Chapitre 18 : Une étoile à la dérive
Pour ce chapitre je vous conseille Broken Strings de Alan Walker, Isabella Melkman et Katherine O'ryan.
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Chapitre 18 : Etoile à la dérive.
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Aujourd’hui, mon ciel est vide, mon étoile a déserté. Je déambule jusqu’au lycée, privé d’élan sans aucune motivation. Sans lui, j’ai l’impression de flotter dans l’immensité muette et vide de l’Univers, sans but précis, un simple débris à la dérive. Comme si j’avais perdu cette force gravitationnelle qui d’ordinaire me maintient sur une trajectoire stable.
Marcus m'extirpe de ma dérive stellaire. On échange un salut rapide, quelques mots brefs pour masquer le malaise toujours présent entre nous. On s’accorde sur l’essentiel et le partage de la prise de notes pour aider au mieux Sacha dans ce moment difficile.
Hier, lorsqu'il est tombé, j’ai cru que tout mon monde s'effondrait, je n’arrive pas vraiment à expliquer ce que je ressens pour lui. Mais une chose est sûre, sans lui, je ne suis rien. Je ne suis qu’une coquille vide dénuée de toute volonté. Je me sens comme abandonné, seul. Un peu comme si sans lui, je n’avais aucune étoile pour éclairer mon ciel nocturne, comme si j'étais plongé dans la noirceur de la nuit en permanence.
Une fois la première récrée arrivée, je mets mon éternelle capuche noire et je sors me poser à l’extérieur du lycée, je roule ma clope et j'y dépose un peu de douceur… Alors que je suis en train de tirer ma première taffe, je vois Allan qui s’approche de moi :
- Salut, Nolan, tu vas ?
- Bof, c’est nul sans Sacha
- C’est vrai que son énergie a tendance à illuminer les journées.
Allan me demande si ça fait longtemps que je fume de la beuh, autant dire que je suis dans l’incapacité de lui répondre. Je ne sais plus quand j’ai commencé, je me souviens simplement de comment. C’était un soir d’hiver, l’un de ceux qui vous fait frissonner jusqu’aux os. En rentrant du collège, il était là. Celui que ma mère avait choisi pour combler le vide et l’absence de mon père après sa mort. Je ne l’ai jamais apprécié, je ne l’ai jamais accepté. Non pas que je souhaitais voir ma mère souffrir sans un mari pour l’épauler dans la lourde tâche de s’occuper de deux enfants, mais parce que je ne pouvais tout simplement pas l’aimer lui. Cela étant dit, il ne m’a jamais apprécié lui non plus, enfin pas comme on est censé apprécier son fils. Il m’a toujours vu comme un bon pantin corvéable à merci, son esclave, son souffre-douleur…voir encore pire.
Ce soir-là j’en ai eu marre et comme la fois où Sacha m’a croisé au bord du vide prêt à sauter, j’ai fui, je suis allé me réfugier chez Niels et il m’a proposé de quoi oublier, de quoi faire taire le monde. Depuis, dès que la réalité devient trop tranchante, dès que le silence devient trop bruyant, je cherche ce refuge de fumée, ce besoin d’évasion… Et ces derniers temps, le silence hurle de plus en plus fort.
Toutes ces pensées restent dans le silence de ma torpeur, je réponds simplement que j’apprécie la délivrance que m’apporte cette volupté aux allures naturelles. Malgré mon silence, j’ai l’impression qu’ Allan comprend comme s'il analysait tout dans les moindres détails, comme s’il se reconnaissait en moi. Je ne sais pas ce qu’il a vécu, mais je suis sûr que lui aussi a eu des problèmes avec son père. Chose qu’il me confirme plus ou moins :
- Tu sais moi aussi, j’ai pas mal fumé pour oublier mes démons… Oublier qui je suis et d’où je viens.
- Et t’as arrêté il y’a longtemps.
- Non pas vraiment… Je suis très tenté de te demander une taffe là. Mais je me retiens parce que ça ferait souffrir Zach. L’année dernière, il m’a retrouvé au fond du trou clope au bec. Je ne veux pas lui faire vivre ça de nouveau.
- Ouais, je vois…
- Et toi, tu veux oublier quoi ?
- Là tout de suite, le fait d’être seul et complètement perdu loin de Sacha. Je ne sais pas pourquoi je ressens ça et ça me saoule. Ça fait que quatre mois que je le connais, mais pourtant j’ai l’impression que sans lui, je ne suis rien.
- Une chose que j’ai apprise, Nolan, c’est que même si l’on pense être la pire des raclures on est toujours important pour quelqu’un et je pense que tu es important pour Sacha, et qu’il est aussi important pour toi.
- Ouais… Je crois que j’ai envie de sécher, pour aller le voir.
- Haha, mon rôle d’ainé devrait te dire de ne pas faire ça et de te concentrer sur ta réussite, de ne pas faire les mêmes conneries que moi. Mais là j’ai envie de te dire : fonces, suis ce que tu penses être bon pour toi, va là où te mène ton cœur.
- Eh oh doucement, mon coeur ne veut pas de Sacha, enfin c’est juste un pote dis-je avec une légère incertitude.
Sans plus attendre une dernière volute pour la route, et je m’enfuis mon sac sur l’épaule, mes écouteurs dans les oreilles. Le cœur battant la chamade, direction Sacha. Je cours à m’en brûler les poumons, mes pas me guident machinalement, mécaniquement. Je ne pense qu’à une seule chose, pouvoir le voir sourire.
Pourtant, une fois devant sa porte, l’élan se brise net. Je reste là, figé incapable de faire le moindre mouvement, un tremblement sourd remonte de mes chevilles jusqu’à mes épaules. A quoi j’ai pensé ? Qu’est-ce que je vais bien pouvoir dire, inventer ? Qu’est-ce qu’il va lire sur mon visage ?
C’est écrit partout sur moi : mes yeux bien trop brillants et dilatés, et surtout cette odeur de brume végétale qui me colle à la peau et puis il n’est pas bête. Il va bien comprendre que je sèche délibérément les cours.
Les aboiement d’Orion me libére des méandres de mes pensées et je fini par fuir en courant, alors que je m'apprête à sauter au dessus du portail et rebrousser chemin j’entends sa voix :
Orion, qu’est ce qu'il y a ? Pourquoi tu aboies comme … ça. Nolan c’est toi ? Qu’est ce que tu fais ici, tu n’es pas en cours ?
Euh… disons que …euh… que … je voulais… j’avais envie de savoir comment tu allais ?
T’aurais pu m’envoyer un message, mais ça me fait plaisir de te voir. Attends moi- là j’enfile un manteau comme je peux avec mon bras en vrac et on va se promener. Je crois qu’Orion ne demande que ça.
Rien qu'à voir son visage rayonnant, malgré son bras dans le plâtre, je sens la force gravitationnelle refaire son œuvre, l’orbite intemporelle de nos deux astres se reforme, nous ramenant doucement l’un vers l’autre.

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