Dernier week-end avant la fin.

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Bon, allez, on se motive. On va chez le coiffeur-barbier à côté avant de déambuler au PdB pour un dernier tour.

Il peut me prendre. Pas d’autre rendez-vous. Quelle chance insolente.

— Je les coupe comment ? me dit-il.
— Bah euh… redonnez-moi juste forme humaine. J’y connais rien, moi, à ça.
Puis, comme ça :
— Vous seriez capable de les coiffer en vague, façon années 30–40 ?

Il grimace un peu. Je comprends que ça va être compliqué.

Qu’importe. Coupez. Faites au mieux.

Le résultat n’est pas si mal.

Direction maintenant mes boutiques de pétasse. BB crème coréenne qui prend la couleur du teint. Honte en perspective à demander, pour la énième fois, comment on l’applique avec le pinceau que je rachète pour la milliardième fois — car oui, même les outils semblent avoir renoncé, eux aussi.

Et mélange de parfums. De quoi cocoter façon Montespan.

Tadam.

Bon, c’est pas si mal. Moi, je m’aime bien. Ça ira très bien comme ça.

Descendons par la rampe Marceau. Flemme de me taper la foule, même si ce ne sera pas tout tranquille quand même.

— Hey, salut, t’as pas du feu ?

Je me retourne. Un damoiseau, même pas majeur, je crois, 15–16 ans, exhalant des relents de je ne sais quel alcool dégueulasse, me tombe dessus. Littéralement.

Oui… il est grand. Trop grand. Et mastoc.

Je le repousse gentiment, le remets à peu près droit. Il tangue.

Je réponds finalement que oui. Après tout, il a des parents, qu’il se démerde. Je vais pas lui faire la leçon sur le tabac ou l'alcool.

Tandis que le jeune homme tente désespérément de faire fonctionner mon briquet, j’entends des rires.

Je me retourne.

Les flics.

Merde…

Allez mon vieux, tu peux encore le faire. Ferme les yeux brièvement, inspire, rouvre-les lentement, souris, et sors ton plus beau bonjour.

Effet réussi, je crois.

Jusqu’à ce que ce benêt d’ado me retombe dessus, s’échouant sur mon pauvre dos de quadra.

Devant les flics hilares.

— Bah venez m’aider au lieu de rire ! lançai-je. Protéger et servir… bravo !

— Un problème, monsieur ?

Je vais finir en GAV, pour la première fois de ma vie.

C’est ce que je pensais.

Mais non.

Je me calme et j’explique qu’au-delà du comique de la scène, il semble bien jeune et à l’évidence ivre.

Ils se décident à m’aider — et surtout à l’aider, lui. Appel aux secouristes, tout ça, jusqu’à ce que ses amis arrivent.

Bon, c’est le printemps, les flics sont sympas, les secouristes disent que ça va. Pas de coma, mais éviter qu’il boive davantage.

Je m’apprête à partir quand un des flics, 25–30 ans peut-être, me lance :

— J’étais à deux doigts de vous passer les menottes.

Je le regarde, surpris. Avec ce sourire bête.

Et là…

Mais pourquoi… pourquoi TOUJOURS MOI et mes phrases malvenues ?

— Et vous apprendrez, monsieur, que j’ai pour habitude de garder les clefs de tout un tas de choses. Vos menottes ne me font pas peur. Pas plus que votre matraque ou votre revolver.

Bon…

Vous vous en doutez : ses collègues morts de rire. Moi rouge de honte, réalisant que la lecture à double sens — mais involontaire — est possible.

— Bon euh… dis-je, je vous laisse… tant qu’il me reste une once de dignité.

— Attendez, me dit le jeune policier. Vous avez fait tomber un papier.

— Hum… euh oui, possible. Merci.

Allez, ça suffit les conneries.

Je rentre.

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