Les petits papiers
Excédé je suis. De maître Yoda aurais grand besoin.
C’est dans cet état d’esprit que je remontai plus haut sur le PdB, bien décidé à rentrer avant d’aggraver mon cas.
Puis, dans un geste machinal, je dépliai le papier que ce jeune coq m’avait donné avant de partir. C’est étrange, mais je ne me souvenais pas l’avoir fait tomber.
Là, inscrits, dans une écriture un peu brouillonne : un numéro et, je pense, son prénom.
Avec moi, c’est la Saint-Valentin tous les jours.
Valentin, souligné trois fois.
Son prénom, peut-être ?
Quelle audace. Quelle impudence. Après m’avoir raillé, menacé… voilà maintenant qu’il se vante.
C’est comme ça ? Attends de voir.
Car vois-tu, mon cher Valentin, l’inconvénient d’être un volatile réside dans le fait, aussi vrai qu’inéluctable, de se faire voler dans les plumes n’importe quand.
Et que la mienne pourrait bien te surprendre.
Mode inspiration XVIIIe activé. C’est parti.
On se pose. On recommande une Ginger machin. Et on réplique.
Valentin,
Un bien joli prénom que vous portez là, monsieur.
Néanmoins, je crains qu’il ne sied davantage à la candeur des amoureux qu’à la brutalité de l’uniforme ou de la répression.
Et bien que je confesse avoir apprécié votre secours, aussi spontané que de bonne grâce, je me vois contraint de décliner toute perspective d’entrelacer nos plumes dans quelque roman à venir.
N’y voyez ni le signe de l’amertume (tu parles), ni celui de la vexation, encore moins de l’orgueil, mais la sincérité d’un cœur — s’il existe — logé en l’humble quadragénaire que je suis.
Ne prenant guère plaisir à provoquer attentes interminables ou tourments inutiles, et par respect pour vos paroles ardentes, je fais le choix de l’honnêteté.
Je laisse mon numéro, au cas où, quand même ?
Allez, qui sait… peut-être maîtrise-t-il autre chose que la joute à balles réelles.
Assume, Valentin.
J’ai hâte de voir comment tu vas répliquer.
Et c’est parti pour redescendre… ou le descendre. Plume à la main.

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