Chapitre 25 : Le poids du sang
Flashback
– Courez ! Hurlais-je à leur intention.
Je cours, je me précipite dans un couloir où le panneau “sortie” trône au plafond. Mes pieds, mes jambes, tout mon corps est meurtri des différentes expériences qu’ils m’ont fait subir.
Alors que j’arrive au carrefour d’un couloir, prête à partir sur la droite, j’emmène avec moi le petit groupe dont la liberté est certaine.
Bon nombre de prisonniers sont encore entre ces murs mais je ne peux tous les faire sortir avec moi. Je vous promets que je reviendrai vous libérer et que je vous vengerai.
Les cris et les coups de feu déchirent l’air comme le toner qui gronde, sépare la terre et brûle les chairs.
Derrière nous, nos bourreaux nous poursuivent et abattent sans une once d’hésitation toutes personnes tentant de s’enfuir.
Dès que je jette un coup d'œil en arrière, j’ai le malheur de croiser le regard du scientifique chargé de mon cas. Celui-ci lève le bras, braquant une arme vers nous. Mon cœur loupe un battement alors que mes yeux se figent. Mes muscles se crispent, prêt à toute éventualité. Et, à la dernière seconde, il baisse le pistolet et tire.
C’est dans une détonation qui résonne dans le couloir que je constate que la balle s’est logée dans le crâne du petit garçon qui me tenait la main.
J’étais prête à faire barrage avec mon corps, mais il n’a plus la même vivacité qu’avant ma capture.
Son petit corps tout frêle tombe en avant et sa main qui me tenait fermement lâche prise et se relâche le long de son flanc.
A ce moment-là, le monde s’arrête. Tout se fige. Sueur et sang perlent sur mon front. Je brûle de froid tandis que mon cœur explose d’une chaleur incandescente dans ma poitrine. Mes boyaux se tordent, prêts à s’arracher. J’ai tellement mal que j’en vomirai mes organes. Les larmes me montent aux yeux alors que son corps gît sur le carrelage blanc.
Alors que son sang recouvre les murs, sa peau déjà bien pâle devient livide – le chaos règne autour de nous, l’alarme retentit comme un cri dans la nuit et les lumières vacillent – tandis que ses yeux… Ses beaux yeux verrons auparavant brillant d’une belle lueur de malice et de douceur s’éteignent doucement, sans me quitter une seule fois du regard. Une dernière larme coule le long de sa joue – comme pour un dernier au revoir. Il me tend une main fébrile qui se stoppe à quelques centimètres de mon visage et, là, elle retombe tout comme disparaît définitivement cette lueur de vie.
Les bruits sourds tonnent contre mes tympans – mon cœur se serre et s’effondre telles les cendres d’un volcan en éruption. Mes lèvres se mettent à trembler comme tout le reste de mon corps.
– Viens ! On doit partir ! Il faut protéger les autres. Hurle une voix qui me semble lointaine, alors qu’on m’agrippe et qu’on me secoue frénétiquement le bras.
– Protège…le… Fut tout ce que je pus articuler avant de me retourner vers ces monstres.
A cet instant, le temps ralentit au point d’être figé semblable à une image que j’observe sans comprendre. Les cris, les pas, les lumières tout est au ralentit devant l’horreur de la scène auquel j’ai assisté. Comment peut-on faire cela à un enfant ? Comment peut-on tuer un enfant, innocent ou pas – avec un tel manque d’humanité et sans une once de regret ?
L’homme – non, la bête, le monstre – tenant l’arme me regarde sans sourciller et me sourit à pleines dents. Tout son être transpire de la cruauté et de l’indifférence d’ôter la vie si celle-ci l’empêche d’atteindre son but.
Son visage est celui d’un fou – je préfèrerai que ce soit un fou, au moins, il ne serait pas maître de ses actes alors que là… – qui lève son bras armé, vise le canon de son arme vers moi.
Je cligne des yeux, dépose le petit corps sans vie à mes pieds, me retourne pour lui faire face – mon esprit se déconnecte de la réalité, je suis comme spectatrice – et je cours, je lui fonce dessus. Une balle est tirée, elle s’enfonce dans mon épaule, dans un déchirement mais cela ne m’arrête pas. Rien n’est plus douloureux que de voir un petit enfant d’à peine cinq ans – non un petit bout de chou, un bébé – se faire abattre de sang-froid.
Dans mon élan, je lui saute dessus, arrivant à me transformer que partiellement. Mes os craquent, mes dents poussent et mes ongles s’allongent me permettant de lui asséner de violents coups. Il bascule en arrière, ne s’attendant pas à autant de force après toutes les horreurs qu’ils m’ont fait subir entre ces murs blancs.
D’une main, je plante mes griffes dans son épaule, le maintenant au sol tandis que de l’autre j’essaie de lui arracher le visage. Il se débat comme il peut, me repoussant de son bras disponible – mes crocs se referment sur celui-ci et je lui déchire un morceau de son avant-bras.
