Chapitre 11 : Quand le silence se brise
À Aurelius, rien ne restait jamais secret, encore moins ce qui touchait à l’équilibre.
La rumeur partit comme une étincelle, d’abord chuchotée dans un couloir, puis répétée à la cafétéria, puis exagérée dans les groupes privés.
« Il a tenu tête à Victor. »
« Il l’a menacé. »
« Il a mis deux mecs au sol. »
« Il n’a même pas levé la voix. »
Chaque version était différente, mais toutes avaient un point commun, le nom : Targa.
Pour la première fois depuis son arrivée, on ne disait plus “le nouveau”, on disait son nom.
Dans les amphithéâtres, des regards se tournaient quand il entrait, pas hostiles, pas amicaux, curieux, méfiants, intéressés.
On cherchait à le replacer dans une catégorie. Problème : aucune ne fonctionnait.
Il n’était pas un voyou, il n’était pas un héritier, il n’était pas un provocateur, il n’était pas une victime.
Il était une anomalie.
Et Aurelius n’aimait pas les anomalies.
Lexou entendit la rumeur avant même qu’on ne la lui raconte.
Elle la sentit, dans les silences, dans les regards, dans les phrases inachevées quand elle entrait dans une pièce.
Quand on finit par la lui dire, ce fut presque banal.
— « Tu as entendu pour Victor ? »
— « Non. »
— « Il s’est fait… remettre à sa place. Par le nouveau. »
Elle ne posa pas de question, elle savait déjà de qui on parlait.
Pendant ce temps, les écrans du campus changèrent, la liste du concours resta affichée, mais une nouvelle information apparut : Première épreuve éliminatoire : dans trois jours.
Les murmures changèrent de nature, moins sociaux, plus stratégiques.
On se mit à parler de formats possibles, de précédents, de probabilités.
La curiosité devint calcul.
Et pour la première fois… Targa ne marchait plus seul dans les couloirs. Pas accompagné, mais suivi du regard.
Et ce regard-là n’était pas neutre, c’était celui qu’on pose sur quelqu’un qui pourrait changer la partie.

Annotations
Versions