Chapitre 5 ~ Souvenirs (1/4)

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*Mattheus*


Alors que je me dirigeais vers la chambre d’Elphie pour notre première mission ensemble, je parcourais les nombreux messages que nous avait envoyés Mirabella dans notre conversation de groupe. Comme nous souhaitons être discrets, nous utilisons des noms de code pour communiquer, et je compris que sa soirée avec Melvin avait été mouvementée.

En arrivant dans le couloir des Empathes, je rangeais mon Platphone pour me concentrer pleinement sur ma tâche à venir. Leur aile était peinte d’une multitude de couleurs, rappelant un arc-en-ciel. Beaucoup plus gai que chez nous. J’en vins à me demander qui fut l’architecte choisi pour la rénovation de cette université.

Une fois devant ses appartements, je toquai sans tarder. La porte s’ouvrit à la volée.

— Mattheus, tu es en retard. Entre.

D’un signe de main, elle m’indiqua de la suivre. Tout en marchant, je vérifiai ma montre pour me rendre compte que je n’avais que cinquante-deux secondes de retard. Mes sourcils formèrent une vague houleuse.

— Tu plaisantes ?

— Je ne plaisante jamais avec l’heure.

Pour appuyer son propos, elle souleva sa montre gousset à mon attention, avant de la ranger dans son pull rose pâle. Sa chambre semblait identique à la mienne, à la différence que son placard était blanc et plus large, comme une porte sur un autre monde.

Sa main se posa sur la poignée, mais avant qu’elle ne l’enclenche, elle se tourna vers moi avec un air stoïque. Ses yeux d’ordinaire noisette se métamorphosèrent dans un violet clair et foncé. Cette lueur vibrait dans ses iris, formant des vagues d’énergies. Comme elle ne disait plus un mot, se contentant de m’observer avec cet air étrange, je me sentis mal à l’aise.

— Tu fais quoi ? demandai-je pour rompre ce calme pesant.

Un léger sourire narquois s’installa sur ses lèvres.

— Une humaine ? Vraiment ? Je ne te pensais pas de ce bord.

— Quoi ?

Un agacement se dessina sur mon visage, comme si elle était une mouche à écarter.

— Tu fricotais avec une humaine. Alice.

Mes paupières battirent tellement de fois que je m’étonnais de ne pas créer un courant d’air dans la pièce. Puis, je laissais la colère s’installer en moi.

— Comment tu sais ça ?

— Je suis une Empathe, Mattheus. Rien ne m’échappe. Je peux me balader dans ton passé, ton présent. Fouiller tes souvenirs. Toute ta vie se déroule devant moi, et j’en suis la marionnettiste.

Son sourire s’élargit, comme si elle avait en face d’elle une bête curieuse qu’elle avait envie de titiller. Ses yeux reprirent cette même teinte de violet. Pour rompre le lien, je tournais le visage. Un grognement remonta dans ma gorge.

— Arrête d’espionner ma vie ! C’est privé ! Ça se fait pas de fouiller la vie des gens sans leur demander leur avis !

— Elle est sur ta liste. Je comprends ta colère.

Ma tête pivota vivement vers elle, et j’eus un élan de rage. Je fis un pas en avant. Ma main fourmillait, tant j’avais envie de la lui coller sur son visage de peste. Pour qui se prenait-elle d’étaler ma vie comme ça ? Et cette audace de prétendre qu’elle y comprenait quelque chose ! Comme si elle ressentait mes émotions. Mes doigts me faisaient souffrir à force de les serrer en deux poings prêts à frapper.

— Tu sais rien du tout ! C’est pas parce que tu as vu ma vie privée que tu me connais.

— Ton père ne t’a jamais expliqué pourquoi la Mort ne devait pas fricoter avec les humains ?

Sa tête penchait légèrement sur la gauche. Sa soudaine expression neutre me déstabilisa. Un silence s’installa entre nous. Si cette histoire ne tenait qu’à moi, j’aurais probablement quitté sa chambre en claquant la porte. Mais la mission me retenait ici. Et je devais l’avouer, une pointe de curiosité commençait à naître dans le creux de mon esprit.

— Oh, j’ai bien vu qu’il t’avait mis en garde. J’imagine qu’il ne s’attendait pas à ce que tu tombes amoureux d’une humaine.

Ma mâchoire se resserra dans un élan d’impatience.

— Très bien, Madame science infuse, qu’est-ce que tu veux dire par là exactement ?

Elle avança lentement vers moi, avec toujours cet air curieux sur le visage. Son regard glissa sur moi comme l’on observe un fauve en cage.

— Tu ne t’es jamais demandé pourquoi ton ami Célestin attirait tous les regards ? Pourquoi tous les humains tombaient subitement amoureux de lui, sans qu’il fasse quoi que ce soit ?

Je ne répondis pas immédiatement, m’imprégnant de ses paroles. À vrai dire, je n’y avais jamais réfléchi, même si je ne voyais pas très bien où elle souhaitait en venir.

— Non, répondis-je simplement.

— Votre âme est noire.

Je penchais la tête en avant, attentif et impatient d’entendre la suite de ses propos. Mais son visage était fermé, comme si elle venait de me dire tout ce que j’avais à savoir.

— Je suis au courant, merci.

— Votre âme est noire, reprit Elphie, comme celle des Cupidons est rouge. Tu ne t’es jamais demandé pourquoi les humains tombaient amoureux immédiatement de Célestin ?

— Pas vraiment. J’imagine qu’il représente l’amour et les gens aiment l’amour…

Ses sourcils se froncèrent, comme si je venais de lui balancer la pire des conneries.

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