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Davide était assis à son bureau, absorbé par son ordinateur. Il ressentait encore dans ses muscles la brûlure de la séance de sport qu’il avait intercalée après sa journée à l’agence.

Derrière la porte fermée de sa chambre, filtraient des éclats de voix, des rires, le tintement des verres. Il mit son casque sur ses oreilles.

Il détacha son regard de l’écran, immobilisa sa main au-dessus de la souris et regarda un instant vers la fenêtre ouverte. Quand il eut fini de matérialiser son idée, tout son corps, toute son attention retournèrent sur l’ordinateur. Il ne pensait à rien d'autre qu'aux plans qu'il devait reprendre pour le lendemain matin.

Il saisit sa tasse et but une gorgée de café froid sans même détacher les yeux de son écran. En la reposant sur le livre de poche que Pierre lui avait prêté, une notification brillait sur son téléphone.

Pierre plage: Tu fais quoi ?

Davide regardait l’écran de son téléphone, immobile, les mains suspendues au-dessus du clavier. Après quelques secondes, il releva les yeux vers la fenêtre, puis glissa sur ses plans non achevés, enfin retourna à son téléphone. Il contracta ses épaules et se remit à pianoter sur son ordinateur.

Davide ne put se reconcentrer complètement. Il reprit le téléphone et répondit à Pierre qu’il travaillait encore, mais qu’il aurait bientôt fini. La réponse arriva à peine quelques secondes après :

Pierre plage: On se voit après ? Tu veux passer ?

Davide était suspendu, sachant ce qui lui restait à finaliser pour le lendemain matin. Et pourtant, il n’arrivait pas à se détacher du message de Pierre. Malgré ses efforts, son attention toute entière glissait de son ordinateur vers l’écran de son téléphone.

Il se laissa tomber sur le dossier de sa chaise. Puis il ferma son ordinateur et saisit son téléphone : « Je m’habille et je me mets en route ».

Davide enfila un débardeur et une paire de baskets à la hâte. Il ne pensa même pas à se doucher.

Une vingtaine de minutes plus tard, il accrochait son vélo en bas de chez Pierre. Après avoir pédalé aussi vite que possible, il monta les escaliers en courant.

Davide ne put se retenir d’embrasser Pierre quand il lui ouvrit la porte en caleçon. Les mains de Pierre l’entourèrent et le tirèrent à l’intérieur de l’appartement.

Entre deux baisers, Pierre lui demanda :

— Ça va ? il est pas trop tard ?

— Non, pas du tout, mentit Davide.

— Tu as l’air essoufflé.

— Oui je suis venu en vélo, et puis j’ai un peu couru dans les escaliers.

— Tu veux boire un truc ?

Davide ne répondit pas. C'était son corps qui agissait ; ses doigts et ses lèvres parcouraient le corps de Pierre. Il le poussa sur le lit et se déshabilla à la hâte.

Il ne reprit le contrôle de lui-même que quand il sentit le corps de Pierre se relâcher sur le sien. Davide resserra l’étreinte de ses cuisses et de ses bras, il voulait garder Pierre en lui le plus longtemps possible. Il avait gardé les yeux fermés, il n’entendait plus que la respiration de Pierre qui s’apaisait.

Davide avait finalement dû le libérer. Il sentait la main de Pierre dans ses cheveux, son souffle dans son cou, tout son corps appuyé sur lui. En tournant la tête, il remarqua l’heure sur le réveil de Pierre :

— Il faut que je rentre, j’ai pas fini de bosser.

— Mais, fallait finir ! On se serait vu un autre soir.

— J’avais envie de venir.

Pierre ne dit rien mais Davide ressentit l’étreinte se resserrer. Davide dut lutter pour laisser Pierre se lever. Il sentait la joue de Pierre qui se frottait sur sa barbe encore mouillée de sueur.

Alors que Pierre revenait de la salle de bain, Davide regarda la bibliothèque.

— Au fait, j’ai commencé le livre que tu m’as passé la semaine dernière, je comprends pourquoi ça t’a marqué…

— Je suis content que ça te plaise. Je ne sais pas combien de fois je l’ai lu. Des fois, je reviens juste sur certains passages.

— J’aurais aimé lire plus quand j’étais jeune. Mais à la maison, on n’avait pas de livres, mes parents regardaient surtout la télé. Et moi, j’étais beaucoup dehors avec des copains.

Davide se tut quand Pierre se rallongea. En parcourant son corps encore humide, Davide pensa qu’il l’excitait. En caressant le visage de Pierre, il prit conscience qu’il ressentait aussi autre chose qu’il ne savait pas nommer. C’était à la fois une grande curiosité – il ne l’avait pas encore vu toucher au piano du salon – mais également une forme d’admiration. Davide restait songeur devant le calme apparent du garçon qui s'assoupissait contre lui, qui contrastait si fort avec ce qu’il avait été dans l’intimité.

Davide pensa détecter une hésitation dans le regard de Pierre, comme s’il s’apprêtait à parler. Mais Pierre ne dit rien.

Lui n’avait pas envie de repartir. Mais comme Pierre ne proposait rien, il commença à se rhabiller. En repensant à ce qui l’attendait chez lui, il trouva la situation finalement très raisonnable.

— Bon, je file, merci.

Pierre le raccompagna en silence à la porte. Davide eut une dernière hésitation en regardant Pierre. Il serra ses clés dans la poche de son short.

En pédalant dans les rues désertes, il repensa qu’il avait voulu rester avec Pierre. Il fut pris d’un frisson froid en réalisant que ça ne lui était jamais arrivé. Jusque-là, il avait toujours ressenti le besoin de partir très vite de chez les garçons qu’il voyait.

La légère pointe qui serrait son estomac ne l’avait pas quitté quand il ralluma son ordinateur.

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