chapitre 2 : Pas si merdique

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Alors que je pénétrais dans ce royaume maudit - terre de publicité mensongère, de produits criards —, une odeur froide celle d'une mort intérieure, me saisit

Le responsable me court-circuita net sous un néon clignotant.

— Alors, on a fini par trouver le chemin pour revenir ? Ting le neon devenait bruyant. C'était compliqué ? La prochaine fois, je te mettrai une carte dans la poche. C'est vrai qu'un couloir, c'est dur. Ting le neon devenait assourdissant .

Le néon semblait ponctuer chaque phrase, complice de mon humiliation publique.

Connard. C'est pas moi qui me planque dans le bureau pour taxer en douce des paquets de gâteaux à un euro.

— Aujourd'hui, tu vas t'occuper de sortir les palettes et de les trier. Ça devrait pas être trop dur, et puis tu te perdras pas cette fois.

Il souriait comme un gamin grassouillet qui se croit tout-puissant.

Merde. Je vais vraiment me laisser faire par ce petit joufflu ?

Du coin de l'œil, j'aperçus Jeannine savourer la scène, tirant sur sa Méduse avec un sourire satisfait.

J'ai besoin de ce taff. Reste calme.

— Oui, monsieur Ritchel. Je ne devrais pas avoir de mal.

Il suffira de suivre les miettes que tu sèmes, petit gros.

— Alors qu'est-ce que tu attends ? C'est ça le problème de la jeunesse : il faut tout vous dire ! Action, réaction !

Il ponctua sa phrase d'un claquement sec près de mon oreille — démonstration de pouvoir à l'usage de tous.

Je n'ai pas la force, ni l'envie de répliquer. À quoi bon ? Les autres viendraient à son secours. Je serais le gladiateur face à une horde de lions.

Je saluai ce cher bonhomme et pris la direction de l'entrepôt. Dans un autre contexte, cette tâche ingrate m'aurait fait bondir. Mais ici, c'était une aubaine : ça m'évitait tout le monde.

En triant les cartons, l'odeur du cellophane collé à mes mains et la texture gluante du plastique blanchâtre qui les agrippait me donnaient la nausée. Je me demandais ce que j'allais faire ce soir.

Des plans sur la comète, mille idées… pour finir devant Netflix et m'endormir à 22h45 parce que demain, je bosse. Refaire ça jusqu'au week-end, puis me coucher à 23h30 parce que la semaine m'a détruit.

C'est ça, la vie ? Se tuer à la tâche en pensant juste : comment arriver pas crevé au boulot pour supporter ces Abrutis de première ?

J'enchaînais les cartons en ruminant cette colère que je cultivais habilement — mélange de peur de me faire virer et d'humiliation publique, saupoudré de reproches si bien formulés que je finissais par les croire vrais.

Je ne pense pas qu'il soit mauvais de travailler dans un supermarché. J'ai toujours respecté ce que les politiques appellent allègrement des "sous-métiers". Mais là, je suis vraiment tombé en enfer. J'ai dû tuer des bébés chats à la pelle dans une autre vie pour mériter ça.

Mon smartphone vibra dans ma poche. Un coup d'œil furtif à droite, à gauche. Je le sortis discrètement.

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J'esquissai un sourire en pensant

Finalement, c'est pas si merdique que ça.

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