1956
À presque 45 ans, il est toujours célibataire mais aussi vraiment orphelin depuis plusieurs années. À la mort de ses parents en 46, a six mois d'intervalle, il avait vite décidé de vendre la ferme qui n'était plus que l'ombre d'elle-même. Non pas qu'il ne soit pas attaché à ces terres, mais elles ne faisaient pas le poids devant Capucine, sa seule attache …
Sa sacoche en bandoulière, il s'engouffre dans dans la guitoune du chef de gare, se sert un café bien chaud tout en ne perdant pas de vue le déroulé des opérations. Il amorce une grimace en avalant la première gorgée.
-Tu sais toujours pas faire du café, Marco!
- Ben écoute, il est comme ton humeur, amer ! Et si ça te va pas tu le laisses!
- si tes gars se magnent pas, je serai jamais à l'heure à Bayonne pour le chargement de bois!
- bah si tu allais les aider, ça irait peut-être plus vite!
- pis quoi aussi ? Je suis conducteur, pas mécano! Dans cinq ans, c'est la quille, et c'est pas à la veille de la retraite que je vais me rendre indispensable en faisant le boulot des autres ! Sinon, ils me la donneront jamais! Il faut bien que ces gamins apprennent de toute façon!
- je te rappelle que tu as été mécano toi aussi… bref, et qu'est-ce que tu vas faire de la retraite?! À 50 ans? Mais tu vas t'emmerder! Tu as même pas une femme et des enfants…
- Ne t'inquiète pas pour moi ! Ils ont fini ! C'est pas trop tôt! Et qu'est-ce qu'ils vont faire de tous ces wagons ? Tu le sais toi?
- aucune idée, tout ce que je peux te dire c'est qu'on est chargé de les mettre sur la voie de garage, après je suis pas sûr qu'ils sachent quoi en faire!
- mouais…
Émilien repart sans en dire plus, sans même saluer le chef de gare, se contentant d'un grand geste d'exaspération. Il claque la porte en partant, faisant trembler les vitres de la guitoune.

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