Teebot et PdB

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Bon…

J’ai revu Teebot. Mes écrits seraient-ils prophétiques ? Si tel est le cas, je reste chez moi à partir du 20 juin jusqu’au 14 juillet, car je crains de ne pas être enthousiaste à l’idée de me retrouver à Avaricum. Encore que, après cette mésaventure, Lucius serait peut-être un moindre mal, mais j’aime bien trop les latrines modernes.

C’est lui qui m’a reconnu. Moi ? Je divaguais, tanguant comme d’habitude. Je chancelle même sans alcool. Problème d’oreille interne ? Je l’ignore, et je fuis les consultations médicales aussi vite qu’une musaraigne se dérobe aux griffes d’un chat.

Comme je dis souvent, la maladie se lassera avant moi. D’ailleurs, j’y pense, aucun de mes vaccins n’est à jour, je crois. Si d’aventure de bonnes dispositions me prenaient, j’irais me renseigner.

Mais ce n’est pas ce qui vous intéresse, je le sais. Vous voulez du scandale, du croustillant, du concret. Bande de fouines !

Donc, tandis que je tanguais, en me confondant en excuses auprès d’une pauvre passante, j’entendis vaguement quelqu’un appeler mon prénom. Bon, je n’y prêtais pas attention, pensant que cela ne m’était pas destiné.

Puis, d’un coup, une main saisit mon bras. Je sursautai. Et me retournai.

— Euh oui, que puis-je pour vous ? dis-je, un peu sonné.

— Désolé, mais t’es bien Aurelian3310 ? Je suis Teebot, tu sais, on était ensemble en Allemagne.

Oh merde, pensai-je.

Avec le recul, et en l’inspectant de plus près… non mais dis-moi pas que c’est pas vrai, c’est bien lui, pensai-je.

Je répondis enfin :
— Ah mais oui, exact !

Puis, dans ma tête : si tu savais que j’avais écrit sur toi quelques heures plus tôt…

Bon, papotons du bon vieux temps…

— Tu étais assis à côté de moi au voyage retour, non ? me demanda-t-il.

J’acquiesçai.

Il enchaîna :
— C’était cool, là, toi et moi, ensemble, on s’est bien marrés.

— Euh oui, je crois me souvenir qu’on a bien déliré, oui, répondis-je.

Sans vraiment me laisser respirer, il me proposa d’aller nous poser un peu à l’écart de la foule, sur les marches d’un escalier en pierre.

Et là… presque la même scène. Nos visages tournés l’un vers l’autre. J’explosai de rire.

— Bah quoi ? me dit-il. Je pue de la gueule ? *

Je recrachai une partie de mon verre de bière.

— Non, lui dis-je enfin. C’est rien, juste… je sais pas, ça me fait plaisir de te revoir.

Il me regarda, puis me dit :
— Bah moi aussi. Approche-toi, t’es loin, et comme je pue pas de la gueule, tu crains rien.

— Oui, mais cette fois c’est peut-être moi… et j’ai plus d’Airwaves.

— T’inquiète, me dit-il.

Nous discutions, de tout, de rien, des quelques souvenirs. J’évitais cette fois de tourner la tête.

Regarde droit devant toi, ou dans le sol, mais pas à côté, me répétais-je.

Puis le silence vint. La nuit tombait. Ni lui ni moi ne savions quoi dire.

Alors je décidai de prendre congé. Mais c’était sans compter sur un détail.

Ma main droite. Je n’avais pas remarqué, mais la main gauche de Teebot s’était agglomérée à la mienne. Et tandis que je me relevais, je sentis inévitablement cette résistance, qui d’ailleurs me força à me rasseoir.

Je ne dis rien. Je souris juste.

Et au moment où j’osai enfin tourner à nouveau la tête, Teebot déposa un doux baiser.

— Sans la langue, me dit-il. Je crois que t’avais dit que ça te donnait envie de vomir avec.

Alors même ça, il s’en souvenait ? J’avais dû le sortir après une énième exhibition de ces couples qui se plantent là, au beau milieu de la rue, pour un détartrage en règle, laissant à l’occasion un filet de bave que je répugne à regarder.

Je planai.

Et il poursuivit :

— J’ai pas osé dans le car, et voilà… je me suis dit que ce serait l’occaz. Désolé si c’était pas souhaité.

— Euh non, ça va, t’inquiète. Je… je suis pas fâché, c’est même… euh… l’inverse. Enfin, je veux dire, j’attendais pas non plus ça spécialement.

Mais ferme ta gueule, idiot, m'adressai-je en pensée.

Il sourit, et me dit :
— Au moins, on aura réussi… même ailleurs que dans le car.

Un message sur son portable.

— Ah désolé ; c’est ma meuf, on doit se retrouver en bas. Tu veux venir boire un verre avec nous ?

Pardon ? Qui, que quoi ? pensai-je.

— Euh… bah en fait non, je dois y aller, je viens de voir l’heure, et mon frère m’attend pour le concert tout à l’heure. Je suis déjà méga en retard, en fait. Vraiment désolé. Mais c’était cool. À plus.

Je remballai mes affaires aussi vite que je le pus, et hâtais le pas.

* L’histoire de puer de la gueule est une sorte de private joke qui s’est répandue au cours du voyage, pour une raison que j’ai oubliée, mais qu’on se balançait allègrement.

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