Une virée ratée.

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Je sortais du travail et me dirigeais vers ma voiture. J’ouvris les portières, posai mon sac sur le siège passager et, alors que je m’apprêtais à entrer et m’installer sur le siège conducteur, un jeune homme, bien plus jeune que moi à l’époque — 20 ans, je dirais, quand j’en avais 35 —, dont je pensais au départ qu’il s’adonnait aux joies du footing, s’adressa à moi.

— Bonsoir, excuse-moi de te déranger, tu vas à la gare par hasard ?

Je bugguai, pas préparé, et bredouillai un oui, enfin non, puis euh je sais pas, en explosant de rire.
— Désolé, j’ai pas écouté, pas vraiment.

Il sourit et me répéta la question. Je répondis cette fois que non, que ce n’était pas ma direction, mais qu’au pire je pouvais le déposer, que le détour ne me tuerait pas.

C’est là que les choses basculèrent. Il avait besoin, me dit-il, de passer chez lui avant, pour prendre quelques affaires, qu’il était en route quand il m’a vu, et blablabla. Tout ça pour finalement m’inviter, m’offrir quelque chose à boire, un peu d’argent pour l’essence.

Je refusai. Encore une fois, je n’attends pas rétribution en aidant mon prochain.

En revanche, il insistait pour que je l’accompagne. Ou au moins me laisser un Insta, que je ne possède pas, ou quelque chose pour me joindre plus tard, pour me remercier ou m’envoyer un cadeau.

Pour rire, je lui dis :
— Tu veux pas non plus mon adresse postale pour déposer en personne un bouquet ou des chocolats ?

Et là, sans blaguer, il répondit que bah pourquoi pas, avec un petit sourire.

Fidèle à moi-même, je pouffai avant de reprendre :
— Et tu viendras en voiture ou à pied chez moi ?

— En trottinette, objecta-t-il en riant.

Puis :
— Si tu veux, on pourrait faire un tour dessus tous les deux à l’occasion.

Le message vous paraît clair, je suppose. Moi, pas.

Je répondis avec toute la sincérité du monde qu’il n’était pas question de chevaucher quoi que ce soit avec qui que ce soit sur cet engin de malheur.

Quand on nous dit que le choix des mots est important.

Il se figea, puis regarda son téléphone.

— Ah, me dit-il enfin ! En fait ça va, une amie peut me déposer, encore désolé pour le dérangement.

Et moi, très sérieux, je souris et enfonçai le clou une bonne fois pour toutes :
— Ah bah tout est bien qui finit bien. Je te laisse du coup. Bonne soirée.

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