Chaud, froid.

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Bon, je suppose qu'il ne me reste plus qu'à me mettre à la vaisselle.
L’eau coule maintenant depuis je ne sais combien de temps.
Au début, j'ai essayé de compter. Les assiettes, les verres, les bols, les minutes. Mais j’ai fini par abandonner. Ça ne sert à rien. De toute façon, peu importe ce que je fais, je retourne toujours au même point.

Lui.

Et c'est si ridicule.

Vraiment.


Je frotte une assiette un peu trop fort, comme si ça allait m'aider à me remettre dans l’instant présent. Ça marche pas. J’essaie de fermer les yeux une seconde, mais c’est une mauvaise idée. Je revois tout. Ses yeux, ses lèvres, et cette non distance entre nous deux, entre ses lèvres et les miennes.
Je rouvre les yeux d’un coup.

— Putain…

Et voilà que je me mets à me parler à moi même. C'est ridicule.


Je prends une autre assiette, et mon cerveau se remet à tourner tout seul. Je ne contrôle même plus le fil de mes pensées.
J'étais contre cet évier, il était juste devant moi. J'aurais pu bouger. J’aurais pu me décaler. Mais je ne l’ai pas fait. Pire, je me suis même rapprochée de lui, volontairement.


Mon cœur fait un bond.
Pourquoi je n’ai pas eu envie de le repousser ?
Pourquoi j’ai aimé le sentir si proche de moi ?
Pourquoi je suis si faible ?
Calme toi Prudence.
Ce n' est que Léo.
Que Léo.

Que Léo ?


Je me mords la lèvre inférieure.
Parce que non, ce n' est pas que Léo, et ce que je ressens, ce n'est pas normal dans une amitié.


La dernière fois que j’ai ressentie ça, c'était Mercury. C'était facile, c'était simple, ça coulait de source. Sauf que Mercury, c'est fini, il a disparu. Il n’existe plus. Ce ne sont que des pixels sur un écran.


Léo, lui, est bien présent. Son souffle sur mes lèvres ne peut être comparé à des pixels et à des lignes de code. Mais Léo, ce n' est pas simple. C'est réel, trop réel, et ça me fait peur.


Je referme les yeux une seconde, et je revois sa fossette, sa cicatrice, je sens son odeur.


Fuck.


C'est clair. Trop clair maintenant. Et ça m'effraie.


Pour la première fois depuis longtemps, je n’essaie plus de me mentir à moi-même.


Je veux Léo. Vraiment.
Et c’est terrifiant.

Quand enfin je sors de la plonge, la réalité me percute comme un train lancé à pleine vitesse.
Le bruit, les voix, les rires, le groupe.
Il viennent de rentrer de la sortie raquettes et tout le monde parle en même temps.
Je n’ai même pas le temps de reprendre mes esprits que la tempête Jules déboule dans le couloir, couvert de neige jusqu'aux sourcils.

— PRUDENCE ! J’ai vu la mort ! Et elle ressemble à un trou de trois mètres de profondeur caché sous la poudreuse !

Il s’affale sur un banc, entouré de Camille et Nina qui pleurent de rire. Apparemment, la sortie raquettes a été un fiasco pour lui.

— Il a essayé de faire un «saut de l’ange» depuis un rocher de même pas un mètre, dit Camille en lui tapant dans le dos. Il a fini comme une autruche, les fesses en l’air et la tête plantée dans la neige. Mathis a dû le tirer par les jambes.

Je ris avec eux, mais c’est un rire un peu automatique.

Respire Prudence, t’es juste une fille qui vient de faire la vaisselle. Pas une fille qui vient de manquer de se transformer en torche humaine à cause d'un mec.

— Ça va Prudence ? me demande Mathis. Tu fais une tête bizarre.

— C'était si dur que ça, la plonge ? demande Jules en enlevant son bonnet, ce qui ne manque pas de m’envoyer de la neige dessus.

— Épuisant, je réponds en essayant de ne pas croiser le regard de Camille.

Trop tard.
Elle me fixe.
On dirait une détective privée qui cherche Xavier Dupont de Ligonnès et qui viendrait de trouver une trace ADN.

— Léo est toujours là-bas ? demande Nina d'un ton innocent.

— Non, il… Forest l’a envoyé ranger la réserve.

