Chapitre 4 ~ Sous terre (2/4)

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*Mirabella*


Nous tournions dans une ruelle en cul-de-sac. Au fond, Melvin se baissa et souleva une grosse plaque d’égout couleur cuivre. J’avançais doucement pour jeter un œil en bas. Aucune lumière ne filtrait à l’intérieur mais je distinguais le début d’une échelle en fer.

— T’es pas sérieux ?

— Je suis toujours sérieux en mission, Bella, fit-il d’un air faussement outré.

Il fit un geste de la main vers le trou.

— Après vous, milady.

Malgré mes réticences, je finis par m’avancer et agripper le premier barreau. Sous mes pieds, j’aperçus de la lumière artificielle en contrebas, m’indiquant que nous étions assez haut. L’odeur de la cité s’infiltra dans mes narines et j’eus un haut-le-cœur. Je resserrai ma prise contre la ferraille.

Je sentis Melvin prendre place au-dessus de moi. Je lui jetai un coup d’œil rapide avant de reporter mon attention sur les immeubles. Les façades étaient sales et décrépies. Toutes les constructions se chevauchaient et masquaient le sol, donnant l’impression de ne pas exister.

Jamais je n’aurais deviné qu’une telle ville pût demeurer sous nos pieds.

La lumière jaune était diffusée par des lampadaires fins. Ils n’étaient pas nombreux, ce qui nous gardait en partie dans l’obscurité. C'était désagréable. Un sentiment de malaise m’envahit.

Quand je sautai enfin sur la terre ferme, je lâchai un soupir de soulagement. L’air était humide, je sentais la sueur s’agglutiner sur mon front.

Autour de nous, l’ambiance était presque chaotique. Des câbles électriques s’emmêlaient, et serpentaient entre les poteaux en bois. Les bâtiments paraissaient récents, pourtant, des morceaux de granit se délogeaient.

Cette cité était glauque. Je ne pus m’empêcher de ressentir de la peine pour les habitants.

Melvin sortit son Platphone de sa poche et ouvrit le GPS. Nous nous laissions guider par l’intelligence artificielle. De temps en temps, j’entendais Melvin tressauter et rire dans sa gorge alors qu’il fixait l'écran de son téléphone.

Je me détournai de lui et observai les lieux. L’ambiance dans les rues était à l’image des bâtiments. Les seules personnes que nous croisions portaient toutes une capuche qui recouvrait leurs visages. Leurs habits étaient sombres, je n’avais aperçu aucun habitant avec de la couleur. À l’instar des caméléons, ils se fondaient dans le décor.

— T’as de la chance, la mort de Myriam est propre. T’auras pas à vivre ton premier trauma avec moi.

J’eus un léger mouvement de recul en entendant la voix de Melvin. Comme il était absorbé par son Platphone depuis que nous étions dans la cité, je ne m’attendais pas à ce qu’il rompe le silence.

Son visage portait encore sa sempiternelle moue amusée que j’exécrais tant. En le détaillant un peu plus, mes paupières se plissèrent.

— J’avoue que je comprends pas qu’un mec comme toi fasse partie de… ce groupe. Qu’est-ce qui t’a poussé à les rejoindre ? Tu te faisais chier dans ta vie terne ?

— Quelque chose comme ça, oui.

Il me fit un sourire en coin, mais je perçus une lueur dans ses pupilles. Je ne savais pas comment l’interpréter. Ses expressions étaient si peu marquées que je peinais à les comprendre. C’était une personne insaisissable, et une part de moi se sentait déstabilisée.

Melvin reprit son sérieux et jeta un œil au GPS. Il me fit un signe de la main pour que nous empruntions la ruelle à notre gauche. Une fois devant un hall d’entrée aux vitres fissurées, il me retint par le bras. Sans le vouloir, ma poitrine frôla sa main, mais il ne semblait pas en prendre conscience. Je fis un pas sur le côté pour rompre le contact.

Son regard glissa sur moi. Il plissa les yeux, essayant de voir quelque chose. Je levai les sourcils, l’air de dire : « Tu veux quoi ? ».

— T’es bien invisible ?

— Ça se voit pas ? soupirai-je d’exaspération.

— Je te signale qu’on est à moitié dans la pénombre. Donc, non, je vois pas, répondit-il avec une voix volontairement niaise.

Sa bouche faisait une grimace. Quel enfant.

— Sache que, quand je le peux, je suis toujours invisible pour ces connards d’humains. Si je pouvais également l’être à tes yeux, ça serait encore mieux.

Il fit un rictus amusé.

— Tu m’en verrais ravi. Si j’avais voulu voir de l’art abstrait, j’aurais été au musée.

Je ne pus retenir le rire qui remontait dans ma gorge.

— Toi, au musée ? Bah voyons.

— J’adore l’art. Au moins, les peintures, elles, sont muettes. J’aurais pas à supporter… — il fit un geste de la main, englobant tout mon être — ça.

Il m’adressa un sourire satisfait, avec cet air suffisant que j’avais envie d’étriper. Je soupirai par les narines, lassée par son comportement. Il fallait dire que je n’étais pas mieux, mais il m’énervait tellement ! Je ne pouvais pas m’en empêcher.

Je montais les deux marches qui nous séparaient de l’entrée avant de tirer sur la poignée en métal. La vitre vibra sous ma secousse mais resta fermée. Dans mon dos, Melvin gloussait. Je me tournai vers lui et fronçai les sourcils. Mon regard noir se planta dans le sien. Dans l’ombre, ses yeux bleus paraissaient presque mystiques. Malgré tout, je ne pus m’empêcher de penser qu’il avait une vraie tête à claque.

— T’as cru que ça allait s’ouvrir par magie, Bella ?

Je le détaillais discrètement. Je comprenais ce que Brendelia pouvait lui trouver. La manière sauvage de se tenir, sa voix, la confiance dans ce regard. Il avait ce truc qui pouvait le rendre craquant. Mais dès qu’il ouvrait la bouche, toute cette façade s’effritait. Ne restait que l’homme agaçant et imbu de sa personne qu’il était.

Comme je conservai le silence, il me rejoignit et me poussa légèrement pour se planter devant moi.

— Laisse faire les pros.

En levant les yeux, je remarquai de la lumière qui émanait de plusieurs fenêtres. Un bruit diffus perça la nuit, et cela venait de Melvin qui appuyait sur tous les boutons de l’interphone abîmé. Il planta son regard dans le mien d’un air de défi et nous nous observions en chien de faïence.

— Oui ?

La voix d’une dame âgée sortit des enceintes grésillantes.

— Bonjour Madame. C'est le livreur Copolys, j’ai un colis pour l’un de vos voisins. Pouvez-vous m’ouvrir s’il vous plaît ?

C’était la première fois que je le voyais aussi poli. Je riais en mon fort intérieur. Melvin me lança un regard suspicieux, mais il n’eut pas le temps de s’interroger plus longtemps qu’un bruit de déverrouillage retentit. Il attrapa la poignée et me fit signe de passer devant lui.

— Trop facile, l’entendis-je dire quand il me rejoignit.

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