Cristiano Cordulo

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Appelons-le Cristiano Cordulo.

Je le rencontrai par hasard, à la caisse du petit supermarché en ville, à quinze minutes de mon bureau. J’avais acheté de quoi déjeuner. Et mes Kinder Bueno. Parce que sans Bueno, pas de boulot.

Cristiano était devant moi dans la file.

Il remarqua aussitôt mes précieux Bueno et, pour plaisanter, me lança :
— La gourmandise est un vilain défaut.

Je souris.
— Hélas, je peux résister à tout, sauf à la tentation.

Puis vint mon tour. Je discutai, comme à l’accoutumée, avec la caissière. Je l’aimais bien : toujours souriante, toujours un mot pour rire. Et parfois même, elle me filait des Bueno gratuits. Récompense pour ma fidélité.

En sortant du magasin, Cristiano vérifiait son sac de courses. Ou peut-être pas. Le soleil brillait ce jour-là. Il crut apercevoir des reflets dans mes cheveux et me demanda si c’étaient des mèches ou ma couleur naturelle.

Puis, presque sans me laisser répondre, il se mit à complimenter mes yeux. Ajoutant que, beau gosse comme j’étais, je devais avoir la cote — mais qu’avec un peu d’effort, ce serait encore mieux.

Je m’habille en vieux, désormais. Oui, j’appelle mes tenues de bureau des habits de vieux : gris, blanc, quelques carreaux, chemises, vestes. Rien d’excentrique. Rien de notable.

Je l’écoutais discourir sur les efforts supplémentaires que je pourrais faire pour être encore plus beau. Mi-amusé, mi-perplexe, je le laissai poursuivre.

Puis vint la question :
— Non, t’es célibataire, vraiment ? Depuis combien de temps ?

J’explosai de rire.
— Depuis toujours.

Il me regarda, surpris.
— Genre… t’as jamais eu quelqu’un ?

Je confirmai.

Puis la question changea de ton :
— Non mais… tu couches au moins ?

Un peu cavalier, je reconnais. Mais je préfère la franchise, même mal placée.

Et c’est là qu’inconscient, à l’ouest, comme toujours, je répliquai, pour plaisanter :
— Tu sais, dans la vie, on n’est jamais mieux servi que par soi-même… et puis vaut mieux être seul que mal accompagné.

Il pencha légèrement la tête, plissa les yeux… puis éclata de rire. Comme pour jauger mes intentions.

Finalement, il se contenta de dire :
— Vas-y, laisse tomber.

Je pris congé. Un au revoir et bonne journée.

Ce n’est que plus tard, en le recroisant par hasard, accompagné de ma stagiaire de master 2, que la scène prit un autre sens.

Il me reparla. Je répondis. Encore à côté de la plaque.

Une fois de retour au bureau, elle me railla sans la moindre pitié.

— Non mais le mec, là… il te draguait. Et pas qu’un peu.

Je me souviens l’avoir regardée, interloqué, affirmant qu’elle se faisait des idées.

Elle rit de plus belle.

Puis :
— T’es pas possible.

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