Camille hausse les sourcils.

— Et il a été utile, ou a il a joué au Léo ?

— Il a… fait la vaisselle, on a pas trop eu le temps de parler.

Menteuse. Menteuse que je suis. Pinocchio a du soucis à se faire.

— Mmh, mouais, murmure Camille. On en reparlera, toi et moi. Parce que là, t’as les pupilles dilatées comme si tu avais pris une ligne de coc.

Quelques minutes plus tard, on s’installe tous à table pour déjeuner et Léo finit par nous rejoindre. Il a l’air un peu essoufflé, les cheveux encore plus en vrac que toute à l’heure et il s’assoit juste en face de moi.
Mon cœur s’emballe immédiatement.
Je dois être rouge comme une tomate.
J’ai l’impression que tous les pores de ma peau crient son nom.


À table, c’est le chaos habituel. Jules essaie de voler le jambon de Mathis pendant que celui-ci menace de le planter avec sa fourchette, et Nina tente vaguement de faire la police, sans grande conviction.


Je devrais suivre.
Participer.
Rigoler avec eux.
Mais j'y arrive pas.
Pas depuis que Léo est là.


Et surtout—
Sous la table, son genou vient de se poser contre le mien.


Putain.


Au début, je me dis que c'est un accident.


Mais il ne bouge pas.
Pas d’un fucking millimètre.


J’ai l’impression de recevoir des décharges dans la jambe, comme quand on touche une barrière électrique à la campagne.


Je vais imploser.
Confettis de Prudence sur la moquette.


Je baisse les yeux et attrape ma fourchette.


Il faut que je me concentre sur quelque chose de simple.


Manger.

— Mais t’es sérieux là ? lâche Camille.

— Quoi encore ?

— Mais, Mathis, le ketchup sur la purée, c’est dégueulasse. Et t’oses faire ça devant tout le monde en plus ? répond-elle.

— Vous ne savez pas ce que sont les bonnes choses. Et c'est culotté de la part d’une fille qui trempe ses brioches dans du jus de pomme.

— C’est pas pareil.

— Non, c’est pire.

Je souris automatiquement.

— Je suis d'accord avec Mathis. Et si vous voulez tout savoir, j’aime bien boire le jus des cornichons.

Toutes les têtes se tournent vers moi

— Pardon ?! fait Nina.

— Non, je ne peux plus rien pour vous, conclut Jules. Vous êtes répugnants.

Je hausse les épaules, j'avale une bouchée.
Et je le sens, toujours là.
Son genou contre le mien.
Stable et assumé.
À la fin du repas, il n’a toujours pas bougé.
J’ai même l'impression que le contact s'est fait plus fort.
Et lui, en face, il mange, il parle, il rigole.
Comme si de rien n'était.

— ALLEZ ! ON Y VA ! hurle Madame Forest en tapant dans ses mains. Direction le magasin pour louer les skis ! On ne traîne pas et on reste groupé !

Tout le monde se lève d’un coup dans un bruit assourdissant de chaises qui traînent.
Et son genou disparaît.
Instantanément.
Le froid revient sur ma peau.
C'est ridicule, mais ça me manque déjà.


On marche tous ensemble en direction du magasin. Dix minutes à crapahuter dans la neige, en groupe soudé et bruyant. Les locaux doivent nous haïr.
L’air est glacé et ça me pique les yeux, mais ça me fait du bien. Ça m’aide à me remettre les idées en place.
Enfin, j’essaie du mieux que je peux.
Parce que même sans me retourner, je le sais.
Il est derrière moi.
Je n’ai pas besoin de le voir.
Je l’entends.
Je le sens.
Comme si mon corps était réglé sur lui.
Un radar à Léo.
Génial.

— Alors ?

Léo vient de se glisser à côté de moi.

— Alors quoi ? je réponds.

— Tu t’en es remise ?

Je fronce légèrement les sourcils.

— De quoi ?

Je lui pose la question, mais je pense déjà savoir de quoi il me parle.

— De la cuisine.

Je le savais, et malgré ça, je sens une vague de chaud me traverser.

— Ah, ça.

— Ouais, ça.

Je hausse les épaules pour prendre un air faussement détaché. Hors de question qu'il comprenne qu'il m’a mise dans tous mes états depuis ce matin.

