Chapitre 4 ~ Sous terre (3/4)

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*Mirabella*

Nous montions les différents niveaux avant que Melvin ne m’arrête.

— Bon, c’est ici que les choses se compliquent. Même si on sait pas se téléporter, notre âme est naturellement programmée pour se matérialiser vers une âme à récolter. Il va falloir que tu fasses un saut à travers la porte. Pour ça, il faut que tu ressentes la mort, que tu sentes son appel.

Il se plaça derrière moi et me saisit par les deux bras. Ses paumes étaient chaudes et son parfum boisé titillait mes narines. Je sentis son buste se rapprocher de moi et je déglutis. Ses mains remontèrent sur mes épaules et il fit une légère pression.

— Détends-toi, relâche ton corps.

Sa voix ne fut qu’un souffle doux contre ma joue. Ses doigts glissèrent délicatement le long de mes coudes avant de finir leur course sur mes poignets. Il secoua légèrement mes membres pour illustrer son propos.

Sa proximité me rendait nerveuse, bien que j’ignorasse pourquoi. Son énergie créait une espèce de tension dans l’air quand il agissait de manière aussi douce. Cela me rappela ce rapprochement dans sa chambre, quand j’avais cru apercevoir une fêlure miroir à la mienne. Comme si, derrière toute cette façade, il y avait un être aussi brisé que moi.

Mais ce ne fut qu’une illusion, qu’il avait balayée d’une remarque le soir de son anniversaire.

Je serrais les dents.

Ce souvenir évoquait quelque chose de douloureux dans le creux de mes poumons. Ma réaction à cette soirée m’avait complètement échappée, et je n’arrivais pas à comprendre pourquoi j’avais ressenti autant de déception de sa part. Comme si, quelque part, j’avais espéré qu’il fût autre chose que cette âme agaçante. Bien que je n’attendisse rien de lui.

La caresse de ses mains me ramena à l’instant présent. Après avoir secoué une nouvelle fois mes bras pour vérifier que j’étais détendue, il me laissa l’espace nécessaire pour faire mon saut.

Je fermai les yeux pour me concentrer et essayai de visualiser l’âme de Myriam qui m’attendait derrière cette porte. Au fond de mes rétines, j’eus l’impression d’apercevoir une lueur bouger, si bien que je crus un instant que j’avais réussi l’exercice. Mais en ouvrant de nouveau les yeux, je m’aperçus que je n’avais pas bougé d’un pouce.

Un soupir de frustration s’échappa d’entre mes lèvres.

— Recommence, c’est pas compliqué, lâcha Melvin dans mon dos.

— Peut-être que j’y arrive pas parce que t’es un mauvais prof !

— Non, je suis brillant. Tu te concentres pas assez.

— Si, j'étais concentrée.

— Recommence, mais cette fois, essaie de sentir son âme t’envelopper. Essaie de visualiser ce lien qui vous relie.

Je tentais de reprendre ma concentration et mettre ses conseils en pratique. Plongée dans le noir, j’arrivais à percevoir ce fil tendu, qui se connectait à mon âme. Ma nature prenait le dessus et j’accueillais la chaleur qui s’insinuait en moi. Une vibration prit place dans le creux de mon estomac et je finis par sentir un changement d’atmosphère.

Cette fois, je me trouvais dans un studio dont la tapisserie s’effritait. Des boîtes vides jonchaient le sol. Une odeur de merde et de mort régnait dans la pièce et je portais ma manche sous le nez pour sentir mon parfum floral.

Je m’approchais de la porte pour la déverrouiller, mais Melvin apparut à ce moment à mes côtés.

— Attends, tu sais sauter ? Pourquoi tu l’as pas fait pour m’ouvrir ?

— Comment tu apprendrais si je faisais tout à ta place ?

Son regard plongea quelque instant dans le mien avant qu’il n’approche du corps de Myriam. Elle était affalée sur un lit de fortune, l’un de ses bras pendait dans le vide. Je gardais mes narines couvertes, mais l’odeur parvenait quand même à s’y infiltrer. Une boîte de somnifères vide gisait à ses pieds.

Le visage de Melvin était concentré, préoccupé. Je le regardais se mouvoir dans l’espace avant qu’il ne se tourne vers moi. Il me fit signe d’approcher. L’encombrement du sol était tel que je n’arrivais pas à avancer sans trébucher.

