Chapitre 5 — La goutte de sucre

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Le SMS de Camille trottait dans ma tête. Pas de réponse. Si ça se trouve, elle s’était trompée de numéro. Elle s’était sûrement trompée.

Merde, quel con. J’aurais jamais dû répondre ça.

J’arrivai au niveau du magasin, mais pour une fois, je n’avais pas le cœur à entamer mon petit rituel de cigarette. J’esquivai soigneusement la façade, optant pour un détour. Je ruminais encore les mille et un scénarios et réponses que je pourrais lui balancer en la voyant. Évidemment, aucun ne faisait grâce à mes yeux. J’étais complètement paumé.

Habituellement, j’étais détaché de ces conneries-là. Mais avec Camille, ce n’était plus pareil.

Pourquoi ce n’était plus pareil ? C’était ça, ma question. Il ne s’était rien passé de particulier, pourtant c’est comme si les récents événements avaient débloqué quelque chose en moi. Est-ce que ça avait toujours été là ? Est-ce que c’était apparu d’un coup ? J’avais toujours cru comprendre mon esprit et ce qu’il s’y passait.

En fait, c’était comme si du jour au lendemain, les règles avaient changé. Comme si tout à coup, le grand barbu avait relancé les dés. Merde. J’ai pas besoin de ça. J’aime quand c’est simple. Là, ça me dépasse, mais pourtant je n’arrête pas de penser à elle. Je n’arrête pas d’avoir envie de la voir, de lui parler, même de simplement être avec elle.

J’entrais dans le couloir, je n’avais pas le cœur à y prêter attention. J’attendais juste le moment de passer parmi les caisses pour apercevoir son sourire, ses yeux verts et ses cheveux longs bouclés et noirs. Mais pourquoi je pense à tout ça, moi ?

J’ouvrais le casier et enfilais ma veste. J’ouvris la porte et avançai d’un pas déterminé vers ma destination, le cœur battant la chamade. Merde, merde, merde. Qu’est-ce qu’il m’arrive ?

Mon corps avait pris le relais et me guidait instinctivement vers ma destination. Je n’arrivais pas à penser. Vous savez, ces moments où vous ne savez même pas ce que vous faites, comme si mon cœur avait pris le dessus pour me faire comprendre quelque chose.

Tandis que je comptais les caisses, j’arrivai en destination de celle de Camille. Mon esprit hurlait de partir, mais mon corps faisait la sourde oreille. 8… 9… 10… Personne.

Elle n’était pas là. La caisse était vide, tout comme moi à ce moment-là. Comme si la terre venait subitement de cesser de tourner. Que toutes les choses que j’aime disparaissaient. Je restais là, immobile, à fixer la caisse.

Je ne sais pas si ça avait duré quelques secondes ou des minutes, mais elles étaient amères. Je continuais ma route lentement, comme si je devenais une machine sans âme au service du magasin. Je ressentais un tel vide que je n’avais même plus le cœur à écouter quoi que ce soit. J’obéissais.

Ritchel, Jeannine et les harpies avaient sûrement dû me faire une pléiade de remarques, mais encore une fois, mon esprit n’avait pas le cœur à les écouter. Je voulais juste finir ma journée et retourner chez moi, seul. Dans le silence assourdissant de mon incompréhension.

Arrivant devant le couloir, la sensation de solitude fut énorme. J’avais pris l’habitude que Camille soit là, et du jour au lendemain, sans raison, elle disparaît. Bien sûr, ça ne fait qu’un jour, mais dans ce cas, pourquoi est-ce que ça me fait si mal ? J’ai l’impression qu’on a arraché mon âme de mon corps.

En arrivant face à la porte qui mène à l’extérieur, un petit espoir naquit en moi, l’espoir de la voir cachée derrière. Quand je l’ouvris, il n’y avait rien, sinon le silence froid de la nuit.

Montant sur la trottinette, j’entamai une longue route nocturne. Sans bruit, sans voix, sans message.

Une vibration me stoppa dans ma morne réflexion. J’ouvris le téléphone en espérant… -25%… Ironique.

Une notification avait échappé à mon regard.
Camille : J’ai hâte de te voir !

Je restai abasourdi devant cette goutte de sucre à la fin de ma journée.

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