— C’était rien Léo.

Silence.
Je sens son regard me fixer.
Insistant.

— Rien ? répète-t-il.

— Ouais, c'était marrant, tout au plus.

— Mmmh.

On marche encore quelques pas. Mon cœur bat à la chamade, et je sais que c'est ni l’altitude, ni l’effort physique.
Les autres parlent autour de nous, mais j’ai l’impression d'être dans une bulle.

— Non, parce que j’ai pas l’impression que c'était rien, ni même marrant, dit-il plus bas.

Je tourne la tête vers lui.
Erreur.
Il est proche, et il est beau. Je me sens ridicule et minuscule.
Reprends toi Prudence. Poker face.

— T’as une imagination débordante, je réponds.

Il esquisse un sourire.

— Possible. Mais toi, tu es une très mauvaise actrice.

— Désolée de ne pas être à la hauteur de tes standards.

— T’es exactement à la hauteur.

Il a répondu vite, sans hésitation. Et ça me coupe un peu le souffle. J’en avais pas besoin.

— Fait gaffe quand même, ajoute-t-il tranquillement.

— À quoi ?

— À force de faire semblant que t’as rien senti, tu vas me donner envie de vérifier si c’est vrai.

Mon estomac se contracte.
Je m’arrête presque de marcher.
J'aimerais que tu vérifies, Léo. Dieu seul sait à quel point j'aimerais ça.

— T’es insupportable Léo.

— Je sais.

Je secoue la tête et lâche un petit rire étouffé malgré moi.

— Et t'as pas bougé, à table.

— De quoi ?

— T’aurais pu t’écarter.

Je reste silencieuse une seconde.
Coincée.
Prise à mon propre jeu.

— J’avais pas de place.

— Mais bien sûr. Et là marmotte, elle met le chocolat dans le papier d’alu.

— Mais c'est vrai.

— Mauvaise actrice et mauvaise menteuse. Mais il me semble que je te l’ai déjà dit.

— Et toi, t’es un peu trop sûr de toi.

— Non, pas vraiment.

Il me regarde.

— Juste assez.

Il va me rendre folle. Vraiment.
Je détourne les yeux.
Respire. Respire. Respire.

— ON EST ARRIVÉ ! crie Jules devant.

Et soudain, notre bulle éclate.
Le bruit me revient.

Les voix.

La réalité.


L'intérieur du magasin de location est un enfer. Ça sent le caoutchouc, l'humidité, et les pieds. Un vrai plaisir olfactif.
Ajoutons à cela le bruit des chaussures qui claquent, des skis sur les établis et des gens qui parlent trop fort. C’est une expérience presque violente sensoriellement parlant.


Je vois le prof d’EPS se rendre à la caisse, et quelques minutes plus tard, nous sommes appelés pour récupérer et essayer notre matériel.

— PRUDENCE ! Du 39.

Je récupère mes chaussures et part m'asseoir un peu plus loin, à côté de Jules qui semble se battre avec son casque et Nina qui ne trouve pas son matériel suffisamment assorti à sa tenue de ski.
J’essaie d’enfiler la première chaussure.


Impossible.


Putain, j'ai l’habitude pourtant.


Le plastique est dur et la languette ne veut pas bien se mettre. Je tire, je pousse, je gigote, mais mon pied refuse de rentrer.


Ça m’énerve.

— Mais c’est pas possible bordel, je me dis à moi même.

— Forcément, t’essaies comme une bourrine aussi.

Léo apparaît devant moi. Je l’avais pas vu venir.

— Pardon ?

— Attends, bouge pas.

Et sans que j’ai le temps de comprendre ce qu’il se passe, il est à genoux devant moi et il attrape ma cheville.

— Commence par détendre ton pied.

— Je suis détendue.

Faux.

— Prudence, arrête de mentir.

Je souffle.

— Tu m’agaces.

— Je sais, tu me l’as déjà dit trois fois aujourd'hui. Je vais vraiment finir par mal le prendre.

Il saisit la chaussure, tire sur la languette qui, comme par magie, n'émet aucune résistance. Il guide mon pied jusqu'à la chaussure.
On a beau être dans un chaos ambiant, ses gestes sont doux. Il n'est pas brusque, il ne force pas. C'est presque agréable.

— Maintenant, pousse.

