Quelle soirée !

3 minutes de lecture

 - Bonsoir messieurs ! Je vous sers un apéritif avant le dîner?
L'instructeur se fige, devient blême, puis rouge écarlate en reconnaissant la voie dans son dos! Il bafouille un ” non merci” sans même tourner la tête puis se ravise.
 - on l'a bien mérité les garçons, non?
Les autres acquiesce d'un hochement de tête, en se regardant un peu interloqués et surtout amusés par la scène à laquelle ils viennent d'assister. Ils savent bien que ce n'est pas la peine de poser des questions, ils n'auront jamais la réponse. Émilien amorce alors un geste de la main pour rappeler la serveuse. En moins de 3 secondes, la voilà qui se plante devant Émilien.
 - trois blancs cassis ! Et pas des doses de gamins!
Elle le regarde droit dans les yeux, comme pour défier toute l'autorité qu'il avait mis dans sa requête. Et cette fois, Émilien ne pouvait pas l'ignorer.
 - mais bien sûr, tout de suite Monsieur ! Répond-elle en insistant sur le ”Monsieur ”, comme un soldat répondrait à son supérieur, avec un petit sourire en coin en prime! Toute la contenance qu'il avait réussi à retrouver s'évapore une nouvelle fois. Il monte rouge, semble agacé, et cette fois-ci, les garçons surpris tentent une remarque. C'est Daniel qui s'y colle.
 - vous la connaissez , chef?
 - Comment veux-tu que je la connaisse ?! T'es bête ou quoi!
Il n'a de compte à rendre à personne ! pense t-il.
 - alors Marinette, c'est pour aujourd'hui ou pour demain ? T'attends que les verres réchauffent ou quoi!
La patronne vocifère comme une marchande de poisson en entrouvrant la porte de la cuisine. Émilien s'en agace.
 - on est tout seuls, elle pourrait nous les amener cette mégère !
Il se lève d'un coup sec, sans avoir senti la présence de la serveuse dans son dos. Le plateau bascule d'un coup de coude maladroit, les verres plein finissent leur course au pied de Marinette, couverte du liquide rose sur son tablier et ses chaussures. Le fracas de verre brisé alerte aussitôt la patronne qui sort de la cuisine en hurlant.
 - mais qui est-ce qui m'a foutu une emportée pareille ! Désolée messieurs, je vais m'occuper de vous, et toi ce sera retenu sur ta paie ma petite fille ! Va surveiller le ragoût, ça tu vas y arriver?
Marinette hoche la tête et s'efface en marmonnant un ”désolée ” qui semblait ne s'adresser qu'à Émilien qu'elle regarde discrètement par en dessous.
 Le repas se déroule sans aucun autre incident, et sans Marinette, cantonnée à la cuisine sur ordre de la patronne !

 - Disparais de ma vue ! avait- elle vociferé.
L'air de rien, Émilien attend que la serveuse sorte pour demander à la patronne d'où elle sortait. Il ne l'a jamais vu ici…
 - ho, elle est pas très futée, mais c'est une gentille fille! Elle tenait la ferme de ses parents, mais la compagnie lui a racheté ses terres pour faire passer le train de voyageurs entre ici et Niort! De toute façon, elle pouvait pas s'en sortir toute seule depuis la mort de sa mère. Avec ça, elle n’est pas si bête qu'elle en a l'air puisqu'elle a su négocier un petit boulot, seule condition pour qu'elle accepte de vendre! C'est sûr , à son âge, veuve et sans enfant, elle ne pouvait pas espérer beaucoup plus! Alors elle va là où on a besoin d'aide, et je dois bien reconnaître qu'elle fait de son mieux!
 Émilien entend dans ses paroles un chouïa d'attachement de la part de cette femme rondouillarde, aux allures de sergent chef avec ses épaules larges. D'ailleurs elle avait un surnom que les cheminots de passage lui donnaient, c'était adjudant patouille! Parce qu'elle était toujours dans la tambouille de sa cuisine et elle menait tout le monde à la baguette, y compris les clients.
 - bon c'est pas tout ça les garçons mais j'ai pas fini de ranger et je voudrais bien aller me coucher! Je vous laisse finir votre café tranquillement et de toute façon le père Maurice sera là toute la nuit. Si vous avez besoin de quelque chose vous n'aurez qu'à redescendre! Petit déjeuner à partir de 5h30 demain matin! Bonne nuit, messieurs !
Les trois collègues la saluent en cœur, avale la dernière gorgée de café et disparaissent dans l'escalier qui mène à leur chambre.

Annotations

Vous aimez lire Milane Mye ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à l'Atelier des auteurs !
Sur l'Atelier des auteurs, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscription

En rejoignant l'Atelier des auteurs, vous acceptez nos Conditions Générales d'Utilisation.

Déjà membre de l'Atelier des auteurs ? Connexion

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de l'Atelier des auteurs !
0