Chapitre 17 : Ludwig face au ciel

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Séraphin se jette sur Martha, il hurle un psaume à tue tête : "Béni soit l'Éternel, mon rocher, Qui exerce mes mains au combat, Mes doigts à la bataille "

Il lance un coup d'estoc. Martha ne prend même pas la peine de l'esquiver. Elle fissure le ciel et l'envoie valser dans les airs. Puis bondit et le renvoie violemment au sol. Séraphin se relève pourtant. Il est animé d'une fureur mystique, il continue sans s'arrêter : "Eternel, incline ton ciel et descends, touche les montagnes, et qu'elles soient fumantes ! Fais briller les éclairs, disperse mes ennemis, lance tes flèches et mets-les en déroute !"

Martha s'esclaffe :

-Tu appeles le ciel alors que je le manipule ? T'es complètement fêlé mon pauvre. J'adore !

-LEOPOLD MAINTENANT !

Leopold sort d'un recoin sombre, derrière Martha. Il décoche immédiatement sa flèche, puis fonce armé d'un coutelas. Martha se fait égratigner le bras par la flèche, et elle riposte immédiatement en créant une tempête là où Léopold l'attaque. Une tempête miniaturisé. Je décide de partir chercher immédiatement les torsades du glaive. Maximilien et Cyan comprennent et se jettent dans la mêlée. Un éclair miniature surgit et Léopold par un coup de chance l'esquive. Il lance un coup de son arme sur Martha, mais le coup n'atteint jamais. Elle superpose le ciel entre le coup et son corps !!! C'est un sort spatial très pratique mais je suis quasiment sûr qu'il doit y avoir de grosses contraintes. Séraphin, toujours dans sa frénésie, se joint à Léopold, ils entament une danse mortelle contre Martha. Elle finit par déformer le ciel devant jusqu'à le déchirer entièrement et c'est tout un pan de la galerie qui finit sous les décombres. Cyan et Maximilien relaient les deux autres.

 Furtivement, je me glisse près de la statue, et récupère une des torsades de l'épée rouillé. Aucune idée s'il y a des mânes là-dedans, mais qui ne tente rien n'a rien ! Je dois vite l'attacher. Martha n'a encore rien remarqué. Séraphin ne la lâche pas, il devrait déjà être mort dix fois, mais il tient encore le choc comme une sangsue. Léopold le grand timide est aussi impressionnant, il fait preuve d'une sauvagerie et d'une roublardise sans pareil. L'alliance avec Séraphin et Maximilien est tout aussi mortel. Mes doigts tremblent en attachant la torsade à ma flèche. Je vais en attacher une de plus sur une autre flèche au cas où.

 Soudain, Abigail, la discrète, saute avec fureur d'une étagère où s'empilait des oeuvres en vrac. Les autres s'écartent et avec l'élan et la surprise, elle parvient à blesser Martha à l'épaule. Abigail entre dans une furie, ou plutôt un instinct de survie que je ne lui aurai pas deviné. Elle esquive toutes les attaques répétées de Martha, et les quatres autres la harcèlent continuellement. Je finis d'attacher ma torsade, quel enfer ! Je bande, et... Décoche ! Ma flèche manque la tête de Martha, mais lui laisse une profonde entaille sur la joue.

 Le monde semble s'être arrêté. On n'entend plus aucun bruit. Martha tourne lentement sa tête vers moi et me lance un regard d'assassin. Elle entre dans une fureur indescriptible :

- Comment as-tu osé abîmer mon beau visage ?!

Elle regarde la torsade :

-C'est dégueulasse en plus ton truc ! C'était votre plan ?! Je vais vous massacrer !

Elle se jette sur moi, avec un boost de vitesse fulgurant, mais Maximilien avec sa lame l'oblige à dévier. Elle crée un vortex qui le propulse à une cinquantaine de mètres. Elle déchire ensuite le ciel proche de Cyan et Abigail et les balaie violemment. Ils sont inconscients. Je bande mon autre torsade. Concentre toi, Lu', merde, elle bouge trop, elle essaie de chopper Séraphin. Ce dernier me lance un regard, et sourit. Il se jette sur Martha en abandonnant ses armes au loin. Cette dernière, choquée, n'a pas activé son pouvoir de superposition du ciel. Il me crie :

-Ludwig ! C'est maintenant ou jamais !