J’obéis.
Mon pied rentre directement à l’intérieur.
Et je me rends compte que sa main n’a pas quitté ma jambe. De ma cheville, elle a glissé à mon genoux.

— T’y arrives mieux quand je suis là.

Je relève les yeux. Sa main est toujours sur mon genoux, et il porte un sourire bien trop charmeur pour être innocent. Je pourrais fondre sur place.

— Ça va la confiance en toi ? T’as pas trop la grosse tête ?

Un rire lui échappe.

— Non ça va. Je peux t’apprendre si tu veux. Je vais même commencer maintenant en te disant que tu es très belle.

Il déconne. J'ai chaud et nulle part pour mettre mon manteau, mes cheveux collent à mon front à cause de la sueur et je sens mes mains moites.
Et ce qu'il vient de me dire n’aide pas avec mes symptômes. Pourquoi il joue à ça ici et maintenant ?
Je regarde ses lèvres et je nous revois ce matin, devant l'évier. Je les revois presque sur les miennes.
Putain Prudence arrête de penser à ça, c'est pas l’endroit ni le moment.
Je n’ai même pas le temps de lui répondre que—

— Léo !

C’est cette chieuse de Pauline.

— Tu peux m'aider, j'y arrive pas du tout.

Elle utilise une voix que je ne connaissais pas. Presque enfantine. C’est ridicule et ça me fout les nerfs.


Il enlève sa main de ma cuisse, laissant une sensation de fourmis dans son sillage et se redresse.

— J'arrive.

— Merci, t'es un amour.

Je le regarde s'éloigner.
Et le cinéma commence immédiatement.
Elle pose sa main sur son épaule, et se penche vers lui, elle rigole pour rien.


Elle joue.
Et putain qu'elle joue bien.


Ma mâchoire se crispe aussitôt.


Respire Prudence, t’es ridicule.


Ce matin, il était à deux doigts de t’embrasser, il ne fait que l’aider. C'est rien.
Ils font ce qu'ils veulent, et ça ne me regarde pas.


Mais je lui ferai quand même bien manger ses chaussures à la Pauline.

— C'est nouveau ça.

La voix de Camille me sort de mes pensées.
Je tourne la tête vers elle.

— Quoi ?

— Toi.

— Moi quoi ?

— Ça.

Elle fait un geste du menton en direction de Pauline et Léo.
Je lâche un petit rire, même si je me doute bien que je ne trompe personne.

— Mais n’importe quoi.

— Avant, ça t’énervait.

— Ça m'énerve toujours.

— Non, dit-elle en secouant la tête. Là, j'ai l’impression que ça te touche.

Je reste silencieuse.
Trop longtemps. Et c'est un mauvais signe.

— Pas du tout, je finis par lâcher.

Je me rends vraiment compte que je ne suis pas crédible. Soit je ne réponds pas, soit je réponds trop vite.
Camille se met à sourire.

— Mouais, si tu le dis.

Elle attrape ses skis et s’éloigne. Évidemment, elle a déjà compris.
Je baisse les yeux sur mes mains encore tremblantes.


Super, je déteste ça.


Pourquoi je me mets dans un état pareil ?


C’est pas censé être comme ça. Avec Léo, c’est censé être drôle, excitant, léger.
Un mec un peu trop sûr de lui, un peu chiant, avec qui j'aime bien me battre, verbalement parlant.


Alors pourquoi ça me fait ça ?
Pourquoi j’ai cette espèce de boule dans la gorge quand je le vois parler avec elle ?
Pourquoi j'ai envie de lui dire de dégager sa main de son épaule ?


Putain, c'est ridicule.


Je ne suis pas comme ça.


Je suis pas jalouse pour un mec qui—


Qui quoi ?


Qui me chauffe depuis ce matin ?

Qui me regarde comme si—


Non.


Stop.


C’est juste l’accumulation.
Le trajet, la cuisine, le presque baiser, son genou, ses phrases.
C'est normal que mon cerveau bug un peu.
Voilà, c’est juste ça, un trop plein.

On finit par sortir du magasin dans un vacarme absolu. Les chaussures qui claquent, les skis qui traînent. L’air est toujours aussi froid, et ça me fait du bien.


