Le revenant d’outre-tombe

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Je suis une catastrophe ambulante. Oui, vraiment, sans le moindre doute. Et pire encore : je ne fais rien pour arranger les choses. Je les laisse empirer, par flemme, par manque d’envie.

Il est de toute façon trop tard. Les relations, je n’y comprends rien. Comme si l’idée elle-même était absente de ma pensée, de mon vocabulaire. Je ne la conçois même pas.

Pourquoi je vous raconte ça ? Parce qu’il vient de m’arriver une énième aventure de ce type. Toujours à rebours. Mais cette fois, avec plus de vingt-cinq ans de retard.

Je suis sorti. Pas longtemps. Juste de quoi perpétuer mes vices : quelques flacons de liquide à la pêche pour mon pod.

C’est là que je l’ai croisé. Ou plutôt qu’il m’a croisé.
Je ne l’avais même pas remarqué, encore moins reconnu.

Et puis j’étais, comme toujours, peu soigné. Les cheveux trop longs, mal fagoté — à vrai dire, ça doit bien faire dix ans que j’ai abandonné toute négociation avec mon apparence.

Un miracle qu’il m’ait reconnu, pensai-je.

Appelons-le Florent. Ce n’est pas son vrai prénom, mais qu’importe.

Florent fréquentait le même collège que moi, à une époque où j’aurais préféré mourir que de passer une nanoseconde de plus dans cet endroit.

Quand il m’expliqua qui il était, un éclair de mémoire me revint.
Ah, mais oui. Florent. Le type de 4e 4… ou 5, peut-être.

— Oui, je vois, dis-je enfin. Désolé, je ne t’avais pas reconnu. Tu as une bonne mémoire.

Il m’expliqua que je l’avais marqué.

Un peu perplexe, je lui demandai en quoi. Puis la perplexité se mua en méfiance. En général, les garçons du collège ne m’abordaient pas, à l’époque, pour des raisons très altruistes. Mais passons.

Je décidai d’écourter. De fuir. De laisser Florent derrière moi, en prétextant que j’étais pressé.

— Attends, me dit-il. Je voulais te dire que… à l’époque… enfin voilà… j’aurais bien aimé te connaître mieux.

Je répondis que j’étais ravi de l’apprendre, mais qu’il fallait que j’y aille, et que le collège, c’était loin maintenant.

En prenant congé, je hâtais le pas. Toujours un peu surpris. Mais enfin, une idée en chassant une autre, je ne m’attardai pas davantage.

Et puis, tout à l’heure, en rentrant, un autre fragment me revint.

La salle de perm’. Un exercice d’anglais. Florent qui me demande si j’ai besoin d’aide. Et moi qui réponds non — parce que, pour une fois que je ne suis pas trop nul dans une matière, je peux me débrouiller.

Il ne me demanda plus jamais rien.

J’avais dû être désagréable, malgré moi. Malgré le ton poli que j’utilise toujours.

Et tandis que ma tasse de thé tournait dans le micro-ondes, je compris. Enfin.

Cela doit faire la quatrième ou la cinquième fois. Une autre occasion manquée. Et deux fois de suite.

Tant pis. Après tout, en la matière comme dans la vie… on n’est jamais mieux servi que par soi-même.

Note à moi-même : aller chez le coiffeur. Ou apprendre à reconnaître les gens. L’un des deux suffira.

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