L'Etreinte de la Promise Chapitre II

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Borias concentrait son attention sur le moindre son, la moindre odeur. Le corbeau n'était pas là, et pourtant il pouvait encore entendre son croassement au loin. Soudain le croassement se tue, et un beuglement d'horreur parvint jusqu'à Borias. D'un sursaut il agrippa son épée à la main, il marchait, son canasson avait refusé, et s'ébrouait en tout sens lorsqu'il avait approché. Le vent gémissait à travers toute la forêt quand Borias entendit un cri bestial retentir à nouveau, à cet instant il était tel une statue de bronze. Après un temps, il décida de traverser les hautes herbes, il se débarrassa rapidement de sa torche, afin de rester discret il laissa alors la clarté lunaire le guider. Quand il arriva à la fin de sa piste, il se retrouva entouré d'arbres desséchés dont les branches dépouillées emprisonnaient une légère brume. Chaque respiration ici exigeait un effort considérable à cause de l'odeur de mort qui planait. Borias ne distinguait plus le sol boueux sous les ossements. Ici et là gisaient des squelettes d'animaux, des cadavres de bêtes et d'humains grouillants de vers, figés par la mort dans des positions grotesques.

– Un ours, ce serait étonnant. Je ne vois pas de marque au sol, remarqua-t-il. Et puis un ours ne s'attaquerait pas aussi sauvagement sur la carcasse d'une victime. Quelque chose ne va pas, se renfrogna-t-il.

Borias avançait dans cette atmosphère lugubre, et suffocante, il sentait la présence d'une chose, parfois il entendait des bruits de pas, et de battements d'aile d'oiseaux mais il ne voyait, et ne percevait rien aux alentours. Il remarqua également que le corbeau qui l'avait nargué toute la journée durant s'était posé sur un vieux chêne, il était aussi silencieux qu'une fosse. Sous l'arbre, la dépouille encore fumante d'un bœuf gisait, les yeux crispés d'horreur. Son ventre déversait ses boyaux et une mare de sang s'était formée autour de la pauvre créature. Borias se pencha alors sur la dépouille pour mieux l'examiner.

— Il ne reste presque rien. Peu importe ce qu'est cette chose, c'est un vrai ripailleur celui-là. Cette pauvre bête est morte rapidement. Mais ces marques au niveau de la gorge, se dit-il, ça ne ressemble à rien que je connaisse. De plus, je ne vois aucune trace au sol. Rien. Ce qui veut dire que la créature a attaqué depuis... les airs.

La nuit était encore plus sombre. Le silence encore plus oppressant. Borias fouillait les alentours quand un puissant craquement retentit et résonna à l'intérieur du bois, Borias entendit un bruit de métal et de bois qui ploient puis craquent. Le temps pressait, quoi que ce soit, cette chose était bien là et se rapprochait inexorablement du mercenaire.

Un nouveau cri suraigu cette fois le garda en alerte et sonnait comme une provocation, comme un rappel de l'inévitable. Faisant face au vieux chêne centenaire, là où le corbeau s'était établi comme s'il prenait place à une sinistre scène de théâtre, Borias comprit à quoi il allait devoir faire face.

Les cris se rapprochaient, et le hurlement infernal du monstre ricochait de part et d'autre du bois, comme si il était partout et nul part à la fois. Sa main posée sur la longue poignée qui dépassait de sous sa cape rouge flottant négligemment de ses épaules, Borias, d'un léger sourire, fixa le volatile, comme pour le provoquer à son tour. Il leva la main gauche, récita une invocation et soudain une vague d'étincelles et de feu furent projetés depuis l'un de ces anneaux, et le vieux chêne s'embrasa comme une immense torche.

Des particules de braises s'échappaient tout autour de Borias, la lueur du brasier brillait intensément sur l'acier bleuté de son épée. Une flamme encore plus funeste étincelait au fond de ses yeux verts. Son air de loup était encore plus visible à mesure que la bête approchait.

— Montre-toi... murmurait-il en scrutant le ciel.

