Chapitre 6 ~ Kaïs (3/5)

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*Célestin*

En retour, je lui lançai un regard noir, ce qui déclencha un rire dans le fond de sa gorge.

Alors que nous bravions la foule, une petite fille me percuta et son doudou sale tomba au sol. Elle représentait jadis un lapin, qui maintenant tombait en lambeaux. Une des oreilles était complètement déchirée. Des fils pendaient à la place des yeux, vestige d’anciens boutons. Je pris le temps de la ramasser et de lui tendre d’un geste doux. Nos regards se croisèrent. Les siens étaient chargés de tristesse et de fatigue. Sa peine fit écho en moi, et j’eus une envie irrépressible de la prendre dans mes bras pour la protéger de ce monde cruel. Mais, je n’en fis rien.

Tandis que je lui tendais sa peluche, Alyssandre me tira par le col.

— On va être en retard, me réprimanda-t-il.

Il m’entraîna et mes yeux restèrent collés sur cette petite dont la vie était déjà gâchée.

— Désolé.

— Je sais que c’est difficile, mais on peut pas traîner, Célestin. On peut rien faire pour ces gens.

— J’aimerais qu’on puisse.

— Il va falloir t’endurcir un peu.

Je fronçai les sourcils et avançai à son niveau.

— Eh, c’est pas parce qu’on est des êtres soi-disant supérieurs que j’ai pas le droit d’avoir de la peine pour ces humains. T’as pas vu comment cet endroit semble les détruire ?

— Tu m’apprends rien. Je te signale que ce lieu est ma deuxième maison. Alors, tu m’apprends rien, OK ? La seule chose qu’on peut faire, c’est de se battre. Il n’y a que ça qui puisse changer les choses.

— Ouais, mais si tu…

Mon souffle se coupa quand j’aperçus un halo jaune qui entourait un mec super grand. Sa peau couleur caramel le fondait dans la pénombre de la cité. Ses cheveux frisés négligemment coiffés tombaient devant ses yeux marron. Ses sourcils froncés marquaient une concentration sans faille. Ses vêtements dénotaient avec le lieu. Déjà, parce qu’ils étaient propres. Ensuite, parce qu’il portait une sorte d’ensemble tailleur noir. L’énergie qu’il dégageait me fit frissonner.

À ses côtés, un jeune homme plus petit faisait bouger sa jambe droite d’impatience. Son bonnet orange était enfoncé sur sa tête, si bien qu’il lui couvrait la moitié du visage. Quelques mèches de cheveux noirs s’extirpaient tant bien que mal. Son sweat gris remontait en une capuche qu’il avait disposée au-dessus de son bonnet. Ses mains étaient rangées dans ses poches avant. Quand son regard trouva le mien, je fus surpris par la profondeur verte de ses yeux émeraude. Ses cils longs donnaient l’impression qu’il avait mis du mascara.

Une fois à leur niveau, Alyssandre s’adressa au géant.

— Les légendes voyagent toujours par trois.

— Non, elles voyagent par deux.

En guise de salutation, nous nous contentâmes de hocher la tête.

— Nous lui avons enlevé la marque dans l’après-midi. Il sera un peu sonné.

L’homme géant fouilla dans ses poches, en sortit un trousseau de clefs et me les tendit.

— Ça, ce sont les clefs de votre chambre.

Comment ça, notre chambre ?

L’homme enchaîna si rapidement que je n’eus pas le temps de poser ma question. Son regard sévère se posa sur moi.

— Elle se trouve dans l’aile des humains. Deux de mes gars ont pris la liberté de déplacer tes affaires pendant notre transaction. Reste avec lui, et ne le sors jamais en journée. Le soir, c’est bon, mais évite les coins populaires. Évitez d’attirer les regards.

Je rêve ou il parle de lui comme si c’était un animal de compagnie ? Il va me donner ses heures de pipi aussi ?

Je me tournais vers Kaïs. Un sourire sans joie s’était étiré sur ses lèvres. Son regard trouva le mien.

— Je deviens ton chien de compagnie, apparemment, me dit-il comme s’il avait lu mes pensées.

Je lui adressai un léger sourire.

— Estime-toi heureux d’être en vie, Kaïs. On t’a retrouvé in extremis. C’est soit ça, soit l’Arracheuse. Qu’est-ce que tu préfères ?

— Je me contenterai d’être un chien bien sage.

Kaïs souffla du nez avant de venir se placer à mes côtés.

— On y va, maître ?

La rancœur s’entendait dans sa voix. Mon regard déstabilisé se posa sur l’homme géant qui se contenta de me répondre par un hochement d’épaule.

— Bon courage à tous les deux, nous lança-t-il avant de tourner les talons.

Fait surprenant, il ne se téléporta pas. Alors, je le suivais du regard tandis qu’il s’enfonçait dans la foule. Plusieurs questions se bousculaient dans mon esprit, malheureusement, elles ne trouveraient aucune réponse. Notre temps avec les Voyageurs devait être bref.

Alyssandre nous ouvrit une nouvelle fois la voie. Il était temps pour nous de remonter à la surface. Du coin de l’œil, je remarquai que Kaïs s’agitait et grognait.

— C’est quoi cet endroit ? Et putain, cette boue !

Comme mon propre reflet, Kaïs soulevait ses chaussures maculées de noir visqueux. Un rire étouffé se bloqua contre mes lèvres. D’un geste brusque, il se tourna vers moi et braqua un regard noir.

— Ça te fait rire ?

Il renifla d’agacement.

— Évidemment que ça te fait rire. Vous les Altruistes, tous les mêmes sans cœur.

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