Chapitre 6 ~ Kaïs (1/5)

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*Célestin*

Une fois ma veste sur les épaules, je sortis rejoindre Alyssandre. Nous avions rendez-vous pour notre première mission ensemble : récupérer Kaïs. Mes mains étaient aussi moites qu’un robinet qui fuit. Oui, j’étais nerveux. Mais, je tentais tant bien que mal de refouler ce sentiment négatif.

Alyssandre m’attendait adossé contre la rambarde, comme s’il s’agissait d’une journée tout à fait ordinaire, et que nous nous retrouvions aujourd’hui pour aller nous faire un picnic dans un parc. Son regard sombre se perdait sur le paysage citadin. Sa respiration était douce, calme. Cela m’apaisait, et je me sentis un peu moins nerveux en sa présence. Il dégageait une force paisible.

— Salut, lançai-je pour faire remarquer ma présence.

Alyssandre eut un léger sursaut. Ses yeux me détaillèrent de haut en bas avant de se poser dans les miens, puis il pencha la tête et m’adressa un léger sourire. Il me salua en retour d’une voix grave et monotone.

Sans plus attendre, il me fit signe de le suivre, et je lui emboîtai le pas dans les escaliers. Sa démarche fluide soulignait les formes de son corps. Son dos musclé transparaissait à travers son t-shirt. Son jean moulait des fesses rebondies et fermes.

Alors que je le détaillais avec minutie, un détail me frappa : cela faisait bien trop longtemps que je m’étais tapé un mec.

Sa voix grave rompit le silence et je me surpris à être suspendu à ses lèvres. Ce garçon dégageait quelque chose d’envoûtant.

— Pas trop stressé pour cette première mission ?

Je balayai sa question d’un revers de la main, et lui lançai mon plus beau mensonge :

— Non, tranquille.

Hors de question de passer pour le froussard de service devant lui.

Alyssandre me jeta un regard par-dessus son épaule, puis me fit un sourire amusé, qui m’indiquait qu’il n’était pas dupe. Je fis une grimace et continuai de marcher à sa suite.

Bien sûr que j’étais stressé. Qui ne le serait pas, au juste ?

On me confiait la vie d’un être humain. D’un mortel. Le genre qui pouvait crever en se cognant contre une fenêtre. Il dépendrait de moi, de mes décisions. Et s’il venait à mourir, ce serait ma faute.

Comment pourrais-je être serein, hein ? Qui le serait, à ma place ?

Ma spécialité, c’était l’amour. Pas la vie. Je n’avais jamais voulu avoir la responsabilité d’une autre personne. On naît seul, on meurt seul. Alors pourquoi, entre-temps, on devrait appartenir à quelqu’un ?

Mais, je n’avais pas le choix, n’est-ce pas ? Je devais me battre pour mes amis. Même si j’aurais vraiment préféré qu'on me confie autre chose.

Pourquoi pas la garde d’un poisson rouge ? C’est bien les poissons rouges. Bien plus facile à gérer que les humains.

Je poussais un soupir de frustration.

Dans notre groupe d’amis, j’étais la personne qui appréciait le plus les humains. Alors, je supposais que cette mission me revenait de droit. Et puis, tout allait bien dans ma vie. Mattheus était préoccupé par Alice et Mirabella rencontrait des difficultés avec ses parents. De mon côté, tout se passait comme sur des roulettes. Ce nouveau challenge ajouterait du piment dans ma vie.

Le plus difficile serait de devoir justifier cela à Cole. Quand il me verrait collé à un humain vingt-quatre heures sur vingt-quatre, il allait forcément se poser des questions. Ou bien, il viendrait semer la zizanie. Et, comme je ne savais pas dans quel état émotionnel j’allais récupérer Kaïs, il se pourrait que ce soit difficile pour moi de gérer cette situation.

Enfin. Il fallait que je reste positif. La solution se présenterait à moi au moment voulu. Pour le moment, il fallait que je me concentre sur cette mission, qui était importante.

Alyssandra me fit signe de m’arrêter une fois que nous étions arrivés au fond d’une ruelle sombre, devant une plaque d’égout en cuivre. Pour avoir eu toutes les explications de Mirabella et de sa mission, je savais pertinemment où menait cette porte. Je fis une grimace.

— On a rendez-vous avec le Voyageur au marché des Lucioles. Je vais passer devant toi pour descendre.

D’un geste assuré, il souleva la plaque et une odeur nauséabonde vint frapper mes narines délicates. Du bout des doigts, je me les pinçais, une envie de vomir me saisit aux tripes.

La plaque retomba dans un bruit mi-sourd, mi-aigu. Mes dents grincèrent. Je m’avançais doucement et jetais un coup d’œil à l’intérieur. Comme je n’arrivais pas à apercevoir le sol, je comprenais que c’était profond. Très profond. Même si je ne pouvais pas mourir d’une cause naturelle comme… m’écraser au sol après une chute de six mille mètres de haut, cela restait tout de même bien trop haut.

— Fais attention avec l’échelle, les barreaux glissent. Même si la chute ne nous est pas fatale, on peut pas dire que ce soit agréable.

Son sourire amusé fit naître l’hypothèse qu’il avait déjà connu cette expérience. Il se mit en route, et je l’observais en silence. Puis, dans un geste lent, je finis par le suivre dans cette descente non consentie.

Ne regarde pas en bas, ne regarde pas en bas…

Autour de nous des immeubles se bousculaient maladroitement comme une cité mal finie. Je détaillais chaque parcelle de ce lieu avant de me rendre compte que je regardais en bas.

Oh Grand Conseil…

C’était stupide, n’est-ce pas ? D’être une créature immortelle, un élu, comme s’amusait à le répéter le Grand Conseil, mais d’avoir tout de même le vertige ? D’avoir une putain de peur bleue du vide ?

Vous aussi, vous me trouvez ridicule ?

Mirabella m’avait très bien décrit cette cité : c’était sale, ça puait. Ma colère contre cette société et contre le Grand Conseil n’en fut que plus grande. Comment pouvaient-ils laisser les humains vivre dans des conditions pareilles ? Comment ?!

Mes pieds de nouveau sur le sol, je sentis une espèce de boue visqueuse me coller aux chaussures. Je levais les yeux au ciel.

Putain, pourquoi j’ai encore mis des chaussures blanches, moi ?!

— Tu veux manger un truc avant d’aller rejoindre le Voyageur ?

— Ici ?

Mes traits se déformaient d’une nouvelle grimace. En réponse, un sourire naquit sur les lèvres d’Alyssandre.

— On peut pas faire d’intoxication alimentaire, si c’est ça qui t’inquiète.

— Ouais d’accord, en attendant, on a toujours du goût.

Pour le moment.

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