L'Etreinte de la Promise Chapitre IV
Pendant qu'elle le caressait, Borias moucha la chandelle entre le pouce et l'index. Sa voix n'était plus qu'un murmure dans l'obscurité qui appelait Borias. Son corps restait impudiquement étalé sous la mince clarté des braises, avec toute sa chair offerte à la convoitise. L'excitation grandissait en Borias, et devenait torturante.
Il avait envie de la prendre là avec violence, mais il résista à ses pulsions. Il l'embrassa, une fois, puis deux, puis plus profondément. Quand sa langue taquina ses lèvres, elle entrouvrit la bouche. C'était tellement plaisant, meilleur que toutes les nuits qu'il avait passées auparavant. Sa langue hésita puis s'abandonna. Elle avait le goût du freesia et d'une séduction prude. Avec elle c'était adorable, envoûtant, et excitant.
Il glissa une main entre ses cuisses, elle se raidit, puis ses jambes s'ouvrirent sans qu'il n'ait à le demander. Son abandon le rendit heureux, et il sourit enfin pendant que ses doigts se glissaient en elle. Rapide, mais précis. Elle succomba sans tarder, et il plongea tout au fond d'elle. Les braises étaient trop faibles pour offrir quelques lumières et Borias, maintenant, baladait son nez et sa bouche sous la clarté lunaire pour surplomber tout le corps chaud de Ludmila, jusqu'au bas du ventre.
C'était l'endroit qui l'intéressait le plus, cette fente humide qu'il devinait, entre ses cuisses si blanches qu'elles semblaient être faites d'ivoire. Subitement elle se retourna, et fit virevolter sa chevelure flamboyante. Elle aimait être sur le ventre durant l'amour. Lui qui ressentait une attirance aussi étrange que naturelle pour les femmes au teint d'ivoire voyait son cœur vibrer aussi fort que son anneau lorsqu'il priait sur le champ de bataille.
Son intérêt n'était plus que purement charnel, et les caresses sur son visage n'avaient pas provoqué chez lui un sursaut défensif. Avec elle, il se sentait désiré d'une façon qui n'avait absolument rien de menaçant.
Il l'a prise comme elle aimait. Elle jouit en silence, à de nombreuses reprises. Seule une lente et forte respiration trahissait l'orgasme qui venait et revenait encore. Puis elle se laissa retomber gracieusement, sa chevelure rousse s'étala sur l'oreiller, et son expression alors fut sereine, paisible. Le pincement d'envie que sa sérénité lui inspirait, poussa Borias à se demander si, ici, dans ce pays, vibrant au mouvement du tumulte de la guerre qui sévissait sur le continent, il n'avait pas trouvé cette fameuse paix qu'il recherchait depuis toujours.
Il plongea dans ses songes, et rêva paisiblement d'un souvenir réconfortant, et ce n'était plus le même désormais, son rêve était ampli de fressia et d'une femme à la chevelure couleur de rose. A cet instant, Ludmila envisagea de le réveiller afin de profiter encore de lui. Alors que le disque blanc dans la nuit continuait sa course, la jeune femme sous ses atours de prude et honorable jeune femme avait bon nombre de talents. Alors qu'elle descendait vers là où le plaisir était le plus fort, Borias la fixa avec intensité.
— Tais-toi, lui dit-elle.
Il ferma les yeux et serra les poings.
— Arrête, lui ordonna-t-il.
— Arrêter, pourquoi ? demanda-t-elle en arrivant à sa hauteur.
— Pas maintenant. Pas comme ça.
— Pourquoi ?
— Tu sais. Je vais m'habituer à ta présence.
Elle ne l'écoutait guère. Il rouvrit brusquement les yeux et son regard de glace la cloua sur place l'espace d'un instant.
— Je suis à un cheveu de craquer.
— Craque, répondit-elle en lui tendant la main. Laisse-toi aller, je suis là, je peux te rattraper.
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Ludmila était à la fenêtre, elle cherchait ses mots.
– Trop brutal ? demanda Borias.
– Non, bestial ! le contredit-elle dans un rire.
Sa bonne humeur faisait plaisir à voir et Borias esquissa un nouveau sourire enfoui au coin de la bouche. Les loups hurlaient encore et, sans réfléchir en fixant la montagne, Ludmila posa les mains sur l'appui de fenêtre et se joignit au chœur lointain. Cou tendu, yeux fermés, elle hurla dans la nuit, elle hurla. Borias, déconcerté, cru que les loups allaient se taire indignés par cette voix étrangère, mais non, ils redoublaient leurs cris, lui répondaient même.
– Que...
– Je sais que tu devras repartir bientôt. Alors je prie le dieu des montagnes, je hurle pour que tu retrouves mon chemin. Je prie les esprits de la forêt... pour qu'ils soient avec toi. Et ainsi je te tiendrai près de moi encore un soir.
— Tu ne pries pas Lentus.
— C'est mon secret, il y avait ici avant la venue de ce prophète, des dieux et des êtres plus anciens encore. C'est eux qui me guident et qui m'acceptent. Ce sera notre secret Borias.
— Qui sont-ils ?
— C'est encore trop tôt pour te livrer mes secrets.
— Un jour alors.
— Quand tu seras prêt. Toi, c'est évident, tu as perdu ta foi.
— Je ne crois plus en rien hormis le pouvoir de ces anneaux. Même eux je ne les comprends pas, et il m'arrive de vouloir m'en défausser. Ce ne sont pas les miens, celle qui me les a offerts n'a pas eu le temps de tout m'enseigner... C'est étrange tu me rappelle cette personne. Je ne te connais pas et pourtant, aujourd'hui je crois que j'ai foi en toi d'une certaine façon.
Ludmila frissonna alors qu'une chouette hululait et des voix résonnaient aux loin. Elle était silencieuse et regardait le ciel criblé d'étoiles, sous la présence des montagnes. Ils étaient là, seuls, sur le balcon. Les deux amants pouvaient entendre des animaux trotter, leurs sens aux aguets, des plumes lissées s'échappaient si et là. Frôlements, oreilles dressées, bruissement des arbres, marques dans le sol, truffes humides, pupilles dilatées. La vie s'animait tout autour d'eux.
— Je dois avouer que c'est plutôt plaisant. J'avais pensé que je pourrais te convaincre de partir, dit-elle d'un air de comédienne. Du moins, j'aurais accepté de te laisser essayer de t'enfuir, dit-elle d'un rire nerveux. J'aurais peut-être tenté de me contrôler et de ne pas laisser les pulsions qui me hantent se déverser sur toi comme sur un vulgaire jouet à l'avenir brisé.
— Tu joues avec moi ? Tu es vraiment étrange.
— C'est trop tard pour toi, chevalier retraité, renchérit-elle. Trop tard pour une possible rédemption. Trop tard pour une intervention divine. Peu importe toute ta force, peu importe les dieux que tu pries, ton sort est scellé. Tu es à moi dit elle en penchant légèrement son corps contre le sien. Tu es toujours trop sérieux, prends les choses du bon côté, et sourit à la vie. Tu l'ignore peut-être mais elle est plus simple que l'on ne le pense. Et tu verras je suis pleine de surprise.

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