Chapitre 6 ~ Kaïs (4/5)
*Célestin*
Ses sourcils étaient tellement froncés que de légères rides marquaient son front. N’ayant pas envie d’alimenter le feu en lui, je conservais le silence.
Une fois devant l’échelle, Kaïs suivit toute sa hauteur des yeux avant que son visage ne devienne blême.
— Sérieusement ? lâcha-t-il dans un grognement.
— Célestin, passe en premier. Toi, Kaïs, tu passeras en second. Je terminerai la marche, et si jamais tu venais à tomber, je te rattraperais.
— Super rassurant, murmura-t-il.
Sa voix tremblottait un peu.
Est-ce que les Anges avaient des ailes dans notre monde ?
Je commençais l’ascension, et je sentis le poids de Kaïs sous le mien. Mes mains étaient moites, et j’espérais que Kaïs ne glisserait pas à cause de moi. Il serrait si fort les barreaux qu’il faisait vibrer l’échelle.
La lumière se rapprochait, rassurante, agréable. Je prenais tout de même le temps de grimper, pour éviter de chuter.
Une fois sur la terre ferme, le gémissement de soulagement de Kaïs fit écho au mien. Son regard se posa sur moi et je crus y lire de la curiosité. Comme si cela était étrange de ma part de ressentir du soulagement.
Alyssandre referma la plaque derrière moi. Puis, nous nous mîmes en route.
— Je rêve d’une bonne douche, fis-je pour rompre le silence.
Personne ne prit la peine de répondre, chacun perdu dans ses pensées. Alors, je me tus à mon tour et nous montâmes les escaliers dans un silence religieux.
Arrivés devant l’université, Alyssandre se tourna vers moi.
— Si tu as besoin de quoi que ce soit, Célestin, n’hésite pas à m’appeler, d’accord ?
Puis, il pivota vers Kaïs.
— Célestin te communiquera mon numéro, cela vaut aussi pour toi.
— Merci, répondis-je pour nous deux.
Kaïs se contenta de serrer les dents et de grogner. Alyssandre laissa son regard glisser sur moi, puis s’approcha pour me murmurer :
— Appelle-moi si tu as besoin de soutien.
Il me fit un clin d’œil et je lui répondis par un sourire avant qu’il ne reparte dans sa chambre.
Je récupérai le trousseau dans ma poche pour vérifier notre numéro de chambre.
« Aile A, chambre 53 ».
Kaïs me suivit en silence et je me demandais ce qui se jouait dans sa tête. De savoir qu’il allait passer ses journées enfermé dans une minuscule chambre, cela ne devait pas l’enchanter. Être caché, ne plus avoir de vie à lui. Je poussai un soupir à cette pensée.
Quand j’eus déverrouillé la porte, je fus surpris d’être accueilli par une chambre plutôt spacieuse. Nous disposions d’une cuisine ouverte sur séjour. Sur la droite de l’entrée se trouvait une chambre. Le seul point noir de ce logement, à priori, car elle disposait de deux lits simples, posés à l’opposé l’un de l’autre, mais dans la même pièce… À gauche, la porte s’ouvrait sur une douche à l’italienne et des toilettes.
Deux grosses valises nous attendaient au fond de la chambre. À première vue, les matelas semblaient de meilleures qualités que ce que nous avions dans nos chambres d’Altruistes. Pour tout dire, nous ne pouvions pas faire pire.
Kaïs me poussa sans ménagement et entra dans l’appartement.
— Tu vas fixer l’appart encore longtemps ou bien tu vas te décider à entrer ?
Pendant l’espace d’un instant, j’avais oublié que je n’étais pas seul. Avec cet humain qui allait être mon colocataire pendant un temps indéterminé.
Nous quittions nos chaussures complètement noires de gel visqueux avant d’aller récupérer nos valises. Dans notre chambre se trouvait un grand dressing au niveau de l’entrée.
Je pris le temps de ranger mes vêtements sur la partie droite, laissant l’autre côté pour Kaïs. Ce dernier jeta un coup d’œil à l’appartement avant de se laisser tomber sur le lit à gauche du mur. Il prit son oreiller dans ses bras avant de le poser sur son visage. Je décidai de conserver le silence, ne sachant pas vraiment quoi lui dire.
Au bout de quelques minutes, il poussa un soupir avant de se lever. Il attrapa une serviette dans le placard de l’entrée et partit sans un mot dans la salle de bain. Le bruit du verrou résonna dans la pièce.
Une fois que j’eus terminé de ranger mon linge, je retournais dans le salon, ne sachant pas quoi faire. Comme mes vêtements du jour étaient crasseux, je n’avais pas envie de m’asseoir où que ce soit. De plus, je sentais mauvais, comme si j’avais sauté dans une poubelle remplie de déchets fermentés. Je priais pour que Kaïs prenne sa douche rapidement.
Je réfléchissais à la manière de procéder avec lui. Le père de Mattheus m’avait indiqué que je devais le faire parler, et connaître l’apparence d’Ekatya. Je pris alors conscience que Kaïs n’avait pas succombé à mon charme, comme tous les autres humains. Depuis le début, il avait été désagréable, et ne m’avait montré aucun signe d’amour. Même ses yeux semblaient hargneux, sans once de joie.
Qu’il soit hétéro ou non n’avait aucune importance. Tous les humains, sans exception, tombaient amoureux de moi. Sauf lui. Quelque part, c’était rafraîchissant. Parce que je n’aurais probablement pas réussi à supporter une cohabitation avec un homme collé à mes basques.
La porte de la salle de bain s’ouvrit enfin. Il avait enveloppé son corps d’une serviette de bain, laissant dévoiler un torse musclé et soigné. Quelques poils noirs couraient sur le haut de son torse. Ses bras imposants tenaient le devant de la serviette. Ses cheveux noirs et mouillés gouttaient sur son visage. Ses sourcils épais semblaient bien plus détendus qu’auparavant.
Wow…
Il fallait avouer que cet humain était plus que canon. Pour ne pas être pris en flagrant délit de matage, je détournais le regard, fixant mon regard sur un point imaginaire sur le mur.

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