Comme en réponse à cette terrible invocation, un éclair vrombit au loin, et déchira le ciel noir. C'est là que l'image apparut. Elle flotta tout d'abord de manière indistincte puis, brusquement, prit une netteté époustouflante. Campé sur ses appuis, Borias se tenait prêt à accueillir la créature. Au début, très haut dans le ciel, il aperçut un point noir parmi les étoiles. Ce point grandit, grossit, se rapprocha, cela se gonfla, prit l'apparence d'une chauve-souris. Cela grandissait toujours, mais sa forme ne changea guère plus d'aspect.

Il planait au-dessus de lui, au milieu des étoiles, puis tomba droit sur le  mercenaire en déployant ses ailes de cuir. Bondissant en arrière, Borias brandit son épée haut dans les airs. Et là il vit enfin l'horreur atteindre le sol, faire volte-face pour mieux le fixer. Devant lui se tenait une silhouette noire et monstrueuse, qui se découpait sur la lueur infernale du brasier. Ses contours en étaient vaguement humains. Borias observait la créature le souffle court. Fixant la lame du guerrier, le monstre grogna, et se redressa. Il paraissait alors gigantesque avec ses grands bras noueux et puissants. Son visage, sinistre, grimaça et révéla une mâchoire puissante accompagnée d'une longue rangée de dents acérées. A moitié humain, à moitié animal, et totalement horrible, la créature paraissait sortir du cauchemar d'un dément. Borias observait son corps dépourvu de plumes ou de pelage, sa gueule béante, et ses oreilles pointues.

– Un Erote, merde.

La créature s'avançait vers lui à travers les dépouilles de ses proies d'une démarche pesante. Puis se jeta sur Borias en faisant un bond gigantesque à la façon d'une grenouille. Le mercenaire aperçut l'éclat de ses grands yeux surnaturels le fixer, et la lueur de ses griffes se resserrer sur lui. Dessinant un trait dans l'air, un anneau brilla d'une teinte bleutée avant de projeter l'Erote à quelques mètres, mais le bougre était parvenu à entailler son pourpoint au niveau du flanc, une seconde de plus et Borias aurait vu ses viscères se déverser devant lui.

D'un rugissement furieux il se précipita sur le noctule mais celui-ci avait déjà disparu parmi les ombres. La créature, bien que primitive dans son aspect, possédait un cerveau très proche de celui d'un humain, et il connaissait la nature profonde de l'homme qui était face à lui. Parmi ces cadavres gisait peut-être celui d'un guerrier ou d'un chevalier, moins préparé ou moins expérimenté.

D'un grognement hostile, l'Erote réapparut depuis le flanc de Borias bien décidé à en finir rapidement avec lui, mais le mercenaire esquiva habilement en s'écartant de côté. Se retournant avec agilité, il fit siffler sa lame et trancha une aile de la créature. Pivotant avec l'agilité d'un chat il lança un nouveau sort qui repoussa la créature vers le brasier. Le monstre terrorisé par les flammes s'échappa, replongeant dans les ténèbres.

Borias l'entendit hurler, battre des ailes mais sa blessure, trop profonde l'empêchait de prendre son envol. Un grognement de plaisir sanguinaire ressortit au fond de la gorge de Borias. L'épée levée bien haut, il attendait patiemment le retour du monstre. Cette fois, il n'attaquait point, lui aussi attendait le moment propice pour frapper. Le vieux chêne se consumait tandis que Borias concentrait ses sens, la fatigue venait lentement l'étreindre, et l'énergie déployée par les anneaux l'avait épuisé.

Soudain, l'Erote apparut face à Borias, ses griffes et ces crocs furent la seule chose qu'il vu, puis il disparut à nouveau comme s'il venait de s'évaporer pour mieux réapparaître devant lui. Seuls les reflex presque inhumains de Borias le sauvèrent du violent coup de son assaillant. Les griffes butèrent contre son épée, mais parvinrent à le toucher à la tempe. Une vilaine plaie laissa couler du sang vermeil sur son visage.