— Il va falloir qu’on accélère un peu. Sa mort vient tout juste d’arriver, faut qu’on finisse avant que son nom apparaisse dans le Livre de la mort.

Si sa mort venait de se produire, comment se faisait-il que l’odeur de décomposition soit si forte ?

Je n’ajoutai rien et attrapai la fiole qu’il me tendait.

— Il va falloir que tu absorbes l’âme de Myriam. Ça ne va pas être évident et je vais t’aider pour cette partie.

Sans que je m’y attende, il attrapa ma main dans la sienne. Une chaleur irradia dans le creux de mon estomac. Je n’osais plus faire le moindre mouvement et ne refermais pas mes doigts sur sa peau.

— Ça me permettra de me connecter à toi, murmura-t-il, comme si les murs pouvaient nous entendre.

Il inspira puis expira, et me fit signe de l’imiter.

— Comme pour le saut, essaie de visualiser son âme et de l’accueillir. Imagine que tu l’attrapes à bout de bras, et que tu la tires comme une mauvaise herbe.

Je pinçais mes lèvres pour ne pas rire à sa métaphore. Je prenais le temps de me reprendre et essayais de trouver son âme. De la ressentir vibrer. Quand j’eus le sentiment de la trouver, je jetai un œil vers Melvin.

— C’est bon, tu l’as ?

Je hochai simplement la tête et il avança vers Myriam. Il posa une main sur son torse et inspira une nouvelle fois. Je l’imitai et sentis l’âme sortir de son corps. Melvin m’aida à la diriger vers la fiole. Une fois à l’intérieur, j’observai le spectre se mouvoir, un sourire satisfait aux lèvres. Il me répondit d’un même rictus.

— Bravo, pour une première fois, c’était pas si…

Une brume s’infiltra sous la porte et envahit la pièce, faisant taire Melvin. Sa main, qui demeurait encore dans la mienne, se crispa légèrement. D’un geste brusque, il me tira à sa suite. Dans l’entrée se trouvait un placard assez grand pour nous accueillir. Melvin en tira les manteaux et les jeta dans la cuisine déjà en désordre. Ses bras s’enroulèrent autour de mon buste et il m’entraîna sans délicatesse. Je faillis lâcher un hoquet de surprise avant que Melvin ne plaque une main contre ma bouche ouverte. Il nous allongea dans la penderie et referma la porte.

La chaleur qui émanait de son torse contre mon dos calma mon début d’angoisse. Pourtant, mes poumons semblaient bloqués, mon souffle peinait à sortir de ma gorge. Comme s’il l’avait senti, Melvin passa une main douce dans mes cheveux et les caressa lentement, tout en resserrant son étreinte.

Des pas se déplaçaient sur le vieux plancher qui grinçait à chaque battement de mon cœur. Ses chaussures émettaient un bruit sourd, comme un air de tambour. La pénombre de notre cachette rajoutait un flux de malaise supplémentaire. Notre intrus ne disait pas un mot. Seuls ses déplacements rompaient le calme du lieu.

Au bout de plusieurs minutes qui parurent durer une éternité, une nouvelle brume se disperça dans l’appartement. De nouveaux bruits de pas. Il semblait qu’il y avait deux personnes dans la pièce, mais aucun d’eux n’émit le moindre son.

Mes poumons s’agitaient une nouvelle fois, pris de panique. Melvin posa une nouvelle fois sa paume chaude contre ma bouche pour m’obliger à conserver le silence, et son bras autour de mon ventre se resserra pour me signaler sa présence à mes côtés.

Entre nous, il n’y avait rien d’autre que le silence et le double pas de nos hôtes. Mon cœur cognait si fort dans ma poitrine que je m’étonnais de ne pas être démasquée dans ma cachette. Les doigts de Melvin continuaient de me caresser les cheveux, la peau. Mon corps se détendit une nouvelle fois. Contre lui, j’avais cette étrange sensation d’être en sécurité, alors qu’il suffisait d’une ouverture de placard pour que nous soyons tous les deux morts.

Après quelques mouvements supplémentaires des deux intrus, le silence reprit sa place dans l’appartement. Nous attendions encore un instant puis, doucement, Melvin poussa la porte de notre refuge.

La pièce était vide.

— Putain, lâchai-je dans un souffle. C’était quoi ça ?

— Ils auraient pas dû être là. La moyenne de collecte dans la cité des morts est de vingt minutes. On avait le temps…

— L’odeur…

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