Une arrivée fracassante !
A l'instar du chargement flottant, c'est un des camions de Joseph qui fend la route et rompt le silence des lieux. Marinette vient à la rencontre du chauffeur qu'elle a du mal à distinguer tant le soleil de midi l'aveugle. Émilien en descend rapidement, et sans même un regard sur la jolie rousse qui lui sourit, il s'engouffre dans le chemin d'accès pour jauger sa largeur.
- nom de dieu, il passera jamais !
Certains camions militaires ont la particularité d'être sensiblement plus large que la moyenne, mais c'est leur capacité de chargement souvent supérieure à la moyenne qui fait leur intérêt .
- qu'est-ce qui se passe? Questionne timidement Marinette sans espérer de réponse au vu de l'agacement d'Émilien.
- on va devoir décharger depuis là !
Il ne lui répond pas! Il pense tout haut!
Pensant qu'il s'adresse à elle, Marinette amorce la remontée du camion. Il la stoppe tout net.
-Tu crois quand même pas que c'est toi qui va m'aider ! Sors de mon chemin, en attendant les gars, je vais sortir les traverses !
Piquée au vif par ce qu'elle prend pour du mépris pur et simple, Marinette ne demande pas son reste. Elle fait volte-face sous son nez pour s'enfoncer dans le chemin. Elle dépasse la limite de propriété et se rend vite compte qu'elle est dans…
- une impasse ! Et zut !
Pour disparaître, elle n'a d'autre choix que de se frayer un passage au milieu des bambous d'un carré adjacent à celui d'Émilien.
En partant si vite, elle laisse derrière une trace olfactive qui termine sa course dans les narines du jeune retraité lui laissant des regrets une fois de plus!
- mais attends !
“ et merde!”
Il ne la reverra pas avant un bon moment, il le sait , c'est une femme !
Se retrouvant seul face à des traverses qu'il ne peut pas brasser tout seul, c'est évident, même bien agacé, il traverse la route pour guetter l'arrivée de Joseph et des autres barques. Elles pointent dans le virage. Enfin!
Avant de les décharger, l'urgence est de vider le camion pour qu'il reparte chercher le reste de la plateforme. Sur le point de repartir, Joseph interpelle Émilien
- elle est ou Marinette ?
Émilien hausse les épaules en signe d'ignorance et démarre.
- son vélo est là pourtant… marmonne l'oncle
Il voit débarquer devant lui un jeune chien de berger tricolore. Même avec le poil terne, sale et emmêlé, il a de l'allure, presque élégant. Il a une forme effilée , le museau fin, et les yeux bordés d'un trait noir qui remonte aux coins extérieurs. Comme maquillé !
“ Il est superbe ! ” note t-il
Son oreille droite cassée ajoute une note amusante au portrait et donne au chien un air espiègle.
- Ben tu sors d'où toi?
- il m'a suivi jusque là ce matin, je l'ai chassé mais il est revenu…je crois qu'il a faim…
- Marinette ! T'étais passé où?
- avec lui, à côté…répond-elle sans plus de détails. Et vous il s'est passé quoi ?
Joseph raconte qu'ils ont dû stopper la barge qui penchait dangereusement. Le chargement était trop lourde. De toute façon, sa largeur ne lui aurait pas permis de passer sous le pont ici. Personne n'a pensé à vérifier ce détail.
- Émilien était dans une colère ! Il a dû remonter a pied chercher le camion pendant que nous on démontait une à une chaque latte du plancher. Du coup les roues sont rester là-bas, on a dû déboutonner le cadre. On a perdu beaucoup de temps ! Mais tu l'as pas vu? Il t'a donc rien dit ?
- il était pas d'humeur sans doute…
Elle hausse les épaules comme venait de le faire Émilien. Joseph comprend que sa nièce à essuyé les plâtres de ce contre-temps. Il insiste pas et l'invite à l'aider à vider les barques. Ils ont perdu Michel dans la bataille. Il a dû ramener sa barge chez lui et ils le reverront sûrement pas avant le déjeuner.
Après ça, l'oncle et la nièce improvisent une table avec une planche déchargée posée sur les fagots de bambous alignés. Ça fera l'affaire si personne n'a envie de danser dessus !
Marinette y dépose une nappe destinée au départ à un pique-nique par terre. Elle savait pas trop à quoi s'attendre en arrivant…
Vu l'heure, il devraient plus tarder à revenir si il étaient au grand coin, c'est à côté…
Alors, elle dispose ses plats encore couverts par des torchons , pose le pain, le pot de rillettes et le vin . Elle sort les assiettes et les verres et ils attendent en jouant avec le chien. Il ne semble plus vouloir partir !
Joseph découpe dans le large lame de gras du travers de porc et le jette à l'animal affamé.
- on demandera aux gars si quelqu'un le connaît, suggère Joseph. Moi, je l'ai jamais vu ! Il doit pas avoir plus de six mois…il est tellement maigre que c'est difficile à savoir…
- oui ben, les bêtes, il faut les nourrir ! Si jamais personne veut s'en occuper, moi je le garde ! Vocifère la nièce
- sûrement pas! Tu sais que ta tante en veut pas !
Marinette fait la moue et murmure à l'oreille de l'animal blottit entre ses jambes
- on trouvera une solution, je te laisserais pas tomber moi…
Joseph la regarde du coin de l'œil, l'air méfiant. Il connaît sa nièce et sait qu'elle ne lâchera pas son idée de sitôt!
“ Ben voilà autre chose! On a bien besoin de ça! “
- écoute ! C'est mon camion !
Ils se lèvent pour monter les voir arriver. A peine le véhicule en approche que le jeune chien fou déboule sur la route et manque de passer sous les roues ! Émilien pile en hurlant .
- c'est quoi ce bordel?! Qu'est-ce qu'il fout là ce chien?! Il est suicidaire ou quoi ? ! Allez, oust, dégage de là !
Marinette siffle l'animal qui revient aussitôt se protéger dans ses jupons. Joseph regarde la scène et fait comprendre à Émilien qu'il ferait mieux de se taire. Ce dernier croise le regard furibond de la rousse. Pour ne pas perdre la face devant une demi douzaine de congénères mâle, il ordonne le déchargement sans une attention ni pour la belle, ni pour la bête.
Marinette prend son temps pour manger, loin de l'agitation masculine. Elle a même pas envie de savoir si ça plaît. Parce qu'elle s'en fiche et elle sait que c'est bon de toute façon !
- le café est froid ma chérie ! Lui lance Joseph la pensant calmée
Erreur!
- Ben bien sûr qu'il est froid, il est presque trois heure et il a été fait y'a plus de quatre heures ! Tu me ramène après ? Il acquiesce de la tête.
- bon, je t'attend dans le camion ! Messieurs….ajoute t-elle en hochant son joli visage dans leur direction . Pas un regard pour Émilien !
“ ça lui apprendra ! “

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