Derrière moi, les autres cours et hurlent, m’appelant pour que l’on parte – l’adrénaline parcourant mon corps m’aide à tenir le coup. Je le lâche, me relève et l’utilise comme massue pour taper les autres. Un tour sur moi et je le jette sur la troupe d’ennemis la plus proche.
Dans l’action, je ne vois pas que l’un d’eux tente de me poignarder. Mon camarade d’expérimentation s’interpose. La lame le transperce à l’abdomen. Voyant cela, je me ressaisis et tranche la gorge du soldat puis attrape mon collège et part d’ici le plus vite possible avant que le gaz fasse tout exploser.
Je lance un dernier regard en arrière, gravant dans ma mémoire le visage du petit que je n’ai pu sauver…
J’avance dans la pénombre de la nuit, la lune éclairant mes pas. Le temps et la distance se sont espacés et hurlements pénétrants ont laissé place au silence pesant de la nuit – aussi effrayant que divin.
Nous marchons dans un silence solennel. Mes bras frôlent les troncs des arbres comme une douce caresse sur le bras d’un ami en deuil. Les branches craquent sous mes pieds nus – un écho appelant le vent froid et humide qui soulève une neige aussi coupante que du rasoir sur nos plaies béantes. Mon corps et mon cœur sont meurtris, empli d’une profonde tristesse, haine et regret que nul ne pourra calmer.
Quand est-ce que le repos viendra me trouver et qu’avec lui ce cauchemar disparaîtra ?
Puis-je… au moins une fois… penser à m’assoupir sans avoir peur d’un avenir où lame et aiguille me transperceront la peau autant pour m’ôter la vie que pour m’injecter divers produits…
Je ne désirai qu’une chose. Une seule PUTAIN de chose. Vivre une vie paisible et heureuse avec ma famille. Que la guerre s’arrête enfin. Juste une vie harmonieuse entre humain et loup – ou du moins, ce qui s’en approche.
Mais il a fallu que l’apparition du Laboratoire il y a quelques années change cette idéalisation précédemment possible en un enfer sur terre – regroupant les pires ordures, toutes espèces confondues.
Ma respiration est courte et saccadée. Courir, s’enfuir tous gestes n’est qu’une torture de plus que je dois endurer et surmonter pour ne pas les abandonner.
Si je dois mourir dans cette forêt, ce sera l’esprit plus tranquille que j’accepterai mon destin sachant que plusieurs d’entre eux ont survécu et on put s’échapper – malgré le fait d’être parti dans des directions opposés, au moins, leurs bourreaux connaissent la douleur de nos êtres brisés.
Mes pas me guident sous l’inconscience qui m’envahit petit à petit. Des heures se sont écoulés, sans que l’on ne prenne de répit. S’arrêter et respirer est impossible sans être certain que la distance instaurée soit suffisante.
La lune éclaire faiblement notre chemin et ce n’est qu’en apercevant une petite maisonnette, en plein cœur de la forêt, que mes jambes finissent par me lâcher. Je tombe dans la neige blanche – celle-ci ne tardant pas à être maculée d’un rouge vin.
Ma chute entraîna celui que je soutenais – un homme deux fois mon aîné, se tenant le ventre ensanglanté, les cheveux désordonnés, le visage pâle sur une peau mâte.
Les mains ensanglantées, le corps maculé d’entailles profondes. Le visage blême, les yeux vitreux, les cheveux à moitié tombés dû aux nombreux tests, je me relève dans un dernier effort et l’emmène à l’intérieur à l’aide de la jeune femme et suivi d’un enfant à peine dans la fleur de l’adolescence.
Nous sommes dans la forêt de Chervlin, là où je jouai souvent avec les enfants de la meute Spike lorsque j’étais jeune.
Plus nous avançons, plus la maisonnette semble lointaine.
Une fois le pas de la porte franchie, on pose l’homme à même le sol. Le petit tangue, n’arrivant plus à tenir debout, se retient contre les murs et m’apporte tout le tissu qu’il trouve. A deux, nous arrivons à bander l’abdomen scindé par la lame.
Quant à moi, mes yeux me brûlent ainsi que mon corps. Tout hurle comme pris dans les flammes des abysses – mon esprit sombre et je perçois l’impacte de mon corps contre le sol froid.
L’esprit embrumé et le corps brûlant, j’ouvre un œil et constate mon épaule bandée et le groupe recroquevillé les uns à côté des autres. Michael est encore pâle mais respire normalement. Le petit se frotte les yeux et me regarde.
– Est-ce…qu’on est en sécurité ? Me demande-t-il dans un chuchotement
– Oui. Tu peux te reposer mon pet…Commençais-je avant qu’une quinte de toux me fasse cracher du sang noirâtre.
Les yeux écarquillés, il se précipite sur moi et dans la panique me tape le dos voulant m’aider à évacuer. La toux se calme à peine qu’un liquide poisseux sort de mon nez et de mes yeux. J’essuie du revers de la main et constate avec effroi qu’il s’agit d’un mélange de sang mi rouge mi noire.
Je pleure du sang et saigne du nez ?!

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