspendus au plafond. C’était beau, la jeunesse.

Trente-neuf ans avec deux mioches dont l’un n’est pas encore né. Super, Kristelle. Beau programme de vie. Si je fais le calcul, entre toutes les cigarettes consommées, les bières et bouteilles de vin avalées, les merdes que j’ai ingérées (coucou aux chips chinoises, Milky Way et autres substances sucrées), et aux enfants qui me subtilisent chacun une bonne dizaine d’années d’espérance de vie, je suis arrivée au ¾ de mon existence. C’est triste. Je n’aurais peut-être jamais la chance de revoir ABBA se reformer pour un concert.

Allongée sur le dos à respirer comme un phoque, je contrôle les contractions qui me parviennent par moment. Pour calmer Daniel, le bébé, je dépose mon téléphone sur le ventre et démarre Spotify. Je me dis que plus tôt il écoutera ABBA, plus vite il s’en accommodera.

Mon portable sonne. C’est Fabio.

— Allo ?

— C’est moi.

Oui, je sais. C’est le principe. Pourquoi êtes vous toujours obligé de dire « oui, c’est moi », lorsque vous êtes à l’origine de l’appel ? Expliquez-moi.

— Oui mon amour. Ça va ?

— C’est un peu la cata, mais ça va le faire. Et le bébé ? Ça va ?

Autre chose dans la vie d’une femme enceinte : on ne vous demande plus si ça va. On vous demande si le bébé va bien.

— Je vais bien, merci.

— Fanny et Mathias arrivent vers midi.

Je sais. Fanny et Mathias. On en parle plus tard.

— Ah cool ! N’oublie pas de montrer à Fanny comment plier les serviettes. Je la connais, c’est une vraie gourde et elle n’est pas manuelle pour un sou. Elle risque de tout faire à l’envers.

— OK, je te laisse. Le livreur est là. Ciao !

Il raccroche. Vous n’avez pas idée de l’amour que je lui porte, bien que ça ne soit pas facile tous les jours. Bon. Je dois dormir.

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