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Davide n’avait que très peu dormi.

Le dortoir était bruyant. Il se retourna sur le matelas trop fin, essayant vainement de ne pas faire grincer le lit superposé qu’il occupait.

Il trouva son téléphone sous son oreiller ; il n’était même pas sept heures.

Un frisson le parcourut quand il vit la notification d’un message que Pierre avait envoyé peu avant minuit.

"Avrà annullato", pensa-t-il immédiatement et cette pensée lui fit plus d’effet qu’il ne l’aurait imaginé.

23:52

Pierre plage: Dors bien, à demain.

Il relut le message. Posa son téléphone sur son torse et ferma les yeux. Il ne se rendormit pas.

*

Pierre ouvrit les yeux après un sommeil profond. La lumière filtrait déjà au travers des persiennes fermées de la fenêtre de sa chambre. Il entendait sonner au loin les cloches d’une église et devinait le bourdonnement de la rue. Il eut un sursaut, une légère panique : il n’avait pas mis de réveil. Il retourna sa montre et vit qu’il était déjà presque 9 heures, il sauta hors du lit et courut dans la salle de bain.

À peine un quart d’heure plus tard, il descendait les escaliers de l’immeuble où il logeait, en boutonnant sa chemise encore froissée.

Quand il tourna dans la rue de leur rendez-vous, il vit immédiatement Davide, appuyé contre un mur, les mains dans les poches de son short. Sa silhouette était comme dans son souvenir, il revoyait le torse épais sous le t-shirt, la peau mate et les cheveux noirs.

Pierre ralentit. Il remit ses lunettes de soleil, vérifia l'anneau doré de son oreille, regarda sa montre, enleva ses lunettes de soleil. Il n’était plus qu’à quelques mètres.

Davide releva la tête.

Eh, Ciao! Comment ça va ?

Pierre lui rendit son sourire.

— Bien et toi ? Tu as bien dormi ?

Boh, c’est bruyant ici, je suis content d’être dehors.

Pierre leva les yeux sur la façade devant laquelle il venait de retrouver Davide. Elle lui rappelait un voyage d’autrefois, et pourquoi, depuis, il évitait ces auberges. Il lui proposa d’avancer vers le café.

Le trottoir trop étroit les empêchait d’être côte à côte. Il ressentait derrière lui la présence de Davide qui avait calqué son pas sur le sien. Il essayait de contrôler sa respiration. Il transpirait déjà.

La terrasse du café n’était pas bondée et Pierre proposa une table un peu à l’écart. Il avait la gorge sèche. Le cannage de la chaise était chaud sous ses cuisses et le dos de sa chemise trempée.

À quelques centimètres, Davide bougea. Une odeur de déodorant mêlé à la transpiration parvint à Pierre ; il ferma légèrement les yeux.

Davide prit la carte posée sur la table.

— Moi, je prendrai un Espresso, j’espère que ça sera un vrai.

Pierre sourit. Ils restèrent silencieux jusqu’à l’arrivée du serveur. L’odeur ne quittait pas Pierre. Ses yeux avaient souvent glissé sur sa gauche, sur les mains de Davide, sur ses cuisses aussi.

En avançant sa chaise, son genou frôla la peau de Davide. Il ne bougea pas, mais il sentit le recul immédiat de Davide. Le contact de leurs peaux avait duré moins d’une seconde, mais la sensation lui restait.

Pierre se racla la gorge.

— C’est quoi les choses particulières que tu veux voir aujourd’hui ?

— Il y a une église qu’il faut voir, et un musée que je voudrais visiter. Mais je me laisserai surtout guider par mon guide.

Pierre sourit en portant sa tasse à ses lèvres. Davide se tourna plus nettement vers lui.

— Ca consiste en quoi ce que tu fais au travail ?

— Ola… Je donne des conseils à des gens plus âgés que moi, sur leur métier et leur façon de travailler, dans des domaines que je ne connais pas.

— Et ça te plait ?

— Ca va…

Il reprit après avoir terminé sa tasse de café.

— Et toi alors ? Architecte ?

— Oui, c’est ça, j’ai fait le diplôme à Turin, chez moi. Et aujourd’hui je travaille dans une agence à Paris, ça fait deux ans ; on fait des projets intéressants, et le patron est sympa. Des fois, il y a beaucoup de boulot mais ça me dérange pas, j’aime bien comme on travaille. Mes collègues sont cools.

Pierre le vit immédiatement s’animer : il avait posé sa tasse et accompagnait ses propos de gestes d’abord contenus et puis plus amples.

— On travaille sur des projets privés ou publics, en ce moment, je fais une école et des logements. Enfin, je fais… Je participe dans l’équipe, au début, ils n'écoutent pas trop les nouveaux. Mais ça me dérange pas ça. Je ferai pareil plus tard.

Davide rit. Son odeur devenait plus forte. Pierre le regardait dans les yeux, sans chercher à fuir.

— On en reprend un ?

Il se sentit gêné de l’avoir coupé.

Pierre s’écarta quand le serveur déposa les deux tasses. Son genou frôla, une fois encore, le genou de Davide qui, cette fois, ne recula pas.

Alors, Pierre accentua légèrement la pression.

*

Davide avait été soulagé que Pierre l’interrompe, quand il parlait de ses projets, on l’arrêtait plus. Quand les cafés étaient arrivés, il avait senti à nouveau le genou de Pierre sur le sien et, cette fois, il n’avait pas bougé. Après quelques instants, le contact sur sa peau s’intensifia, légèrement, mais distinctement.

Il but son café d’une traite, reposa sa tasse, se réajusta légèrement sur sa chaise passa sa main sur sa barbe ; toujours en maintenant son genou immobile.

La pression s’accentua alors un peu plus.

Pierre buvait encore son café. Davide voyait bien qu’il le regardait souvent. Il esquissa un léger sourire. À son tour, il pressa, un peu plus, son genou.

— En ce moment je travaille surtout sur le projet d’appartements, c’est important pour l’agence. On doit rendre les plans finaux bientôt. Je revois tout ça avec mon patron après-demain matin dès que je rentre à Paris. Ça sera beaucoup de boulot.

Davide vit la mâchoire de Pierre se tendre. Pierre se raidir puis se recula. Davide n’avait pas bougé.

Pierre sortit rapidement son portefeuille, héla le serveur et paya. En se levant il bouscula la table.

— Alors, on la visite cette ville ?

Davide pensa qu’il avait trop parlé.

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