Elle l'expulse violemment avec un de ses vortex, mais trop tard. Ma flèche est déjà loin, et elle lui transperce le flanc de part en part.

C'est désormais moi contre elle, Séraphin semble être hors combat. Je dégaine à la vitesse de l'éclair le couteau bowie que Hans m'a offert. Qu'il puisse me porter chance ! Et je prends une des torsades restantes du glaive. Si j'en crois les dégâts qu'elles ont fait sur Martha malgré son renforcement, elles sont chargées en mânes.

Alors qu'elle gémit encore de douleur, je fonds sur elle comme si j'étais moi même une de mes flèches. Mes sens se décuplent, ma concentration est optimale. Serait-ce l'adrénaline ?! Elle ne semble pas être habituée à avoir mal, car son niveau est bien plus faible qu'auparavant. Ses réflexes sont plus lents, ses sorts un peu trop en retard. J'ai toujours un coup d'avance ! Tant mieux, car je ne vaux certainement pas mieux que mes camarades tombés au combat. J'esquive plusieurs de ses tempêtes, et commence à l'attaquer avec le Bowie en dissimulant la torsade. Elle voit que ça ne perce pas, alors ne prend pas la peine d'utiliser son sort de défense, qui doit consommer beaucoup. C'est alors que j'attaque avec la torsade. Au moment où je m'apprête à la toucher, elle remarque la supercherie. Le monde vacille pour moi. Ou plutôt, il me semble extrêmement lourd. Le plafond a t'il toujours été si bas ?!

Je ne comprends que trop tard. Elle me fait littéralement tomber le ciel sur la tête. Mon corps s'écrase contre le sol avec un craquement sourd. La pression est énorme, je sens que je suis prêt à éclater. Le sifflement dans mes oreilles s'arrête brusquement, remplacé par le silence, rien que le silence. L'air n'est plus un gaz, c'est un bloc de béton qui me broie contre le marbre. Je ne peux plus respirer. Mon bras gauche ne répond déjà plus.

Le sang cogne contre mes tempes comme un tambour de guerre. Martha s'approche, sa silhouette oscillant dans l'air déformé par ses sorts. Elle est immunisée à la pression, flottant presque dans l'espace autour d'elle.

- Bien tenté, mais on ne s'attaque pas au ciel sans en subir quelques conséquences, siffle-t-elle en essuyant le sang sur sa joue d'un air dégoûté. Je n'ai pas l'intention de te tuer, mais je serai partante de te briser quelques os pour t'apprendre qu'on respecte le visage d'une dame.

Mes doigts effleurent la torsade rouillé. Si elle manipule la pression, alors ce sort est comme une immense cloche de plongée posée sur moi. Et chaque cloche a un point de rupture.

Sous mon poignet droit, je sens une arête tranchante. Une dalle de marbre, déjà fragilisée par le vortex de tout à l'heure, qui ne demande qu'à céder. En dessous, c'est le vide. Les caves du château, si j'en crois l'ordre d'opération.

Je ne cherche pas à me lever. Ce serait stupide. Au lieu de ça, je plante de toutes mes forces la pointe de la torsade dans le joint de la dalle de marbre, juste sous mon plexus.

Allé quoi ! Je cherche juste à créer une décompression qui va le rendre inopérant.

Le métal chargé en mânes de la torsade a prendre d'assaut la dalle. Dans un fracas de tonnerre, cette dernière explose vers le bas, aspirée par le vide des caves, dans lesquelles je tombe lourdement.

L'effet est instantané et violent. Toute la pression que Martha maintenait sur mes épaules s'engouffre dans le trou béant comme l'air d'une cabine d'Airbus dépressurisée. Une vieille légende que tous les enfants connaissent L'aspiration est si forte qu'elle soulève un nuage de poussière et de débris. Martha, surprise par ce changement brutal de flux, est emportée vers l'avant, perdant l'équilibre et s'engouffrant elle aussi dans les caves.