Je cale mes skis dans les lanières de mes bâtons, mes baskets nouées autour de mon cou et mes chaussures de ski aux pieds.
Ça glisse, ça manque de tomber à chaque pas, mais l'expérience m’a apprise que c’est la façon la moins fatigante de les tenir.


Je marche seule, et évidemment, je continue de ruminer.


Je revois la main de Pauline posée sur l'épaule de Léo, je les revois rire ensemble.
J’ai la désagréable impression d’avoir perdu un truc qui ne m’appartenait pas vraiment.
Je souffle doucement par le nez.


Calme-toi. C'est rien.

— Attends.

C’est Léo.
Je ralentis à peine mais je ne m'arrête pas complètement. Juste ce qu'il faut pour ne pas avoir l’air de fuir.
Il arrive à ma hauteur, ses skis posés sur son épaule.

— Donne, dit-il en désignant mes skis. Je vais t’aider.

Je tourne la tête vers lui.
Et je revois encore cette image de lui et Pauline.
Un truc se ferme en moi.

— Ça va, je gère.

Ma voix est calme. Posée.
Il jette un coup d’œil à ma prise qui commence à glisser.

— Ouais, ça a l’air.

Il tend quand même la main.
Je resserre mes doigts autour de mes bâtons.

— Non, vraiment, ça va.

Il me regarde un peu plus attentivement. Il fronce ses sourcils. J’ai l’impression qu'il ressent ce que je pense.

— Prudence…

Je prends une grande inspiration, essayant de retenir les paroles qui veulent sortir de ma bouche. J'y arrive pas.

— Tu sais quoi ? Tu devrais peut-être aller aider Pauline.

Il se fige.

— Regarde la, la pauvre. Elle a vraiment l’air de galérer. Elle doit avoir besoin de son chevalier servant.

Silence.
Froid.
Il ne répond pas tout de suite.
Et je regrette presque ce que je viens de dire.

— C’est ça le problème ?

Je lâche un petit rire. Pas très crédible.

— Y a pas de problème Léo. Tu fais ce que tu veux, avec qui tu veux.

Je sens que cette phrase lui fait un peu plus de mal que prévu. Il hoche la tête sans me quitter des yeux.

— Ok.

Juste ça.
Pas de sourire. Pas de réponse. Pas de provocation.
Et contre toute attente, il n'insiste pas, il ne cherche même pas à avoir le dernier mot, il recule, simplement.

— Fais gaffe avec tes skis, dit-il juste.

Et il repart.


Je reste plantée là, une seconde, avant de me remettre à marcher, un peu plus vite.
Je ne m'attendais pas à ça. Pas à… rien.


Un vide étrange s’installe en moi, là où j'attendais de la tension ou de l'énervement.
Je déteste ça.
Et je déteste encore plus me mettre à le chercher du regard.
Il est déjà avec les autres, en train de parler et de rigoler.
Comme si—
Comme si ça ne lui faisait rien.
Je détourne les yeux, agacée.
Par lui. Par moi.


Quelques minutes plus tard, je réajuste mes doigts autour de mes bâtons. Mes skis sont en train de glisser des lanières et je n’ai plus beaucoup de force dans le bras.


Y a pas à chier, le transport du matériel, c’est mon enfer personnel.


Je souffle.

— Putain…

— Bouge pas.

Il est de nouveau juste derrière moi.
Je n’ai même pas le temps de me retourner.
Il passe brièvement à côté de moi, attrape mes skis et les replace dans les lanières avec une facilité déconcertante.
Sa main frôle la mienne, juste une seconde.

— Là, ça devrait aller mieux.

Avant de repartir, il se rapproche à peine. Juste assez pour que personne n’entende.

— Et arrête de fuir, pour une fois.

C'est bas, presque un souffle.
Et pendant qu'il me dit ces quelques mots, je sens sa main glisser dans la poche de ma veste.
Puis il repart.


Je reste figée. Mon estomac se noue.
Lentement, je glisse ma main dans ma poche.
Un papier plié.
Je regarde autour de moi, personne ne fait attention.
Je l'ouvre discrètement.

« 22h, couloir à côté de la cuisine. Arrête de fuir.»

Mon souffle se bloque.
Je relève les yeux. Il est plus loin. Dos à moi, avec les autres.
Je replie le papier et le garde dans ma main une seconde avant de le remettre dans ma poche.

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