Chapitre 4 ~ Sous terre (1/4)
*Mirabella*
Allongée dans mon lit, je jetai un coup d’œil rapide pour vérifier l’heure et constatai qu’il serait bientôt temps de rejoindre Melvin pour notre première mission.
Comme il me l’avait promis, Melvin s’est amusé à m’envoyer des poèmes bidons tout au long de la journée. Puisque je n’ai pas de temps à perdre avec ce crétin, je n’ai pas lu un traître mot de ses textes et l’ai simplement laissé en vu.
Je n’arrivais toujours pas à croire que le père de Mattheus m’avait collé ce naze sur les pattes. Il était comme un chewing-gum sous la chaussure : difficile à s’en débarrasser.
Pourtant, il y avait eu un moment hors du temps entre nous. Lorsque j’étais venue lui demander son aide pour Mattheus. Cela fut de courte durée. Jouer aux chats et à la souris ne m’amusait plus, ça me fatiguait. Mais il était hors de question que je laisse ce blaireau gagner. Plutôt crever. Je répondrais à ces piques coup sur coup.
Maintenant, je n’avais aucune envie de le rejoindre. Si on me demandait de choisir entre passer une soirée à me faire grignoter la chair par des rats ou passer la soirée avec Melvin, mon choix se porterait sur les rats, et de loin.
Enfin, je n’avais pas tellement l’opportunité de dire non, n’est-ce pas ?
Mon Platphone émit une sonnerie et je me ruai dessus pour vérifier si cela venait de mes parents.
« Tic-tac, Bella. »
Toujours lui. Je poussais un soupir de frustration et continuais de m’habiller.
Puis, je portais mes doigts à mes lèvres et me rongeais la peau d’angoisse. Depuis ces derniers temps, le silence de mes parents m’obsédait, et je me vengeais sur ma peau. Avant, je gérais mieux mon stress, mais plus le temps passait, plus il m’était difficile de faire semblant.
Heureusement, Célestin m’avait été d’une aide précieuse ces dernières semaines. Je ne savais pas comment j’aurais gardé la face sans lui. Mattheus me manquait. Son cœur en miettes l’avait poussé à se mettre à l’écart. Et, bien que je comprenne, j’étais contente de retrouver mon ami.
Mon Platphone vibra une nouvelle fois, mais cette fois-ci ce fut Célestin qui m’envoyait un message de courage avec un gif musclé dans notre conversation de groupe. Mattheus, lui, m’envoya un gif animé de deux personnes qui s’embrassaient. Je levais les yeux au ciel.
Je descendais les marches avec appréhension. Non pas à cause de Melvin mais parce que je m’apprêtais à commencer ma première mission. Tout un mouvement comptait sur nous pour réussir, et je sentais une enclume se poser sur mes épaules. Le fait que je doive le faire avec Melvin n’arrangeait pas les choses.
En contrebas, ce dernier était avachi sur le bureau de Brendelia et paraissait flirter avec elle. Je fronçais les sourcils. C’est comme ça qu’il prenait notre mission au sérieux ?
En arrivant à son niveau, je captai quelques brides de conversation et je ne pus retenir le rire grave qui se formait dans ma gorge. Il roucoulait et la complimentait sur sa tenue, ce qui semblait plaire à Brendelia. Son buste penchait en avant et laissait entrevoir la raie de ses seins.
Pire qu’une romcom, ces deux-là.
Je me raclai la gorge et Melvin se tourna vers moi. Quand son regard capta le mien, un sourire taquin naquit sur son visage. Il passa sa langue sur ses lèvres avant de me détailler de la tête aux pieds.
— C’est comme ça que tu pars en mission, toi ? se moqua-t-il ouvertement.
Brendelia gloussa dans son dos et il lui jeta une œillade complice. Je portai un regard sur mon jean noir troué et mon tee-shirt nounours. C’était une tenue décontractée que je portais pour traîner. Comme je ne souhaitais pas faire d’effort pour lui, j’avais pris ce qui me passait sous la main.
Je haussai les épaules et relevai les yeux sur lui. Il portait un chino gris moyen et une chemise blanche ouverte sur un torse imberbe, ainsi qu’une légère veste d’un tissu gris. Plus cliché, tu meurs.
— Je m’adapte à mon audience, répliquai-je acerbe.
Ses épaules bougèrent en rythme dans un rire feint. Il observa sa montre furtivement avant de me lancer :
— Oh, ponctuelle, la demoiselle. Dois-je y voir une envie terrible de passer du temps en ma compagnie ?
Sa phrase avait été ponctuée avec une voix de bébé insupportable. Cette soirée allait être longue. Si longue. Je n’en pouvais déjà plus.
— Plus vite on commence, plus vite on finit, répondis-je en indifférence totale.
Il me fit un nouveau sourire, dévoilant ses dents blanches de frimeur.
— Bon, ma Brendy, j’y vais. On se capte plus tard ?
Melvin joua des bras en lui faisant des signes de ringard, puis il vint me rejoindre au niveau des portes. Mes paupières me paraissaient lourdes de tout l’ennui qu’il m’inspirait.
Il se planta devant moi et posa sa main sur mon épaule en fouillant mon regard. Ses doigts firent une pression sur ma peau, et j’en voulais à mon corps de réagir à son contact. Un frisson me parcourut, mais je conservai ma froideur.
— La petite Bella est prête pour l’aventure ? me lâcha-t-il avant de libérer mon épaule et de pouffer comme un idiot.
— Bien sûr, Melly.
Je prenais bien mon temps sur ce surnom débile, collant ma langue contre mon palais.
— Hum, j’adore quand tu fais ta jalouse.
Je fronçai les sourcils. Une envie de l’étrangler me prit, mais je me retins.
Pourquoi tu me hais comme ça, Maurelius ? Qu’est-ce que je t’ai fait, bon sang ?
— Allez, suis-moi, novice.
Il me fit un signe de la main et je poussai un soupir de frustration. Mon pied tapait nerveusement le sol. Je levai la tête vers le ciel avant de me résigner à le suivre en laissant retomber mes bras.
Il jeta un coup d’œil vers moi pour vérifier que j'étais bien à sa suite. Des mèches rebelles blondes polaires tombèrent devant ses yeux. Je m’empressai de le rattraper pour ne pas le perdre de vue. Malgré tout, je prenais cette mission très au sérieux.
— On va où ? lui demandai-je.
— Là où est ta place, rigola-t-il.
Mais visiblement, ce n’était pas le cas de tout le monde.
Comme je ne tirerais plus rien de lui, je conservais le silence pendant notre trajet. Maurelius avait évoqué la « Cité des morts », seulement, je ne connaissais pas ce lieu. Et Melvin ne semblait pas loquace à ce sujet.

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