La cloche de pression a éclaté dans un bang violent. Je ne suis plus écrasé, je suis juste... libre.

Je crois que j'ai des côtes de brisées... Ma vue est trouble... Mais, c'est ma seule chance ! La lourdeur qui m'écrasait a disparu. Je ne réfléchis pas. Je ne sens même plus la douleur de mon bras gauche. Je roule sur le côté, récupère un éclat de verre de la verrière tombé près de moi, et je vise ses chevilles. Je lui transperce d'abord le talon, puis alors qu'elle riposte, je parviens à grimper à califourchon sur elle. Je lui donne un uppercut à la tête. Elle est complètement sonnée pour le moment. Si j'en crois ce que j'ai vu d'elle, elle a besoin de ses mains pour utiliser ses sorts. D'une main je les immobilise, les attache avec du nylon. Je récupère une grosse pierre, un pavé des caves qui a dû voler avec notre combat et je le tends bien haut, au dessus de sa tête.

 Allé Ludwig, fais le ! Elle est à ta mercie ! Tue la ! Tue la comme ils ont tué tout le monde. Arrête de trembler !

Pourquoi tu n'agis pas !

Ma main droite soulève le pavé, mais chaque fibre de mon être hurle de douleur. Le poids de la pierre semble décupler à chaque seconde. À mes pieds, Martha n'a plus rien de la sorcière hautaine de la galerie. Elle est juste une femme en sang, terrifiée par le gamin brisé qui la domine. Ma main qui tient le pavé tremble tellement que la pierre me semble peser une tonne.

Tue-la ! Pour Vogelberg, papa, maman, Heinrich. Tu t'étais promis de leur rendre au centuple !

Je veux le faire. Je dois le faire. Ma mâchoire est crispée à s’en briser les dents. C’est insupportable. Cette sensation d’être spectateur de mon propre échec. Je me déteste. Je déteste cette pitié qui remonte comme une bile amère dans ma gorge. Je ne suis pas un soldat, je suis juste un gamin avec un caillou.

Des gazouillis sanglant s'échappent de sa bouche, alors qu'auparavant, seuls les sifflements incessant de mes respirations venaient troublés le silence des caves. Mes côtes brisées me font faire de grandes aspirations aigues.

-Petit, ne fais pas ça… bafouille-t-elle.

Ces simples mots, agissent comme une lame chauffée à blanc. Elle n’a pas le droit de me reconnaître. Elle n’a pas le droit de m’humaniser. Un cri de rage pure reste bloqué dans ma poitrine, se transforme en un sanglot sec que j'avale de force.

- Ludwig !

Une voix. Lointaine. Maximilien ? Cyan ? Je ne sais plus. Peut-être des fantômes de soldats qui viennent me tourmenter pour ma lâcheté.

"C'est une guerre totale", que m'avait dit Maximilien. "Tue-la", hurle la rage dans mon crâne. Mais mon bras refuse de s'abattre. L'adrénaline retombe, laissant place à une douleur atroce qui irradie de mon bras gauche jusqu'à ma gorge.

Je tremble tellement que le pavé finit par m'échapper. Il ne s'écrase pas sur son crâne. Il tombe lourdement à côté, dans un bruit mat qui scelle mon impuissance. Je lâche prise, mon corps s'effondre sur le côté, à bout de nerfs, le visage contre le sol froid et humide. Je frappe le marbre de mon poing valide, encore et encore, jusqu’à ce que ma peau éclate.

— Putain… putain ! je hurle dans le vide, les larmes brûlant mes paupières.

Je ne suis pas un tueur. Je ne suis qu’un lâche qui a survécu par chance.

C’est alors que le silence de la cave est déchiré par un son lointain, venu des étages. Un double coup strident. L’hibappeau. Le signal de repli. Etait-il si lointain, j'ai un doute soudainement ?

Je devrai me relever. Tout de suite. Mais je reste là, le front contre la pierre, incapable de me regarder en face.

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