Alors qu'il tentait un nouveau sort, l'Erote le repoussa et Borias fut propulsé comme un vulgaire pantin dans une carcasse de veau. Empoissé dans les viscères de l'animal, il rebondit sous le choc qui aurait brisé les os de tout autre. Hurlant comme un animal furieux, le monstre pâle sauta sur lui, mais la combinaison de nerfs d'acier alliés à une technique de combat parfaite firent bouillonner le sang maudit de la créature. Borias esquiva le coup de griffe, se releva, et livra à son adversaire une véritable guerre. Il s'agitait et ne restait jamais immobile, désormais il avait compris que l'Erote n'était pas habituée à se battre face à un adversaire aussi retors, et désormais pour Borias ses mouvements paraissaient ridiculement lents et maladroits. Bondissant, sautant de côté en côté, virevoltant, il ne touchait jamais le vide, et donnait tout ce qui lui restait de vivacité. Tranchant, coupant, l'Erote ne pouvait rien face à ce déluge de férocité.

Saignant à la tempe, Borias fit le vide un instant, décrivant une longue courbe meurtrière avec son épée dégoûtante de sang noir, laquelle étincela froidement avant de s'enfonçer dans l'abdomen du monstre. Enfoncé jusqu'à la garde dans son ventre, Borias tenta de retirer sa lame mais la créature profita d'un instant d'inattention pour tenter d'enfoncer ses crocs dans la gorge du mercenaire. Acculé, Borias lâcha la poignée de son épée afin de retenir les crocs dégoulinants du monstre, et d'un geste de main, son anneau étincela, et il envoya le monstre s'écraser contre un arbre mort. Le mercenaire trébucha, et pendant le mince espace de temps qui lui fallut pour se relever la créature s'était une fois de plus échappée.

Borias était saisi de vertiges sous l'aiguillon de la douleur, l'ouragan de ce duel l'avait harassé. Sa respiration était devenue un halètement sifflant entre ses dents. Glissant un regard sous sa chevelure embroussaillée, il aperçut la silhouette de l'Erote qui se tordait sous l'étreinte de la douleur. Sa rage n'en était nullement diminuée, il était encore prêt à tuer. Ses yeux brûlaient d'une haine sauvage, lorsqu'il les posèrent à nouveau sur le mercenaire.

Borias fit volte-face, il n'avait plus assez de force pour combattre alors il attendit que le monstre vienne à lui. Il était désarmé, alors quand la créature surgit, il mit toute son énergie en jeu, et déclencha un déluge de flammes. Effrayée par le sort, l'Erote dévia de côté, et Borias ne put esquiver un coup qui lui lacéra l'épaule. Il sentit son bras tout entier s'engourdir sous le choc. Malgré une douleur terrible, il combattit comme il ne l'avait jamais fait auparavant. Il maintenait son déluge de feu sur le monstre et illuminait alors le bois de ses braises et étincelles. Suivant la créature nocturne de ses flammes, l'Erote gémissait de douleur, son regard se chargeant d'une peur indescriptible. Cette peur qui charge le cœur d'une bête lorsqu'elle sait son heure arrivée.

Depuis sa position Aham, le guide n'entendait plus au loin que quelques halètement rauques. Les grandes mains griffues du monstre déchiraient, et lacéraient le vide tandis que les flammes le dévoraient. Borias, chancelant, hagard, secoua le sang et la sueur qui obstruait sa vision, puis il se rapprocha de la bête. L'Erote fit quelques pas, eut un sursaut convulsif, puis s'écroula inerte au sol. Le mercenaire observait la forme immobile à terre comme s'il peinait à croire ce qu'il venait de vivre. Aussi pâle que la lune, hideuse, l'Erote gisait d'une manière grotesque, bien qu'il n'y avait presque rien d'humain chez cette créature, quelque-chose en lui suscitait la pitié.

– Quelle nuit ! Et l'aube est presque là. Bon sang je boirais bien une de ce Bon Bois...

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